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Publié par Mwalimu Ladislas Katsuba kinyali

Objectifs du cours

  1. Objectif général

A la fin de ce cours, l’étudiant devra être capable de comprendre les rouages du système politique ainsi que les rapports que celui-ci entretient avec les sous-systèmes du système social global à la faveur des théories, des méthodes et des concepts de la sociologie générale.

  1. Objectifs intermédiaires

A la fin de ce cours, l’étudiant devra être en mesure de :

  • Esquisser le cadre épistémologique et méthodologique de cette branche de la connaissance sociologique ;
  • Tracer l’histoire de la sociologie politique de l’Antiquité au 21e siècle ;
  • Définir et articuler ses concepts.
  1. Objectifs spécifiques

L’atteinte du premier objectif intermédiaire implique l’atteinte des objectifs suivants :

  • Faire état de la contribution de chacun des précurseurs de la sociologie à l’éclosion de cette discipline ;
  • En invoquer les débuts ;
  • En décrire l’essor du 21e siècle ;

L’atteinte du deuxième objectif intermédiaire implique que l’étudiant doit être capable de :

  • Situer la sociologie politique dans l’orbite des sciences politiques ;
  • En définir l’objet ;
  • Différencier le niveau d’analyse de cet objectif ;
  • Délimiter les domaines de cette discipline ;
  • En inventorier ses différents modèles, théories, méthodes et techniques de recherche.

L’atteinte du troisième objectif intermédiaire implique que l’Etudiant doit être capable de :

  • Définir correctement et articuler les principaux concepts de la sociologie politique ;
  • Expliquer les rapports entre un phénomène politique donné et d’autres phénomènes sociaux à la faveur des acquis théoriques, ontologiques et conceptuels de la sociologie politique.

Evaluation du cours

1. Travaux pratiques

Chaque étudiant devra approfondir (et exposer) un penseur politique (Thomas Hobbes, John Locke, Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu, Alexis de Tocqueville, Hegel, Karl Marx, Lénine, Max Weber, Thomas More, Hannah Arendt, Gazibo, Nyerere, ...) ; → 5 points

En groupe, les étudiants vont traiter les sujets suivants : Evaluer le rôle des mass media dans la socialisation politique en Ville de Butembo ; Critiquer la notion d’Etat-Nation en Afrique ; Dire les mobiles de non réélection de plusieurs députés nationaux de 2006 en 2011 ; Faire une lecture critique sur l’accès à la nationalité RD Congolaise ; Impact des partis politiques sur la vie sociale des RDCongolais. → 5 points

2. Examen

Evaluation à choix multiples sur l’ensemble du cours → 10 points.

Introduction

Le cours de sociologie politique s’avère indissociable de celui de sociologie générale dont il constitue un chapitre ; mais aussi des autres cours de sociologie spéciale tels que la sociologie de la connaissance, la sociologie de la religion, la sociologie du travail, la sociologie urbaine, la sociologie rurale, etc.

L’importance du présent cours est liée au fait qu’il permet une meilleure saisie du politique de par son insertion dans son contexte social global au sein duquel il est en interrelation et en interaction avec les autres secteurs de la vie sociale qu’il soit d’ordre juridique, religieux, éthique ou esthétique.

Distincte de la science politique, selon certains auteurs, la sociologie politique est une branche spéciale de la sociologie qui a pour objet l’analyse des phénomènes dans leurs manifestations concrètes comme faits sociaux et surtout l’examen et la définition des facteurs qui en est le conditionnement.

Parlant des domaines d’investigation de la sociologie politique, les experts de l’Unesco, 1950, établissent 4 principaux champs :

  • La théorie politique : l’histoire des idées politiques,…
  • Les institutions politiques : la constitution, le gouvernement, l’administration publique, les fonctions politiques et économiques du gouvernement, les institutions publiques comparées,…
  • Les partis, les groupes de pression et l’opinion publique : les partis politiques, les groupes et associations, la participation politique,…
  • Les relations internationales : la politique internationale, le droit international, …

Avant tout propos sur la sociologie politique, devrons-nous d’abord dire un mot sur la sociologie ainsi que sur la science politique. Un mot sur l’Etat, le pouvoir politique, les partis politiques ainsi que sur les élections sera placé avant la boucle de ce cours.

Chapitre premier : De la sociologie

  1. Définition

La sociologie est une science des phénomènes sociaux. La sociologie se situe dans le champ des sciences sociales ou humaines qui, comme l’économie, la science politique, l’anthropologie, la psychologie ou l'histoire, étudient les comportements humains collectifs. La sociologie peut avoir des points de contact avec ces autres sciences, partager avec elles les mêmes objets d'études, et même développer des liens interdisciplinaires.

Sa spécificité tient au fait qu'elle s'attache à la logique sociale des phénomènes qu'elle observe, tandis que la psychologie tend à en privilégier la dimension individuelle (par exemple, dans l'étude de la famille, la psychologie pourra s'intéresser à la vie psychique de l'enfant, alors que la sociologie insistera plutôt sur la transmission de la position sociale ou du capital culturel). Par rapport à la science économique, la sociologie propose des cadres d'analyse plus larges et plus qualitatifs pour interpréter les phénomènes sociaux au-delà de leur pure fonction économique (la sociologie des marchés se distinguera ainsi de l'analyse économique des prix). D'autre part, l'anthropologie ou l'ethnologie fournissent des analyses en termes de culture et de pratiques rituelles que la sociologie peut reprendre, tout en ajoutant, cependant, une dimension plus quantitative, voire statistique (classer les comportements humains en fonction de certaines variables, comme le sexe, l'âge ou l'origine socioprofessionnelle est une des caractéristiques de la recherche sociologique).

Les objets soumis à l'analyse sociologique peuvent être très variés. À des thèmes classiques comme les relations familiales, les idéologies, la religion, l'éducation, l'organisation du travail, la violence, le pouvoir ou les pratiques culturelles peuvent s'ajouter des domaines comme l'art, la technologie, le corps ou la science. L'activité sociologique se caractérise par un travail théorique poussé, mais aussi par une démarche empirique rigoureuse, quantitative et qualitative, et par une dimension appliquée.

2. Concepts et objectifs de la sociologie

En général, et de manière typique, la sociologie tente d'expliquer les comportements humains en montrant des déterminations sociales qui ne sont pas toujours évidentes, et qui se placent au-delà de la portée des individus en tant que tels. Les phénomènes collectifs peuvent avoir une logique propre : ils ne sont donc pas le pur reflet d'actions et de choix individuels. Un exemple classique de ce genre de logique sont les phénomènes de foule : des phénomènes composés, bien entendu, d'actions et de comportements individuels, mais dont la dynamique dépasse les décisions individuelles qui en sont à l'origine. La sociologie tentera de mettre en évidence l'autonomie relative de ce genre de phénomènes sociaux. Parallèlement, les manières d'agir, de penser et de sentir peuvent être conditionnées par des éléments extérieurs à l'individu (par exemple, par son insertion dans un contexte social et dans une histoire collective). L'illustration typique de cette démarche est celle que le sociologue classique Émile Durkheim a proposée à l'égard du suicide : la sociologie ne traitera pas ce phénomène comme un événement de la vie intérieure ou comme un cas psychologique, mais comme un « fait social » qui peut être rattaché à l'évolution de diverses formes de solidarité sociale.

Un parcours sur quelques concepts clés du vocabulaire sociologique peut aider à comprendre la portée de cette discipline. La socialisation est, par exemple, le processus par lequel les individus acquièrent leurs compétences et leurs ressources sociales et deviennent des acteurs sociaux : la famille et l'école sont les éléments centraux de ce processus, mais d'autres milieux, comme les cercles d'amis ou le travail, peuvent avoir une place importante dans la socialisation. Le rôle social est la caractéristique qui rattache un acteur à une fonction sociale.

Une norme sociale est une règle de conduite généralement admise dans une société. Elle va au-delà des dispositions légales ou des règlements écrits : une norme de politesse, qui varie de société en société, ou un interdit sexuel sont des exemples de normes sociales. On parlera aussi, dans certains cas, de conventions sociales : le sens de la circulation routière est un exemple typique de convention sociale. Une société dispose de moyens plus ou moins subtils, plus ou moins violents, pour sanctionner les déviances aux normes sociales. Elle dispose aussi des ressources qui permettent aux acteurs sociaux de les transformer.

Les institutions sociales sont les entités qui garantissent l'ordre de la vie collective. Elles permettent aux acteurs de « tenir ensemble » sous plusieurs aspects : par exemple, en garantissant les processus de socialisation et de reproduction sociale (la famille, l'école), en sanctionnant les déviances (le droit, la police), en organisant la vie économique (le marché, le droit, les syndicats), en permettant la communication (la langue, les moyens de communication) ou en fournissant des repères d'intégration morale (la religion).

Les institutions sociales, les normes et les conventions sociales ne sont pas toujours le résultat de choix conscients et rationnels. La sociologie les décrit plutôt comme l'effet de processus historiques longs, complexes, coûteux et contingents. Certains courants sociologiques insisteront sur les éléments qui font de ces institutions, normes et conventions des modes de domination. Un concept fondamental de la sociologie est, à cet égard, celui de classe sociale. Les sociétés humaines ne sont pas homogènes. Les classes sociales peuvent être entendues comme l'effet de la distribution des personnes dans des luttes d'intérêts ou dans des rapports de domination. D'une manière plus générale, les classes sociales ou les catégories sociales sont des classements qui distinguent la place des personnes dans la société en fonction de leurs revenus, de leur profession, de leur culture, de leur fonction sociale ou de leur mode de vie.

La sociologie s'intéresse aussi aux phénomènes d'interaction sociale, c'est-à-dire, aux rapports de communication intersubjective, rapports de « face à face » entre les individus ou phénomènes sociaux dans des groupes de taille modérée (habitudes des personnes dans la vie quotidienne, relations de proximité ou organisation de la hiérarchie dans un groupe de pairs). À une échelle plus large, on appelle réseaux sociaux les chaînes de relations qui lient les individus et les groupes entre eux. La sociologie étudie la forme de ces réseaux et leurs caractéristiques.

D'autre part, l'analyse sociologique des contenus subjectifs s'attaque aux motivations, aux intérêts, aux opinions, aux valeurs et aux croyances des individus. Ces contenus trouvent leur correspondance avec des grandeurs sociales : des représentations collectives, des systèmes symboliques, des cultures, des idéologies. C'est ainsi que la sociologie s'intéresse aux relations entre la vie subjective des acteurs sociaux, qui est vécue de manière plus ou moins spontanée, et des régularités structurelles qui sont, elles, objectives et durables.

3. Histoire de la sociologie

3.1. Origine de la sociologie

3.1.1. Auguste Comte

La sociologie comme ensemble de connaissances systématisées est une science récente. Le terme « sociologie » (composition moderne à partir de la racine latine du mot « société » et d'une terminaison d'origine grecque « logos ») apparaît dans la première moitié du XIXe siècle. Il est créé par Auguste Comte pour désigner la science « positive » des faits sociaux : une science des « lois » qui, à l'image des lois de la nature mises en évidence par les sciences physiques ou naturelles, régissent la société humaine. Comte utilise aussi l'expression « physique sociale » pour souligner le caractère scientifique de la nouvelle discipline. Cette discipline s'inscrit donc, à son origine, dans le courant positiviste du comte de Saint-Simon et d’Auguste Comte.

Disons qu’Auguste Comte voulait établir une reforme intellectuelle. Sa philosophie positiviste consiste à répartir le développement de l’esprit humain sur trois stades qui se trouvent dans l’histoire de chaque science comme dans la vie de chaque homme. Ces trois stades sont :

  • le stade théologique : où l’esprit humain explique les faits par des agents surnaturels. Le stade théologique est caractérisé par une explication immature des phénomènes, renvoyés à la volonté des dieux ou de Dieu ;
  • le stade métaphysique : où l’esprit humain explique les faits par des causes abstraites. Au stade métaphysique, l'explication des phénomènes fait appel à des catégories philosophiques abstraites; et,
  • le stade positif ou stade scientifique : où l’esprit humain tient strictement aux données réelles, à l’ordre des causes à effets). Les effets sont dûment constatés. Le stade scientifique, va de pair avec le rejet de toute quête d'explication causale absolue. L'attention est entièrement tournée sur les liens entre les phénomènes, dans le but de parvenir à des généralisations soumises à la vérification par l'observation.

Selon COMTE, l’époque contemporaine doit établir la « Science positive », non seulement dans le domaine de la physique mais aussi dans le domaine social. Il faut fonder une science sociologique a l’instar des sciences : physique, mathématique, biologie,… mais la sociologie doit être selon l’esprit positiviste. Mais, alors, que deviendra la réalité qui n’est pas du domaine des faits observables ou qui sont au-delà des faits observables ?

Le positivisme se repend dans tous les domaines : en psychologie comme en critique littéraire, en sociologie (l’école sociologique fondée par E. Durkheim -1858-1917). L’influence du positivisme gagne d’autres pays et continents en dehors de la France.

  1. Karl Marx

Mais les problèmes auxquels s’intéresse la sociologie ont déjà fait l'objet de réflexions dans le champ de la philosophie. Le concept de société civile en tant que domaine distinct de l’État apparaît d’abord au XVIIe siècle dans les œuvres des philosophes Thomas Hobbes et John Locke, puis chez les penseurs français et écossais du XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. On notera, en particulier, le rôle précurseur de la philosophie politique de Montesquieu et de Jean-Jacques Rousseau et l'incidence de la naissante économie politique avec des auteurs comme Adam Smith. L'idéalisme allemand, et notamment la philosophie de l'histoire de Hegel, préfigure également les orientations de la recherche sociologique.

Au XIXe siècle, et parallèlement à la dilatation de l'État moderne et au développement de son outil de représentation typique, la statistique, la réflexion sociologique prend un caractère plus systématique. Parallèlement au courant positiviste d’Auguste Comte et à l'organicisme du philosophe britannique Herbert Spencer, d'autres penseurs contribuent à l'essor de la discipline : Alexis de Tocqueville, John Stuart Mill et Karl Marx, entre autres. Karl Marx propose un cadre d'analyse du capitalisme occidental conçu comme un mode d'organisation des rapports sociaux. On voit s'annoncer dans ce siècle les préoccupations fondamentales de la sociologie classique : l'opposition entre la modernité et les formes traditionnelles d'organisation sociale, le sens du progrès et de l'évolution historique et, finalement, les décalages et les ajustements entre la vie subjective des individus, d'une part, et l'ordre matériel et social, d’autre part.

  1. La sociologie classique

En tant que discipline universitaire, la sociologie n’est reconnue qu’à partir des années 1880 et 1890. En France, Émile Durkheim commence alors à enseigner la sociologie dans les universités de Bordeaux et de Paris (il obtient en 1913 une chaire de sociologie à la Sorbonne) et fonde la première véritable école de pensée sociologique. Dans les Règles de la méthode sociologique (1895), Durkheim systématise la démarche sociologique et défend sa thèse principale : le social existe indépendamment de la conscience que nous pouvons en avoir et se définit comme un fait qui s'impose à nous. Il faut, par conséquent, « traiter les faits sociaux comme des choses ».

En Allemagne, la sociologie est officiellement reconnue comme discipline universitaire à partir de la première décennie du XXe siècle, grâce aux efforts de Max Weber. Alors qu’en France et dans les pays anglo-saxons la physique sert de modèle à la nouvelle discipline des sciences sociales, la sociologie allemande retient l’enseignement de Wilhelm Dilthey, qui sépare les « sciences de l’esprit » (Geisteswissenschaften) des « sciences de la nature » (Naturwissenschaften). La sociologie allemande s’inscrit ainsi dans le prolongement de l’école historique allemande.

3.2.1. Max Weber

Max Weber, auteur de Wirtschaft und Gesellschaft (Économie et Société, 1922) et de Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie (Sociologie des religions, 1920), est présenté souvent comme l'initiateur d'une sociologie de l'action et d'une sociologie compréhensive et interprétative, par opposition à une sociologie plus scientiste. Weber tente de comprendre l'évolution des formes d'organisation sociale en y décelant une tendance à la rationalisation. Il analyse les relations particulières entre ce processus de rationalisation et les différentes formes de vie religieuse comme, par exemple, dans le cas du capitalisme et de l'éthique protestante.

D'autres sociologues allemands comme Ferdinand Tönnies ou Georg Simmel, auteur de Philosophie des Geldes (Philosophie de l'argent, 1900), s'intéressent, dans la ligne de Weber, à la condition particulière des sociétés modernes. L'opposition entre tradition et modernité, ou entre communauté (Gemeinschaft) et société (Gesellschaft), est un thème classique de la sociologie de cette époque. Dans un sens similaire, Durkheim s'intéresse au changement des formes d'intégration morale, en analysant la différence entre solidarité « mécanique » et solidarité « organique ».

  1. Wilhelm Dilthey

Le développement de la sociologie européenne dans la première moitié du XXe siècle s'organise donc autour de ces thèmes, reflets d’une époque mouvementée : fondement et crise des formes d'intégration sociale, rôle de l'État moderne et développement de la bureaucratie, portée et limites du capitalisme.

Aux États-Unis, le premier département de sociologie est créé à l’université de Chicago en 1893. La sociologie s'y développe avec une claire vocation appliquée et orientée à la réforme sociale. On assiste à la naissance de l'école de Chicago, souvent associée à « l'écologie urbaine » et à l'analyse des interdépendances entre les personnes et leur milieu. Les grandes enquêtes empiriques se développent et les premiers manuels systématiques de sociologie sont publiés.

Deux traditions sociologiques reconnues apparaissent dans le panorama sociologique nord-américain dans la première moitié du XXe siècle. D'une part l'interactionnisme symbolique, inspiré du philosophe George Herbert Mead et de la pragmatique anglo-saxonne, se propose de mettre en évidence le rôle fondamental des interactions entre les individus dans la formation des valeurs, du « moi » et de la société. D'autre part, apparaît le fonctionnalisme, dont on peut trouver les éléments majeurs chez Talcott Parsons, auteur de The Structure of Social Action (la Structure de l’action sociale, 1937), et chez Robert King Merton, auteur de Social Theory and Social Structure (1949, traduit en 1951 sous le titre Éléments de théorie et de méthode sociologique). Ces théories décrivent l'ordre social comme un mécanisme d'attribution de fonctions, de rôles et de valeurs.

  1. La sociologie contemporaine

Dans la seconde moitié du XXe siècle, la sociologie s’oriente vers l’étude de nouveaux objets. Elle trouve des domaines d'application de plus en plus institutionnalisés, comme les sondages d'opinion et les études de marché. Les compétences des sociologues trouvent des débouchés dans plusieurs domaines : dans la recherche académique, mais aussi dans le monde de l'entreprise (conseil, ressources humaines, marketing) et de l'administration (planification, éducation). La sociologie assiste aussi à une croissante diversité des démarches internes à la discipline. En raison de la diversité des domaines, des méthodes et des cadres conceptuels, elle devient un savoir hétérogène et une profession diversifiée.

Les courants fonctionnaliste et structuro-fonctionnaliste continuent de se développer en sociologie, après Talcott Parsons, mais aussi en anthropologie, sous l'inspiration des travaux de Bronislaw Malinowski et d’Alfred Reginald Radcliffe-Brown. La rencontre entre ces courants et d'autres sciences comme la cybernétique ou les sciences cognitives produit des développements novateurs : la théorie des systèmes sociaux du sociologue allemand Niklas Luhmann en est l'exemple majeur. D'autre part, et notamment aux États-Unis, l'influence du philosophe Karl Popper et de l'économiste Friedrich von Hayek oriente la sociologie vers un individualisme méthodologique qui s'oppose au « sociologisme » du fonctionnalisme et qui rejoint les points de vue de la science économique néoclassique. On notera, à ce titre, l'essor des théories du « choix rationnel » (rational choice) et l'importance d'auteurs comme James S. Coleman.

Par ailleurs, le structuralisme déploie une présence décisive dans la discipline, notamment en France, sous l'influence de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss et de son ouvrage Anthropologie structurale (1958) et du linguiste Ferdinand de Saussure. La méthode structuraliste vise à mettre en évidence des relations nécessaires entre les termes d'un système : un système de parenté, un récit mythique ou le système de la langue, par exemple. Une des caractéristiques notoires de cette approche est de rendre superflue, ou du moins problématique, l'analyse de l'action et des représentations concrètes des individus. Certains auteurs ont proposé des apports et des modifications à cette approche. C'est le cas du philosophe Louis Althusser, de Michel Foucault, auteur de les Mots et les Choses (1966), du psychanalyste Jacques Lacan ou du sémiologue Roland Barthes. Pierre Bourdieu entreprend, dans le Sens pratique (1980) notamment, une critique et une transformation de cette méthode pour formuler une nouvelle théorie de l'action. Ses travaux sont ainsi une tentative de dépasser les oppositions entre individualisme et structuralisme, ou entre objectivisme et subjectivisme. On trouve aussi, dans une autre référence clé de la sociologie contemporaine, la théorie de la structuration sociale exposée par Anthony Giddens dans The Constitution of Society (la Constitution de la société, 1984), une tentative novatrice de surmonter les impasses théoriques de la discipline.

  1. Pierre Bourdieu

La sociologie critique et le marxisme jouent aussi un rôle important dans la seconde moitié du siècle. L'école de Francfort rassemble les travaux de plusieurs auteurs qui, influencés par le marxisme et par la psychanalyse freudienne, développent une interprétation de la culture moderne particulièrement critique. Theodor Adorno et Max Horkheimer en sont les représentants les plus importants. Jürgen Habermas, auteur de Theorie des Kommunikativen Handelns (Théorie de l'agir communicationnel, 1981) et représentant capital de la sociologie contemporaine, a été longtemps présenté comme le continuateur de cette école.

À un niveau d'analyse moins général et plus proche de la psychologie sociale, l'interactionnisme symbolique se développe notamment grâce aux travaux d’Erving Goffman, auteur de The Presentation of Self in Every Day Life (la Présentation de soi dans la vie quotidienne, 1969). L'influence d'auteurs comme Georg Simmel contribue à ce mouvement. Toujours dans une perspective microsociologique se développe aussi l'ethnométhodologie, issue de la phénoménologie et inspirée d'Alfred Schutz. Les travaux d’Harold Garfinkel, que l'on peut lire dans Studies in Ethnomethodology (Études d'ethnométhodologie, 1967), sont la référence la plus importante de ce courant. On retrouve aussi la perspective phénoménologique dans The Social Construction of Reality (la Construction sociale de la réalité, 1966) de Peter Berger et Thomas Luckman, ouvrage qui a contribué à élargir la portée de la sociologie.

En France, parmi les noms qui ont le plus marqué la sociologie depuis les années soixante, il faut souligner ceux d'Alain Touraine, de Raymond Aron, de Georges Friedmann, de Pierre Naville, de Michel Crozier, de Henri Mendras, de Raymond Boudon, de Pierre Bourdieu, de Luc Boltanski et de Bruno Latour.

4. Les domaines d’études de la sociologie

Il est possible d'identifier un certain nombre de sous-disciplines de la sociologie en fonction du domaine de recherche. En dépit de l'hétérogénéité de la formation sociologique, ces sous-disciplines correspondent normalement à des enseignements spécifiques.

La structure sociale demeure l'objet privilégié d'une sociologie plus « pure ». L'étude des différences et des inégalités sociales requiert souvent un travail quantitatif et statistique. La sociologie de l'éducation et la sociologie de la famille peuvent, de leur côté, se rattacher à ce courant général. Elles aborderont des sujets comme les inégalités d'opportunité des jeunes face au monde du travail, le problème du logement ou la régularité statistique des choix de mariage. L'étude sur le système d'éducation la Reproduction (1970) de Pierre Bourdieu est un exemple, maintenant classique, de ce type de recherches sur les inégalités sociales. La sociologie urbaine et la sociologie rurale s'intéresseront aussi à ce genre de problèmes, en insistant sur la dimension géographique (migrations, organisation de l'espace urbain). La sociologie rejoint ainsi quelques thèmes de la démographie : cette science (étude de la dimension, de l’évolution et de la structure des populations humaines) est considérée parfois comme un domaine de la sociologie. La sociologie de la déviance, qui garde un certain rapport avec la criminologie, étudie de son côté les comportements qui se situent en marge des normes sociales.

La sociologie industrielle s'occupe de l'organisation des processus de production. Cette sous-discipline partage son domaine d'études avec deux autres branches de la sociologie : la sociologie des organisations et la sociologie du travail. La première aborde, par exemple, les formes de hiérarchies et de pouvoir ou les processus de changement dans les organisations des entreprises, mais aussi des administrations publiques ou d'autres types d'organisations. En France, l'ouvrage l'Acteur et le Système (1977) de Michel Crozier et Erhard Friedberg est une bonne illustration de ce courant. La sociologie du travail s'attaque, de son côté, aux problèmes des conditions de travail. On notera, par exemple, l'ouvrage Traité de sociologie du travail (1962) de Pierre Naville et de Georges Friedmann. Ces disciplines pourront trouver une dimension appliquée dans la gestion de ressources humaines ou dans le dialogue avec l'ingénierie ou l'ergonomie.

La sociologie économique observe, quant à elle, l'organisation et l'évolution des activités marchandes. Aux États-Unis, les études de Harrison White et de Mark Granovetter ont contribué à l'essor de cette sous-discipline. Par ailleurs, l'influence de l'anthropologie et d'auteurs comme le Français Marcel Mauss se fait sentir aussi dans l'analyse de systèmes d'échanges non marchands.

La sociologie politique aborde les phénomènes de pouvoir dans la sphère politique. Elle s'intéresse à des problèmes comme l'organisation des partis politiques et des systèmes démocratiques, les crises politiques et les révolutions, les relations internationales ou la culture politique d'une population. Elle partage certains domaines d'études avec d'autres disciplines, comme les sciences politiques, les sciences de l'administration ou la sociologie du droit.

La sociologie de la culture entretient des liens très étroits avec l'anthropologie et l'ethnographie. Elle s'intéresse, par exemple, aux goûts vestimentaires, gastronomiques ou artistiques d'une population. Elle s'oriente aussi vers l'étude de cultures non occidentales. L'étude des rituels et des pratiques qui ont un rôle d'intégration morale est un terrain qu’elle partage avec la sociologie de la religion, qui analyse les croyances religieuses et ses corrélats sociaux et institutionnels. Récemment se développent aussi des domaines comme la sociologie du genre (avec l'apport des théories féministes) ou la sociologie des minorités (ethniques ou politiques, par exemple).

La sociologie de la connaissance aborde l'étude des idéologies et des représentations collectives. Récemment, la sociologie des sciences et des techniques s'est dotée des instruments pour analyser aussi la production de connaissances scientifiques, comme dans l'ouvrage Science in action (1987) de Bruno Latour.

La communication humaine fait l'objet d'études en sociolinguistique et en sociologie de la communication. Cette dernière s'occupe notamment de l'étude des médias. Les nouvelles technologies d'information et de communication, telles qu’Internet, constituent un objet d'étude de plus en plus important en sociologie.

La sociologie historique, souvent fortement influencée par la pensée de Marx et de Weber, mais également d’historiens français comme Fernand Braudel, s’est considérablement développée au cours de ces dernières années, notamment aux États-Unis sous l’influence de Charles Tilly et d’Emmanuel Wallerstein. Les frontières, autrefois bien distinctes, entre histoire et sociologie se sont déplacées grâce aux travaux du sociologue allemand Norbert Elias, qui a invité à saisir systématiquement l’élaboration des phénomènes sociaux dans leur perspective historique. Des domaines tels que l’histoire sociale, l’évolution démographique, l’économie et le développement politique ont été particulièrement influencés par ces nouvelles perspectives.

Au carrefour entre la sociologie et la psychologie se situe le domaine de la psychologie sociale. Elle étudie, surtout dans ses versions américaines, les interactions dans des groupes réduits, les croyances et les attitudes caractéristiques d’une population, ainsi que la formation du caractère et de la vision du monde sous l’influence de la famille, des cercles d’amis, de l’école et d’autres lieux de socialisation (la psychologie sociale rejoint ici la sociologie de la connaissance). En Europe, Serge Moscovici a joué un rôle notoire dans le développement de ce domaine d'études. Par ailleurs, la psychologie sociale s’est inspirée des thèses de la psychanalyse et, plus récemment, des recherches en sciences cognitives.

5. Méthodes de recherche en sociologie

Les sociologues utilisent presque tous les méthodes de collecte d’informations que les autres sciences sociales exploitent, depuis les statistiques mathématiques jusqu’à la critique des sources écrites ou orales. Aussi s’appuient-ils, dans une large mesure, sur les recensements, les statistiques démographiques, les chiffres du chômage, de l’immigration, les données relatives à la criminalité et à d’autres phénomènes sociaux, autant d’informations recueillies régulièrement par les pouvoirs publics.

La distinction entre techniques qualitatives et techniques quantitatives est quelque peu arbitraire, et parfois déroutante, mais elle est usuellement utilisée pour classer les différentes méthodes de recherche. Notons que les résultats d'une démarche qualitative peuvent faire l'objet d'une exploitation quantitative, et qu'une recherche quantitative peut, à son tour, faire intervenir des sources qualitatives.

  1. Techniques qualitatives

L’observation directe de certains aspects de la société se pratique depuis longtemps dans le domaine de la recherche sociologique. Les travaux de Harold Garfinkel ou d'Erving Goffman ont fourni à la fois des modèles et des théories de l’enquête d'observation sur le terrain. Dans certains cas, il peut s'agir d'observation participante, en s’intégrant temporairement au sein du groupe étudié : Goffman a ainsi vécu plusieurs mois au sein d’un hôpital psychiatrique afin de rendre compte de la manière dont les malades mentaux s’efforcent de préserver leur identité sociale au sein d’une institution. Le chercheur peut, en plus du carnet de notes classique, utiliser des magnétophones ou des caméras vidéo pour saisir les individus en interaction sociale.

Le chercheur peut recueillir aussi des informations de première main auprès d'informateurs. Cette méthode est également utilisée par les anthropologues ou par les ethnologues. Il peut s'agir d'entretiens individuels, mais parfois également d'entretiens de groupe. L'entretien peut être directif (avec un protocole de questions préétabli), semi-directif (réponses ouvertes) ou non directif (en laissant place aux digressions et à la conversation spontanée). Ces méthodes qualitatives peuvent prendre des formes plus spécifiques, comme dans le cas des histoires de vie.

Les sociologues, comme les historiens, font également un usage intensif des informations indirectes. Il s’agit, en général, de diverses sortes de documents : des récits de vie, des rapports cliniques ou judiciaires, des documents personnels, des sources journalistiques ou d'autres sources publiées. Le chercheur peut réaliser une analyse de contenu de ce genre de corpus. Dans certains cas, cette analyse pourra avoir une dimension quantitative, et comporter l'utilisation de logiciels d'analyse de textes.

  1. Techniques quantitatives

Les méthodes quantitatives englobent la présentation d’une grande quantité de données statistiques descriptives, des techniques d’échantillonnage et l’utilisation de modèles mathématiques, ainsi que des simulations informatiques des phénomènes sociaux. L’analyse quantitative permet d’établir des relations entre variables sociales et apparaît comme un moyen efficace de tester certaines hypothèses de recherche en établissant notamment des relations de causalité, en particulier dans l’analyse de la mobilité et de l’ascension sociales. L'analyse statistique du matériel sociologique peut devenir assez sophistiquée, comme dans le cas de l'analyse factorielle des correspondances ou de l'analyse de réseaux. Elle peut nécessiter l'assistance de logiciels spécifiques. C'est le cas du logiciel SPSS, amplement utilisé dans la profession.

Le terme « enquête » désigne à la fois la réalisation d’entretiens non directifs et la collecte et l’analyse des réponses recueillies par questionnaire auprès de larges échantillons de la population. Pendant les années quarante et cinquante, les méthodes statistiques servant à classifier et à interpréter les résultats obtenus lors des enquêtes ont été un temps considérées comme la principale technique de recherche sociologique. Pratiqués pour la première fois dans les années trente aux États-Unis, les sondages d’opinion, en particulier les sondages préélectoraux et les études de marché, sont aujourd’hui les outils classiques des politiciens ainsi que des nombreuses organisations et entreprises concernées par l’opinion publique.

Dans presque tous les domaines spécifiques de la sociologie, les enquêtes sont utilisées à des fins universitaires ou scientifiques, mais elles servent le plus souvent à l’étude du comportement des électeurs, des phénomènes d'opinion ou des réactions aux médias. L’enquête est un instrument de recherche sociologique irremplaçable, cependant on a souvent souligné son efficacité limitée dans de nombreux domaines. Alors que l’observation permet au sociologue de collecter des informations sur un groupe d’individus spécifique, l’enquête par sondage fournit des informations concernant une plus grande portion de la population. En général, l’enquête ne tient pas compte de la structure complexe des relations et des interactions des individus qui déterminent leur comportement social.

Travail Pratique

Faites une enquête sur le phénomène suivant : beaucoup de mariages mais aussi beaucoup de divorces en ville de Butembo. Comment comprendre ce paradoxe ?

Chapitre deuxième : De la science politique

  1. Définition

La politique est une science, une discipline académique centrée sur l’étude systématique du gouvernement au sens le plus large.

La science politique a longtemps été considérée comme plurielle. Jusqu’au premier quart du XXe siècle, chaque discipline — la philosophie, l’économie, le droit, l’histoire, la géographie — applique sa méthode propre à la politique, sans qu’il soit envisagé d’unifier et d’autonomiser une science dite politique, formulant des lois scientifiques au sujet de la réalité politique. On parle alors de « sciences politiques » au pluriel.

Ainsi s’explique que la science politique emprunte à d’autres sciences sociales telles que l’anthropologie, l’économie, l’histoire, la psychologie et la sociologie. On peut appréhender le rapport à ces disciplines de deux façons. Certains considèrent que la science politique occupe une position centrale, dans la mesure où les aspects sociaux et humains sur lesquels portent les autres sciences sont nécessairement insérés dans la réalité des pratiques politiques partout à l’œuvre. D’autres voient en la science politique une discipline subordonnée, particulièrement sur le plan conceptuel, aux autres sciences. Aujourd’hui, ce débat n’est pas entièrement clos.

  1. Histoire de la science politique
    1. La naissance de la science politique en tant que discipline autonome

La naissance d’une approche scientifique du politique au XXe siècle, dont l’objet propre reste à déterminer, ne se produit qu’au terme d’une gestation à l’intérieur de disciplines plus traditionnelles dont elle restera longtemps dépendante. Cette discipline formant le nid de la science politique peut être le droit public, comme chez George Burdeau, l’histoire, dans la tradition de l’École libre des sciences politiques, ou la sociologie, comme l’illustre André Siegfried, père de la sociologie électorale française. Toutefois, l’émancipation d’une science politique impliquait la détermination d’un objet cohérent propre à son investigation.

  1. Evolution des différentes approches

L’autonomisation de la science politique s’est ainsi accompagnée, selon Marcel Prélot, d’une triple approche des phénomènes politiques.

Une première approche prend pour objet un certain type de relations humaines parmi l’ensemble des rapports sociaux, qu’il s’agisse de relations de conciliation, de subordination, de domination ou d’antagonisme, comme c’est le cas chez Carl Schmitt. Toutefois, cette approche n’est pas parvenue à identifier un type de relation suffisamment cohérent pour fournir la matière propre à une science autonome.

Dans une seconde approche, classique et prolifique, la notion centrale est le pouvoir, faisant de la science politique la science du pouvoir. On rattache à ce courant un grand nombre de chercheurs américains, les plus nombreux et les plus actifs dans ce domaine, mais aussi des auteurs plus classiques comme Platon et Machiavel (le Prince, 1515) ou le sociologue Max Weber. L’un de ses prolongements contemporains est le béhaviorisme, très en vogue aux États-Unis, qui applique l’analyse objective et le calcul à toutes les manifestations observables du comportement humain. Cependant, étendu à toutes les formes de puissance, d’influence ou de force, l’objet de cette approche se dilue et dépasse de loin les phénomènes proprement politiques, tant le pouvoir non spécifiquement politique se niche partout dans les groupes humains.

Enfin, issue d’une tradition millénaire, la conception institutionnelle de la politique se concentre sur l’État, défini comme une collectivité à base territoriale, organisée et représentée par des organes détenteurs légitimes de l’usage de la contrainte, intérieure et extérieure. Historiquement situé, l’État, institution suprême et englobante, se distingue de tous les autres groupements, tant quantitativement que qualitativement. L’État intègre, par conséquent, dans un objet homogène, l’ensemble des phénomènes politiques.

  1. Evolution des objets d’études

Ce qui intéressait les précurseurs de la science politique, c’était la réalisation et la garantie de fins idéales. Or, les questions portant sur la meilleure forme de gouvernement n’appartiennent désormais plus au champ de la discipline : celle-ci, en effet, n’est pas censée s’intéresser à ce qui devrait être, mais à ce qui est réellement. Si l’on renvoie généralement la question de l’idéal au champ de la philosophie politique, certains spécialistes soutiennent néanmoins qu’il est nécessaire d’aborder ouvertement les questions de valeur, dans la mesure où elles sont implicites dans toute recherche politique.

De nos jours, la plupart des travaux publiés et la majeure partie de la recherche formelle en science politique portent avant tout sur des sujets concrets, comme les campagnes électorales et les élections, le processus législatif, le pouvoir exécutif, les règlements administratifs, les politiques fiscales et d’aide sociale, les relations internationales, la politique comparée, les décisions judiciaires, l’action et l’influence des groupes impliqués dans les affaires, le travail, l’agriculture, la religion, les cultures ethniques, l’armée et les médias.

3. Philosophie politique chez les « anciens » et les « classiques »

  1. Les auteurs de la philosophie primitive

Il existe d’abord des discours spéculatifs, moralistes et philosophiques, visant à juger la valeur de ce qui existe, et à proposer ce qui devrait être. Les premiers discours sur les phénomènes politiques remontent à l’Antiquité grecque. En ce sens, la science politique naît avec la science elle-même. Or, dans les écrits des penseurs antiques, on trouve souvent une approche morale, voire poétique chez Homère.

  1. Platon

La « République » est un dialogue dans lequel Platon établit les fondements de la chose publique (res publica) selon la justice. Le passage intitulé « le Mythe de la Caverne » pose le problème politique de la croyance, décrite comme des « ombres projetées par les objets fabriqués ». Seule la dialectique, l’intellection des idées par et pour elles-mêmes, protège de la fausse connaissance, de la doxa. Construire la république, c’est déconstruire la croyance, travailler contre les idées reçues.

PLATON a été amené par les circonstances politiques de son époque à se lancer dans la politique. La mort de Socrate est perçue par lui comme la plus grande injustice que n’avait jamais commise la société athénienne. Les régimes politiques vont se succéder. Et, à cause de la mauvaise gestion de l’intérêt commun, chacun d’eux aboutissait à la chute. Aussi, faute des philosophes, la politique perdra le contrôle et l’organisation de la société, de l’Etat.

Pour pallier cette anarchie, Platon créera une école devant enseigner à concevoir ce qu’est la justice et comment la rendre à la société. C’est l’Académie.

Il faut donc promouvoir le plus de justice aux citoyens, c’est cela le meilleur gouvernement. Devenir chef d’Etat, homme politique c’est devenir le modèle à suivre. La politique devient ainsi l’idéal à suivre, une éducation du peuple à la vertu de la justice. « ce qui divise, n’est-ce pas l’égoïsme de la joie et de la douleur, quand les uns sont au désespoir et les autres au comble de la joie de ce qui arrive soit à l’Etat, soit à des particuliers ? Lorsque la plupart des citoyens disent de la même chose sous le même rapport : ceci est à moi, ceci n’est pas à moi, n’est-ce pas la marque du meilleur gouvernement ? L’Etat le mieux gouverné est celui qui se rapproche le plus du modèle de l’individu. Qu’il arrive quelque chose, bien ou mal, à un seul citoyen, un tel Eta sera, je pense, le premier à dire que c’est lui qui souffre, et il se réjouira tout entier et s’affligera avec lui » (PLATON, La République, Livre V, chapitre 10, pp. 32-33).

Chez Platon, l’essentiel de la justice sociale c’est de faire l’unité de la société. L’organisation de la cité doit instaurer la justice au sein des relations entre citoyens. Trois grandes subdivisions composent cette idéale : le chef, les guerriers, enfin les agriculteurs et les artisans.

  • Le chef

Le chef commande, possède le savoir nécessaire pour organiser une société et détient le pouvoir.

A noter que chez Platon l’ignorance est la racine de tous les maux. D’où, un gouvernement des meilleurs (Aristocratie).

Aussi, il propose que le pouvoir soit rotatif, c'est-à-dire qu’il s’exercerait à tour de rôle par les membres d’un collège royal issu fraîchement de l’Académie. Mais, alors, cela ne devrai-il pas conduire à des conflits entre les académiciens eux-mêmes : jalousie, coup d’Etat,… Dans un pareil gouvernement, la vertu sera la prudence.

  • Les guerriers (armée)

Les guerriers sont chargés de la sécurité intérieure. Ils viennent de la catégorie sociale constituée des personnes robustes. Ils sont là pour châtier les injustes, faire justice à ceux qui sont lésés,… Ils sont aussi chargés de la protection de l’Etat contre l’évasion extérieure. Ils reçoivent pour leur tâche une solde. Leur formation est constituée de deux sciences : la gymnastique et la musique (militaire). Il estimait que les guerriers seraient casernés autour de la cité.

  • Les agriculteurs et les artisans

Leur rôle était de s’occuper des besoins du chef et de l’armée. C’est la majorité du peuple. Dans cette catégorie, la vertu est la tempérance, la modestie.

Notons que de cette composition de la cité idéale ressort visiblement trois importantes fonctions : l’administration, la défense et la production.

Cependant, il nous est très utile de souligner quelques aberrations qui puissent handicaper la cohésion de l’unité au sein de la cité. Le pouvoir du chef est absolu. Il a l’oeil, la main sur tout ce qui se passe dans la société. Ainsi, il lèvera la main sur le contrôle de la démographie en décidant du temps et avec qui il faut procréer. « Il faut, repris-je, d’après les principes que nous avons admis, que les sujets d’élite de l’un et de l’autre sexe s’accouple le plus souvent possible, et les sujets inférieurs le plus rarement possible ; il faut de plus élever les enfants des premiers, non ceux des seconds, si l’on veut maintenir au troupeau toute son excellence (…). En outre, aux jeunes gens qui se distingueront à la guerre ou ailleurs on accordera des hommes et d’autres récompenses, notamment la permission de voir plus souvent les femmes ; ce sera en même temps un bon pretexte d’avoir d’eux le plus d’enfants possible(…) Si un homme au-dessus ou au-dessous de cet âge se mêle de procréer pour l’Etat, nous déclarons qu’il a péché contre la religion et la justice, en faisant à l’Etat un enfant dont la conception subreptice m’aura pas été accompagnée des sacrifices et des prières que les prêtres et prêtresses et tout le corps de l’Etat feront à chaque mariage, pour qu’il naisse des hommes d’élite des enfants meilleurs encore, mais qui sera utile au contraire une œuvre de ténèbres et de terrible libertinage » (Platon, op. cit., t2, Livre V, Chap. 8et 9, pp.27-30).

Doit-on alors parler d’une famille chez Platon ? Il n’y a pas de famille au sens d’un ensemble constitué par le père, la mère et les enfants. Il y a plutôt une communauté des biens, des femmes et des enfants.

Mais, alors, comment sont élevés ces enfants ? Leur éducation est assurée indépendamment de leurs parents, parents qu’ils ignorent d’ailleurs.

Disons que Platon a commis une erreur sociale en ce sens que la famille est utile pour une bonne éducation de base des enfants. La place de la famille est incomparable dans l’éducation.

Tout de même, il faut reconnaître, dans les lois, une évolution, une réelle progression sortant d’un simple idéalisme vers un idéalisme assoupli. Pour plus de prospérité et d’épanouissement pour tout citoyen de tout sexe, Platon réhabilite la place de la famille et de la prospérité privée. « La propriété privée permet à l’individu de produire pour soi et pour tous, sans demeurer dans l’oisiveté. La famille, quant elle, est une unité fondée sur les sentiments naturels, le patriotisme, la fortune et les enfants » (MUTOMBO DIBUNGI, La théorie hégélienne de l’Etat, Mémoire de Licence, Inédit, Université de Lubumbashi, 1983, p.9).

Pour une politique réussie, le mérite de Platon est d’être le premier à dire que c’est la justice qui favorise l’harmonie dans la République. La stabilité du gouvernement ne peut se réaliser qu’à la suite d’une égalité interne. L’administration du gouvernement devra procurer la paix au peuple. D’où, une cité aristocratique dans laquelle préside le PHILOSOPHE-ROI, lui qui peut lutter contre la tyrannie, la corruption. Seul a appris la science du gouvernement.

Pour PLATON, ne peut prétendre faire de la bonne politique que celui qui est capable de rendre justice ; la politique devient ainsi synonyme d’organisation de la cité s’assignant pour but de ne pas rendre une seule classe heureuse mais d’assurer le plus grand bonheur à toute la communauté.

  1. Aristote

Après le 5è Av. j- C., Athènes est secoué par une importante crise politique. Des tyrans s’emparèrent du pouvoir et désorganisèrent la cité. La préoccupation d’Aristote sera non de voir comment un régime se rapproche de l’idéal mais comment il parvient à maintenir sa stabilité et préserver son existence. Aristote affirme que l’homme entant qu’animal social ne peut épanouir ses dons que dans une société.

Notons-le, le premier degré de la société, c’est la famille. Dans cette dernière, l’homme reçoit son éducation et peut, par la suite, s’intégrer à la grande communauté qu’est la société. La première société dans la vie humaine est donc la famille. On y acquiert les valeurs morales, sociales, religieuses.

Cependant, dans la famille l’homme est encore passif quant à ce qui est de l’organisation politique. La grandeur ne le permet pas. Il faut que plusieurs familles s’étendent à un village et que plusieurs villages s’étendent à une communauté communément appelé ETAT.

La politique sera alors une organisation de l’Etat allant au-delà des besoins quotidiens. Elle vise le bien-être de tous. Son point central est la liberté des individus.

Chez ARISTOTE, la politique est une action publique, une action qui entre dans le prolongement de l’éthique. D’où, la politique est un achèvement de l’éthique. Cependant, on constate dans sa théorie sur la famille des hiérarchies dont les parents, les enfants et les esclaves. Pourtant, l’histoire nous révèle que la classe des esclaves restait esclave jusqu’à sa descendance. Il était pareil pour la classe nantie, …. Peut-être qu’en mettant un parallélisme entre cette subdivision de la famille et la subdivision de l’Etat, les parents correspondraient aux chefs (classe nantie) ; les enfants correspondraient à la classe moyenne et les esclaves correspondraient aux pauvres. Ne s’agit-il pas d’un déséquilibre social pouvant conduire aux émeutes au sein de l’Etat. ARISTOTE est clairvoyant et sera le premier à découvrir que pour palier l’instabilité, il faut appuyer le gouvernement sur la classe moyenne.

Il prône la justice et par conséquent ne peut du tout soutenir l’esclavagisme. Le but final de la société est pour lui non seulement de vivre plutôt de bien-vivre. La société doit assurer le bonheur et la vertu des citoyens par la force des lois. Toute cité est une sorte de communauté, et que toute communauté est constituée en vue d’un certain bien. Au-delà de l’intérêt collectif, la politique devra viser l’aspect moral. « Si toutes les communautés visent un bien déterminé, celle qui est la plus haute de toute et englobe toutes les autres, vise aussi, plus que les autres, un bien qui est appelée cité, c’est la communauté politique » (ARISTOTE, La politique, Paris, Ed. Vrin, 1977, Livre III, Chap. 9, pp. 37-39).

Aux yeux d’ARISTOTE, l’organisation politique de l’Etat doit véhiculer un aspect moral en assurant une meilleure vie aux individus. La justice doit régner en tout et partout.

Concluons cette partie en disant que la plupart des spécialistes s’accordent pour voir dans Aristote le précurseur des théoriciens politiques. Son analyse des différents types de régime dans Politique, ouvrage qui présuppose un immense travail de classification des formes de gouvernement, a gardé toute son importance dans la discipline. Platon, qui, dans la République, expose sa vision d’une cité idéale, est une autre figure majeure de la philosophie politique primitive.

  1. Le sacerdotalisme médiéval

L’histoire nous enseigne que le Moyen-âge est une période caractérisée par le christianisme. Contrairement à l’Antiquité païenne, et notamment de l’Antiquité gréco-latine, le christianisme vient affirmer la transcendance divine. Une notion primordiale tirée de la Bible est celle de la souveraineté. Pour les chrétiens, la souveraineté est une propriété de Dieu et non de l’homme. « Toute autorité vient de Dieu ». La notion d’autorité sera subordonnée à la grâce divine.

Le Moyen-Âge propose un système politique fondé sur l’idée d’une communauté constituée par Dieu et correspondant à l’humanité totale.

Deux figures apparaissent au Moyen-Âge en matière de politique chrétienne : St Augustin (d’inspiration platonicienne) et St Thomas d’Aquin (d’inspiration Aristotélicienne).

  1. Saint Augustin ou la cité de Dieu

Il est aux yeux de Saint Augustin que l’Eglise doit être en harmonie avec l’Etat. Il apparaît dans l’histoire de l’humanité au moment où les païens rendaient constamment le christianisme responsable des malentendus au sein de la cité, soutenaient la thèse selon laquelle c’est la religion qui a affaibli et ruiné l’Etat, que si le maintien de culte des idoles n’avait pu sauver Rome de la décadence, il aurait au moins assuré la félicité future à ceux qui lui restaient fidèles...

Saint Augustin cherche à écarter ces alibis en montrant que le christianisme n’est en rien responsable des maux qui frappent l’empire et sa capitale. Pour lui, l’élément capital pour la destruction d’une cité c’est l’injustice. Lorsque le peuple est divisé, il est corrompu et exposé à beaucoup de maux.

De là nous comprenons qu’il pourrait y avoir des hommes de bien et des hommes de mal ; d’où l’existence de deux cités : celle du bien (cité de dieu) et celle du mal (la cité terrestre).

  • La cité de Dieu : c’est celle qui représente des citoyens unis dans la charité, serviteurs mutuels les uns des autres, sujets obéissants, celle du règne de la justice, du droit et d’amour. Ici se vit l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi ; l’on se glorifie dans le Seigneur. Les chefs décident et les sujets obéissent en se dévouant les uns aux autres par charité. Le sujet, dans cette cité, dit à son Dieu, je t’aimerai, Seigneur, toi qui es ma force…
  • La cité terrestre : c’est celle de l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, où l’on se glorifie en soi-même, où l’on recherche la gloire auprès des hommes (dans les chefs) animés par la passion de dominer. Les gouvernants aiment leur propre force,…

Doit-on alors confondre la cité humaine et l’Etat, la cité de Dieu et l’Eglise ? Il n’y a pas quatre cités dans la société, mais deux, c'est-à-dire deux sociétés composées l’une de bons, l’autre de méchants. Et, toutes les deux sociétés coexistent dans la grande société humaine.

Chez St AUGUSTIN, seul Dieu mérite d’être honoré car il est le seul juste. L’homme ne doit pas régner sur son semblable, libre comme lui, crée par Dieu à son image et doté d’une âme. L’homme n’a en lui-même aucune autorité sur les autres hommes.

C’est ainsi que les hommes sont appelés à faire alliance entre eux pour jouir de la paix, pour chercher la sécurité contre les dangers extérieurs. Les citoyens doivent se combiner pour former la famille qui est le noyau de la cité.

En cela, St AUGUSTIN fait appel à l’union des cœurs et des volontés. D’où, le pacte de société, engagements réciproques, droits reconnus, devoirs consentis (…) tout dans l’unanimité.

Le pouvoir a pour mission de faire régner la justice. Si le pouvoir s’éloigne de la justice, il est à craindre. Tout gouvernement sera acceptable à condition qu’en matière morale et religieuse, il respecte Dieu et respecte l’homme.

Dans sa politique, St UGUSTIN rêve, sur le plan terrestre, une humanité unie, mais fractionnée en petits Etats pour une collaboration facile avec l’Eglise. Ces Etats devront avoir pour finalité la paix de tous. « Quiconque observe les choses humaines et notre nature commune doit le reconnaître avec moi : de même qu’il n’est personne qui refuse la joie, de même il n’est personne qui refuse de posséder la paix. Car même ceux qui veulent la guerre ne désirent rien d’autre que la victoire ; il désirent donc parvenir, en guerroyant, à une paix pleine de gloire » (St AUGUSTIN, La lumière intérieure, Paris, P.U.F., 1965, p.212).

Cependant, la vraie paix, nous dit St Augustin, ne peut se trouver que dans la cité céleste. Rappelons-le, la cité céleste c’est celle dans laquelle les hommes sont unis dans la charité et sont des serviteurs mutuels les uns des autres.

  1. Saint Thomas d’Aquin ou le gouvernement mixte

Pour se développer et se parfaire, l’homme a besoin de vivre dans une société bien organisée pour sa sécurité contre les ennemis tant extérieurs qu’intérieurs. L’homme ne peut donc se passer de la société politique. C’est en cela que St Thomas affirme l’existence et la valeur de la cité. La communauté politique, chez St Thomas d’Aquin, est formée d’individus qui demeurent libres dans une société plus grande dont ils sont les membres vivants.

Le pouvoir politique est nécessaire. L’Etat a besoin d’être organisé pour le bien-être du peuple. L’autorité supérieure commande à chaque membre de la société en vue du bien commun. Cette autorité vient de Dieu, l’auteur de la nature, et passe par le peuple. « Le roi observera que Dieu gouverne le monde en conduisant tous les êtres vers leur fin et il s’efforcera par conséquent avant tout de conduire tous ses sujets vers la leur »(St THOMAS D’AQUIN, La justice, Paris, Ed., Desclée et Cie, 1947, p.365.

Quant au gouvernement, Saint THOMAS D’AQUIN va distinguer trois types : la monarchie, l’aristocratie et la démocratie.

  • La monarchie : c’est le gouvernement du peuple par un seul ; et sa forme corrompue : la tyrannie, est l’oppression de tout ou partie du peuple par un seul.
  • L’aristocratie : c’est l’administration du peuple par un petit nombre d’hommes vertueux ; et sa forme corrompue : l’oligarchie, est l’oppression de tout ou partie du peuple par quelques individus (c’est en somme une tyrannie de plusieurs)
  • La démocratie : c’est le juste gouvernement de l’Etat par une seule classe nombreuse, comme celle des soldats par exemple ; et sa forme corrompue : la démagogie, est l’oppression d’une classe sociale par une autre, connue, par exemple lorsque le bas peuple, abusant de sa supériorité numérique, opprime les riches ; c’est donc en somme la tyrannie de la foule.

Quelle est alors la forme de gouvernement qui convient le mieux ? Une réponse valable ne saurait être fournie, nous dit St Thomas d’Aquin. Le cas pourrait être vu chez le peuple hébreu : « Au commencement, lorsqu’ils étaient gouvernés par les juges, les juifs étaient pillés de tous côtés par leurs ennemis parce que chacun ne faisait que ce qui lui semblait bon ; mais lorsqu’à leur demande, Dieu leur eut donné des rois, la malice de ces rois détourna le peuple du culte d’un seul Dieu et l’amena finalement à se trouver réduit en servitude. Il y a donc toujours péril de deux côtés, soit que l’on renonce à la meilleure forme de gouvernement, qui est la monarchie, par crainte de la tyrannie, soit qu’au contraire, par crainte d’y renoncer, on adopte un gouvernement monarchique au risque de le voir dégénérer en tyrannie » (St THOMAS D’AQUIN, Les Etats, Paris, Librairie Victor Lecoffre, 1925, p.357).

Ce paradoxe ouvre la voie à une nouvelle classification :

  • Le pouvoir politique : pouvoir qui existe dans les provinces ou villes gouvernées soit par un seul, soit par plusieurs, selon certaines lois ou conventions ;
  • Le pouvoir despotique : dont le pouvoir est illimité comme celui du maître sur l’esclave ;
  • Le pouvoir royal : qui se situe entre les deux pouvoirs et dont le prince gouverne sans lois, mais sa liberté est sage. Le prince puise dans son cœur l’inspiration de ses actes et imite ainsi la province divine.

De toute façon, St Thomas d’Aquin a ses préférences pour le gouvernement monarchique. L’exercice royal du droit du monarque est comparable à l’action de Dieu.

La monarchie pourrait être pire si elle se détourne de sa fin : le bien commun. Pour lutter contre tout abus, le pouvoir devra arrêter le pouvoir. D’où, le gouvernement mixte : celui dans lequel sont conjoints la monarchie, l’aristocratie et le gouvernement populaire. Le meilleur régime sera donc celui où un seul chef mis à la tête de l’Etat commande selon la loi de vertu ; où, selon la même loi de vertu, un certain nombre de magistrats intermédiaires concourront à l’administration ; où, enfin, tous les citoyens participent à la souveraineté comme électeurs, seront éligibles à toutes les magistratures, tant à la suprême qu’aux subordonnés.

On appellera roi celui qui administre le peuple d’une cité en vue de son bien commun. L’intention du roi doit être d’assurer le salut de ceux qu’il a entrepris de gouverner. Et, le bien et le salut de la société politique consiste dans la paix sans laquelle la vie sociale perd toute raison d’être. Celui qui gouverne un peuple doit avant tout se proposer de lui assurer l’unité dans la paix. En effet, si les hommes se réunissent, c’est pour bien vivre ensemble et parce qu’ils ne sauraient bien vivre en demeurant isolés. L’intention de tout homme qui gouverne devra être d’assurer le salut de ceux qu’il a entrepris de gouverner ; il devra avant tout se proposer de leur assurer l’unité dans la paix.

  1. Les grands auteurs classiques

Dans cette section, nous allons seulement prendre Nicolas Machiavel qui va donner une nouvelle façon de voir les choses par rapport à l’époque précédente, le Moyen-âge. Les Hobbes, Rousseau, Tocqueville,… feront objet d’un approfondissement personnel de l’étudiant.

  1. Nicolas Machiavel

En avril 1513, les rumeurs se multiplient sur le projet du pape Léon X de créer un État au profit de ses neveux ; en réaction, Machiavel rédige le Prince, organisant d’un jet sa pensée politique mûrie par l’expérience. Dissimulant les références à l’Italie déchirée par les familles clientélistes des Visconti et autres Médicis, Machiavel illustre ses propos d’exemples historiques et fonde la pensée de la conquête et de la conservation du pouvoir. Issus d’une œuvre composée de 36 chapitres, les chapitres III à V — dont ce texte est extrait — s’intéressent à la conquête de nouvelles provinces par un État déjà formé et organisé.

De manière synthétique, l’Etat qui prévalait en Italie en ce 15e S, était un Etat de division, de manque d’autorité unifiée et ferme pour l’Italie qui a conduit MACHIAVEL à écrire son œuvre principale, « Le Prince ». MACHIAVEL fut un génie, mais qui n’a pas pu exercer son savoir (Dictionnaire de philosophes, vol. II, p.1678). Il voulait voir son Pays unifié en une République à l’exemple de la République de Platon, d’Aristote, au lieu d’une Italie morcelée en Principautés, en petits Etats faibles et dominés par la papauté. C’est pourquoi, la philosophie du « principe » et les « Discours » sera construite sur la politique forte du prince contre celle de la papauté et une politique astucieuse (rusée et perfide), mais méchante pour gouverner le peuple. La politique doit se mettre en face des faits actuels et les analyser avec précision non point dans l’abstrait, mais sur des cas concrets, les uns observés par les Anciens, et les autres constatés à l’époque présente. Il compare l’Etat actuel de l’Italie et l’époque qu’a connu ARISTOTE et TITE LIVE et cherche à en tirer les mêmes conclusions, parce que la nature humaine est la même partout et en tout temps. Or, l’homme réel est mené par ses passions, la crainte, l’envie, l’avarice, la haine,… de dominer. La passion avouée ou cachée est l’unique mobile de l’action. MACHIAVEL ne croit pas nullement à la bonté naturelle de l’homme. Gouverner c’est connaître et utiliser les passions de la multitude et celles des hommes que l’on emploie à la diriger, sans être soi-même assujeti aux passions. Le rôle du chef, du prince est complexe et il exige, avec des aptitudes diverses, une perpétuelle maîtrise de soi…suivant d’autres conseils donnés au prince. Pour gouverner, l’activité du prince doit être entre autres discrète. Il ne doit rien livrer de sa pensée intime, doit dissimuler les sentiments qu’il éprouve, ne doit se confier à aucun de ses familiers,… Point de religion pour lui, ou mieux la religion n’est qu’un instrument au service de l’Etat. Le prince ne peut tolérer, dans son domaine, aucune intervention du pouvoir ecclésiastique ; il traitera donc le Saint Siège comme un Etat étranger. Mais, la religion est bonne pour les petites gens qu’elle maintient dans le devoir de soumission. Le prince se pliera aux rites qui plaisent à ses sujets. Mais, il écoutera les prêtres de toute autorité.

L’ensemble des qualités et des vices du prince constitue ce que MACHIAVEL appelle la vertu propre aux souverains. Sa vertu (différente de celle que prêchent les prêtres et du commun des gens) est faite de clairvoyance, d’énergie vigilante, de maîtrise de soi, de sacrifice personnel. Le prince s’identifie avec l’Etat qu’il gouverne. Un prince sera sans foi avec les étrangers. Les hommes doivent être ou caressés ou écrasés. Ils se rangent des injustices légères, ils ne le peuvent pas quand elles ont très grandes. Un conseil : exterminer tout ennemi supposé irréconciliable.

Enfin, ses maximes recommandent l’union de la ruse du Renard à la férocité du Lion. Ainsi, MACHIAVEL allait dans le sens inverse de la tradition chrétienne et de la morale commune. La pensée du livre, le « Prince » pourrait être : régner par la terreur s’il le faut, éliminer les opposants au pouvoir, au régime, mais le faire avec doigté, avec ruse…

Le « principe » a toujours suscité des opposants, adversaires comme des sympathisants. Il faut dire, de toute façon, qu’il eut beaucoup d’influence jusqu’aujourd’hui. Son influence fut grande en philosophie en ce sens qu’il détruit l’idée de la vérité, de la conscience droite et engendre un matérialisme dont par exemple Hobbes allait mettre en lumière les bases logiques. C’est passé dans le langage courant et dans la diplomatie du monde, le machiavélisme consiste à agir impitoyablement contre ses adversaires. Hélas, jusqu’aujourd’hui, beaucoup continuent à suivre et à agir selon cette philosophie, du moins dans le monde diplomatique actuelle des grands. C’est une philosophie du plus fort ; mais, en même temps, qui peut démontrer la faiblesse ou la peur de son auteur (agir avec ruse). Les pouvoirs totalitaires (les dictateurs), les communistes…se sont inspirés de lui.

Remarque:

  • Machiavélique : rusé, perfide, sans scrupule, immoral. Il faut noter que MACHIAVEL ne s’est jamais identifié à son héros : « Le Prince ». son œuvre n’est pas la propagande d’un modèle de gouvernant, mais simplement le récit du vécu de sa charge publique. Son livre est une sorte de manuel de l’activité politique.
  • Le machiavélisme : qui n’est pas de Machiavel lui-même, se définit comme l’Etat d’une personne qui emploie la probité et la ruse pour parvenir à ses fins : « La fin justifie les moyens ». ce qui n’est pas du tout l’intention de MACHIAVEL.

En termes conclusifs, en philosophes, ces auteurs (Aristote, Platon, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin,…) s’interrogent sur les conditions politiques d’une vie bonne, d’une société juste pour tout le monde. Il s’agit d’une réflexion d’ordre éthique, certes méthodique, mais qui ne répond pas à la définition actuelle d’une théorie scientifique.

  1. La science politique sous sa forme moderne
    1. Définition moderne de la politique

La science politique, au sens strict, collecte et analyse des faits se rapportant à l’État et, conformément à la méthode scientifique, formule des théories hypothético-déductives qu’elle confronte ensuite à la réalité sans considération de la valeur morale de ces théories. Elle tente de rendre intelligibles les phénomènes politiques. Deux approches de la politique la prolongent. L’une étudie l’efficacité des moyens utilisés par la politique, en vue de réaliser des fins déterminées. Elle inspire l’évaluation des politiques publiques. L’autre, tournée vers l’avenir, tente d’envisager de manière prospective et scientifique l’action des pouvoirs publics. Dans tous les cas, la science politique se distingue à la fois de la politique doctrinale, dogmatique et tournée sur elle-même, et de la politologie pratique visant à assurer à l’action politique les moyens de sa réussite.

  1. Objectifs de la science politique

L’objectif de la science politique est finalement de dégager une connaissance descriptive, explicative et prospective des phénomènes de l’État ou s’en rapprochant, de dépasser la pluralité confuse des approches et de l’observation du passé en vue d’articuler un système synthétique cohérent d’analyse du politique. Aux États-Unis, terre de prédilection de la science politique, l’expérience des universitaires reprenant leurs fonctions à l’université après avoir servi le gouvernement au cours de la Seconde Guerre mondiale a exercé une influence profonde sur l’ensemble de la discipline. Ce travail dans les agences gouvernementales leur avait permis de perfectionner leur savoir-faire en appliquant les méthodes de la science sociale : sondages de l’opinion publique, analyse de contenu, techniques de statistiques, et autres méthodes de collecte et d’analyse systématique des données politiques. La science politique en tant que telle n’a connu un véritable essor au sein des universités françaises que plus tard.

  1. Variété des méthodes en science politique

À cette fin, la science politique utilise des méthodes variées issues des sciences les plus diverses, y compris celles dites exactes. À vrai dire, ces méthodes sont aussi plurielles que les conceptions de cette science. Toutefois, au caractère très personnalisé des réflexions des penseurs classiques succèdent logiquement des démarches plus rigoureuses. Elles sont fondées d’abord, et dès le XIXe siècle, sur les méthodes développées par la sociologie (constatation, systématisation puis vérification empirique), puis plus récemment sur les techniques quantitatives, mathématiques et statistiques. Ce mouvement aboutit à la construction de théories globales, de modèles d’analyse tels que la théorie de la décision ou la théorie des jeux. Certains politologues ont élaboré des modèles complexes de l’activité humaine pour guider leur recherche, faisant fréquemment appel à la technologie informatique ainsi qu’au hardware pour forger leurs concepts. L’étude de grande envergure sur la politique conçue comme système — avec des « entrées », des « sorties » et des « rétroactions » — est un exemple de première importance de l’influence des ordinateurs sur la science politique.

Moins intuitives, ces approches des phénomènes politiques formulent des conclusions qui ne paraissent pas toujours convergentes, ni plus certaines que les observations classiques de la vie politique et des cultures politiques qui la sous-tendent, telles que celles fournies par Tocqueville.

Après que nous ayons compris ce que c’est la sociologie et la science politique, que dire maintenant de la sociologie politique ?

Chapitre troisième : De la sociologie politique

  1. Définition

La sociologie politique est la science des sociétés humaines et des faits sociaux non dans leur globalité mais ceux liés au pouvoir, à son organisation, à son exercice et sa transmission au sein des groupements humains qui prennent aujourd’hui principalement la forme d’État.

Cette première donnée soulève d’ailleurs de vives controverses dans le monde de la sociologie politique. En effet, la doctrine est partagée en deux clans : certains considèrent que la sociologie politique est la science de l’État alors que d’autres considèrent qu’elle est la science du pouvoir. Cette rivalité révèle donc une antinomie entre les notions de “pouvoir” et d’“État”. Le débat a d’ailleurs donné lieu à deux conceptions de la sociologie politique.

La première conception considère que le terme même de politique vient de polis qui veut dire cité nation ou groupement qui aujourd’hui a pris la forme d’État. Ce raisonnement nous amènerait à dire que la sociologie politique est ainsi la science de l’État. Les tenants de cette conception sont Georges Davy, Marcel Prélot, Marcel Bridel, Jean Dabin et des sociologues de l’ancienne U.R.S.S. et des démocraties populaires. Mais M. Prélot spécifie bien que cette étude englobe “la totalité des diversités étatiques” pour aboutir à inclure comme objet de ses réflexions l’État dans ces formes historiques, dans ces formes imparfaites et dans son cadre international.

La deuxième conception plus moderne et réaliste considère que la sociologie politique est la science du pouvoir, de l’autorité, du commandement, du gouvernement dans quelque société humaine que ce soit. Le pouvoir en effet, s’exerce dans tout groupement social, dans toute organisation sociale même la plus microscopique. C’est ainsi que le pouvoir est présent dans le cadre de l’État mais aussi dans les entreprises, les partis politiques, les syndicats, la famille.

Cette conception est défendue en France par de grands noms comme Georges Vedel ou Georges Burdeau.

Pour rapprocher ces deux conceptions, on pourra dire que les tenants de la première conception ont limité l’étude au cadre étatique du fait qu’ils considéraient cette forme d’organisation comme parfaite. C’est donc là une conception mythique de l’État. Mais rien n’empêche de raisonner sur des cadres imparfaits, en constitution, en évolution. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas donner trop de poids à cette controverse.

Ainsi la sociologie politique est une démarche scientifique consacrée à l’étude de l’organisation du pouvoir et sa transmission dans tout groupement humain organisé, dont l’État n’est qu’une forme parmi d’autres.

Cette définition nous permettra de situer la sociologie politique par rapport à certaines sciences voisines comme les sciences politiques et les sciences juridiques.

  1. Terminologies
  • La sociologie de la politique aborde le domaine sous l'angle nettement sociologique laissant peu de place à la politique en tant que telle.
  • La science politique, tout en se servant de l'apport des autres sciences sociales, retient des éléments plus directement politiques (influences des scrutins, modes de gouvernements). Elle serait ainsi liée à la pluridisciplinarité dans ses rapports privilégiés avec le droit, l'histoire, l'économie et la sociologie.
  • La sociologie politique, quant à elle, serait à créer : « produit d'une hybridation lorsque la sociologie et la science politique seront à égalité » selon Madeleine Grawitz. Cependant, le décret du 10 juillet 1962 organisant les enseignements de science politique dans les facultés de Droit fait référence à la sociologie politique. Raymond Aron justifiera le choix du substantif en affirmant : « on pourrait dire que la science politique, considérée globalement, se confond avec la sociologie politique ; elle est le chapitre politique de la sociologie ».
  1. Distinction des sciences voisines

Deux sciences voisines peuvent prêter à confusion avec la sociologie politique. C’est d’un côté la ou les sciences politiques et deuxièmement les sciences juridiques et plus précisément le droit public.

  • Sociologie politique et sciences politiques

En ce qui concerne les sciences politiques, certains auteurs considèrent que la sociologie politique est synonyme des sciences politiques. En effet, Roger-Gérard Schwartzenberg dans son traité de sociologie politique parle indifféremment de la sociologie politique “ou” de la science politique.

La sociologie politique et les sciences politiques partagent le même objet d’étude qui sont les phénomènes sociaux et utilisent la même démarche. C’est pour cette raison que Schwartzenberg considère leurs dénominations comme “synonymiques”. Elles désignent la même recherche. Maurice Duverger dans son livre de sociologie politique écrit dans la préface que “les termes de science politique et de sociologie politique sont presque synonymes … en France, l’expression “sociologie politique” marque souvent une rupture avec les méthodes juridiques ou philosophiques longtemps dominantes de la science politique, et une volonté d’analyse par des méthodes plus scientifiques”. Il conclu d’ailleurs que “ces différences n’ont pas d’importance pratique”. Duverger considère en effet, que “la science politique désigne une approche large de la science des phénomènes politiques, qui les considère à la fois sous l’angle des institutions juridiques, de l’histoire, de la géographie humaine, de l’économie, de la démographie, etc., en même temps que sous l’angle proprement sociologique. La sociologie politique désigne plus spécialement cette dernière approche”.

S’allient d’ailleurs à cet avis Reinhard Bendix et Seymour Martin Lipset et Raymond Aron. Aron considère que la sociologie politique et la science politique se distinguent par une imperceptible nuance dans la formation et dans l’attitude des politicologues et des sociologues.

Arrivé à cette conclusion de synonymie, Schwartzenberg penche vers la dénomination de sociologie politique du fait que cette science supprime les frontières entre les spécialités pour essayer de replacer les phénomènes politiques dans l’ensemble des phénomènes sociaux.

  • Sociologie politique et sciences juridiques

D’un autre côté la sociologie politique doit être distinguée des sciences juridiques. En effet, le droit a pour mission d’étudier, entre autre, les règles d’organisation du système politique dans une société. Le cadre juridique trace les règles de l’organisation politique et encadre le jeu politique dans l’État. De ce point de vue, le droit a le même objet d’étude que la sociologie politique. Mais la différence réside principalement dans le fait que la sociologie étudie ce qui se passe réellement sur le plan politique, alors que le droit trace à travers ses dispositions une image de ce que devrait être la société politique dans un État donné.

En effet, le droit constitutionnel qui est l’ensemble des normes régissant les phénomènes politiques dans une société, à des difficultés à rendre compte à travers ses catégories traditionnelles de la pratique politique dans une société donné. D’un autre point de vue, le droit est un ensemble de règles qui est édicté par des juristes sans prise en considération réelle de la réalité et des conditions effectives de son application. Cet état de chose aboutit à un décalage entre le réel et le juridique. C’est là un phénomène qui est confirmé par la théorie du droit prospectif selon laquelle la norme juridique est érigée dans une société non pas pour régir une situation existante, mais aussi et surtout, pour contribuer par son autorité à modifier une mentalité, une pratique ou une façon de voir de la société. Dans ce cas le droit précède la réalité pour l’encadrer et en canaliser l’évolution.

Il ne faut pas oublier non plus que la sociologie politique est très apparentée au droit. Jean Pierre Cot est même allé jusqu’à dire qu’elle était “la fille incestueuse de l’histoire et du droit”. Cette affirmation s’explique par le fait qu’historiquement, les phénomènes politiques ont dans un premier temps été analysé dans une perspective historique. Par la suite, les facultés de droit abritèrent en France l’enseignement de la sociologie politique à côté du droit constitutionnel.

  1. La démarche sociologique

La sociologie comme toute science peut se définir, comme cela a été fait supra, par l’objet de son étude. Mais cette définition peut nous amener à la confondre avec des sciences voisines comme c’est le cas des sciences juridiques. C’est pour cette raison qu’elle doit se définir principalement par sa démarche propre qui la distingue des autres sciences.

La naissance de la sociologie moderne s’est matérialisée par l’évolution de la démarche utilisée dans l’étude du phénomène social. La société était auparavant étudiée sous l’angle philosophique et moral. On essayait de définir non ce qu’était la société mais plutôt ce qu’elle devrait être, conformément à ces propres croyances et convictions. Cet examen aboutissait à porter des jugements de valeurs sur les phénomènes sociaux. Avec Les précurseurs de cette nouvelle démarche, Aristote, Ibn Khaldoun, Machiavel et Montesquieu, on a commencé à étudier l’objet d’un point de vue scientifique, comme étant une chose comme le faisait la physique ou toute autre science objective. La démarche sociologique est basée sur l’observation objective des faits et donc une méthode inductive. Les écrits des auteurs qui ont mis les premiers jalons de cette science sont très clairs sur ce point précis.

Ibn Khaldoun dans sa Muqaddima traite bien de cette démarche spécifique à sa discipline. Il écrit dans ce sens : “… le fait de prendre parti pour une opinion ou une doctrine. Lorsque l’âme observe la neutralité à l’égard d’une information, elle l’examine avec toute l’attention nécessaire afin d’y discerner le vrai du faux. Si, au contraire elle se nourrit d’un préjugé en faveur de telle opinion ou de telle croyance, elle accepte d’emblée tout ce qui va dans son sens, et son inclination et sa partialité agissent comme un voile sur son œil intérieur et l’empêchent de procéder à un examen critique. C’est ainsi qu’elle est amenée à accepter les récits mensongers et à les transmettre”.

C’est ce qui fait dire à Machiavel dans le Prince qu’ “il m’a semblé plus convenable de suivre la vérité effective de la chose que son imagination”. L’étude doit donc se tenir aux faits, reposer sur l’observation, la comparaison, l’induction. Le sociologue essaye à partir de la multitude de faits qu’il observe, de faire ressortir des constantes, des relations, des successions significatives. Il essaye de découvrir ainsi des lois qui pourraient expliquer les événements observés.

Cette démarche sera reprise par Montesquieu pour l’étude des lois et des systèmes juridiques. Dans la préface de l’esprit des lois Montesquieu déclare “… je n’ai point naturellement l’esprit désapprobateur … je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés, mais des choses de la nature des choses”. Dans l’éloge de Montesquieu, d’Alembert écrit : “… sans s’appesantir, à l’exemple de ceux qui l’on précédé, sur les discussions métaphysiques relatives à l’homme supposé dans un état d’abstraction; sans se borner, comme d’autres, à considérer certains peuples dans quelques relations ou circonstances particulières, [Montesquieu dans l’esprit des lois] envisage les habitants de l’univers dans l’état réel où ils sont, et dans tous les rapports qu’ils peuvent avoir entre eux. La plupart des autres écrivains en ce genre sont presque toujours, ou de simples moralistes, ou de simples jurisconsultes, ou même quelquefois de simples théologiens. Pour lui, l’homme de tous les pays et de toutes les nations, s’occupe moins de ce que le devoir exige de nous, que des moyens par lesquels on peut nous obliger de le remplir; de la perfection métaphysique des lois, que de celle dont la nature humaine les rend susceptibles; des lois qu’on a faites, que de celle qu’on a dû faire; des lois d’un peuple particulier, que de celles de tous les peuples”.

La sociologie a profité de la démarche dont les premiers jalons ont été jetés par ces auteurs. Une approche scientifique qui essaye d’étudier les phénomènes sociaux comme ils se présentent et non pas comme ils devraient être. Ainsi, c’est un travail sur le réel basé sur l’observation. Les constats successifs aboutissant à la théorisation des phénomènes et par la suite l’édiction de règles.

Le travail du sociologue est ardu. En effet, faisant partie lui-même de la société qu’il est appelé à étudier, il risque de tomber dans la subjectivité et l’ethnocentrisme. Ce qui ne facilite pas sa tâche. Comme le souligne Émile Durkheim, les faits sociaux sont indépendants des individus qui composent la société, ils ne dépendent pas de l’arbitraire individuel. Le fait social est complexe, il ne peut être mis à nu sans une démarche rigoureuse, scientifique. Quelle est cette démarche ? C’est ce que nous sommes amenés à étudier.

Le sociologue est appelée à donner des phénomènes sociaux une explication satisfaisante pour la raison. C’est une science qui d’après les termes de Mauss tend à “découvrir des lois … c’est-à-dire lier des faits définis suivant des rapports définis”.

Pour aboutir à ce résultat il faut suivre une méthodologie rigoureuse, qualifiée de scientifique, donc éviter certains écueils. Bachelard commence par préconiser une rupture dans le raisonnement sociologique entre le fait à étudier et les opinions communes. Il écrit : “Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. L’opinion pense mal, elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas”.

Ces a priori sont l’ensemble de préjugés, d’opinions, d’idéologies, de valeurs, de normes, d’étalons, de catégories, de perceptions évidentes qui permettent à l’homme de vivre en harmonie avec la société, mais rendent son jugement subjectif.

Aussi bien le chercheur en sociologie que son lecteur doivent, pour être scientifiques, rompre avec les a priori de toutes sortes. De ce point de vue l’étude psychologique se distingue de celle sociologique. En effet, la psychologie est l’étude des déterminants individuels dans l’action de l’individu. La sociologie par contre est l’étude des déterminants sociaux de l’action sociale. Durkheim fait la part des choses dans son étude sur le suicide qui est un acte par essence individuel. Pourtant Durkheim, laissant de côté les mobiles individuels du suicide, il met en relation le nombre des suicides avec les phénomènes sociaux. Sa conclusion fut que les suicides diminuent quand la société permet une intégration des individus en son sein grâce au relâchement des normes sociales. Ce phénomène apparaît, contrairement à nos a priori, non pas en période calme mais plutôt quand l’activité sociale s’intensifie. Ainsi pour Durkheim, le suicide n’est pas un acte individuel, mais plutôt un taux de mortalité global à toute la société.

Le problème réside donc dans le fait que le chercheur en sociologie ne peut être déconnecté de la société dans laquelle il vit. Il doit pourtant regarder la vie sociale qu’il vit comme un phénomène nouveau, loin d’être familier.

Le chercheur a une position dans la société, il a de ce fait tendance à voir les phénomènes sociaux à travers le rôle qu’il y joue : c’est ce qui peut être qualifié d’ethnocentrisme qui est le comportement tendant à privilégier les normes et valeurs de sa propre société ou classe sociale pour analyser les autres sociétés ou la société dans sa globalité.

L’opinion publique est un autre piège dont le chercheur doit se méfier. En effet, celle-ci peut être située comme étant l’opinion majoritaire. Un scientifique travaillant sur cette opinion, peut en faire une idéologie. Les chercheurs en sociologie devraient éviter d’utiliser ces étalons ou idéologies pour juger les sociétés à étudier.

Un autre écueil doit être dépassé par le sociologue, c’est celui du langage qu’il utilise pour véhiculer ces idées. Chaque mot que la société utilise est généralement emprunt de différents sens. Son utilisation par le sociologue peut l’amener à inclure dans son travail, sans le vouloir, et aux yeux de son lecteur, les prénotions qu’il renferme.

Enfin le sociologue doit être attentif à l’utilisation des métaphores. Celles-ci peuvent induire le sociologue à véhiculer dans son raisonnement des notions qui lui sont étrangères.

La recherche en sociologie politique, comme en général, utilise différentes méthodes de recherche. Une des méthodes les plus efficaces utilisées est la prospection, l'enquête, l'étude indépendantes. En général, on utilise un panel témoin et un ou plusieurs groupes expérimentaux afin d'observer l'effet de la modification de l'esprit critique pour finalement obtenir un lien de cause à effet : l'instauration d'une propagande. Dans certaines situations, comme par exemple dans les études sur les effets de la désinformation, voire de la non information (story-telling, pensée unique, pensée inique..) des catastrophes sociétales, il se peut qu'il soit impossible de travailler avec un groupe témoin au vu du pouvoir en place dans un pays donné. On peut alors effectuer une étude sur un groupe témoin hétérogène : on parle alors de devis quasi expérimental ou méthode quasi expérimentale de résistance.

Une des expériences de sociologie politique la plus connue : la manipulation/propagande.

  1. Thèmes étudiés par la sociologie politique

Autorité ; Identité ; Identité politique ; Catégorisation sociale ; Comportement organisationnel ; Conformisme ; Consensus ; Culture/Ethnicité ; Convention sociale / Conformisme ; Démocratie participative / Démocratie représentative ; Economie comportementale / Finance comportementale ; Effet / Processus de Groupe / Foule ; Ethique/Morale ; Evolution/Génétique ; Internet ; Image ; Jugement/Prise de décision ; Langage ; Manipulation mentale / Propagande ; Méthode de recherche/ Evaluation ; Personnalité ; Persuasion / Influence sociale ; Pouvoir ; Sociologie,…

  1. Méthodes d’usage en sociologie politique

L’hétérogénéité, la complexité du domaine de la sociologie politique a conduit les spécialistes de cette discipline à emprunter aux autres sciences sociales leurs méthodes et leurs techniques de recherche. Dès lors, n’ayant des méthodes ni des techniques propres, la sociologie politique est astreinte à utiliser celles des autres sciences sociales suivant la nature de l’objet à étudier. Dans les lignes qui suivent, nous allons passer en revue quelques méthodes utilisées en sociologie politique.

Quelques méthodes

  • La méthode typologique : qui étudie les types de gouvernements, pouvoirs, partis politiques, … dans un pays donné.
  • La méthode comparative : comparer les régimes politiques dans leurs circonstances et suivant leurs époques. Exemple, l’accession au pouvoir par les armes en Cote d’Ivoire et en RD Congo,…
  • La méthode fonctionnelle : expliquer les fonctions remplies par une institution quelconque : présidence, parlement, sénat, ministère, …
  • La méthode systémique : qui étudie les rapports d’interdépendance et de dépendance entre les systèmes et leur environnement sous forme s’input et d’output.
  • La méthode herméneutique : qui consiste à interpréter les textes : discours politiques, tracts,…
  • La méthode praxéologique : qui consiste dans la mise en évidence des moyens mis en œuvre pour atteindre une finalité moyennant une action. Il s’agit d’évaluer l’efficacité d’une action. Exemple : les marches pacifiques, les révoltes,…
  • La méthode dialectique : qui étudie les relations, les conflits,… entre les discours politiques et la réalité.

Quelques techniques

  • L’observation directe : observer, moyennant les sens, les faits. Exemple : assister à un meeting populaire,…
  • L’observation documentaire : quand on recourt aux archives administratives : politiques, sociaux,…
  • Le sondage d’opinion : en sociologie électorale, par exemple, il s’agit de savoir qui est pour qui,…
  • L’analyse de contenu : qui analyse le contenu des documents écrits : discours écrits,…

Les considérations d’ordre épistémologique des méthodes et techniques qui précédent sont suivies de l’esquisse d’un cadre conceptuel et de la mise en perspective sociologique auquel il est applicable.

Travail Pratique

Tout en vous justifiant, relevez quelques déviations sociales qui peuvent compromettre une carrière politique.

Chapitre quatrième : De l’Etat

  1. Introduction

Nicolas Machiavel fut un des premiers à faire usage du mot stato dans le sens d'« unité politique d’un peuple qui le double et peut survivre aux allées et venues non seulement des gouvernements mais aussi des formes de gouvernement ».

L’État possède une double signification : l'organisation politique et juridique d'un territoire délimité, ce que la première édition du dictionnaire de l’Académie française de 1696 appelle l'État en tant que « gouvernement d’un peuple vivant sous la domination d’un prince ou en république », ou bien le pays lui-même, c'est-à-dire l'État entendu « pour le pays même qui est sous une telle domination ». En droit international, un État souverain est vu comme délimité par des frontières territoriales établies, à l'intérieur desquelles ses lois s'appliquent à une population permanente, et comme constitué d’institutions par lesquelles il exerce une autorité et un pouvoir effectif. La légitimité de cette autorité devant en principe reposer – au moins pour les États se disant démocratiques – sur la souveraineté du peuple ou de la nation.

La nation quant à elle ne se confond pas non plus avec l’État sauf dans le modèle de l’Etat-nation. On désigne par l’expression « État-nation » l’idée selon laquelle à un État correspond une nation c’est-à-dire un groupe humain qui possède une unité culturelle, linguistique et historique et qui a conscience de cette unité. Cette idée s’est surtout concrétisée à partir de la fin du xviiie siècle, lorsque des peuples opprimés au sein d’États multinationaux se sont rebellés pour obtenir leur indépendance.

Si l'État se distingue du gouvernement car la notion inclut toute une dimension administrative et juridique, il arrive que sur le continent européen, l'influence de la pensée de Hegel fasse que l'on parle d'État là où le mot gouvernement serait plus exact.

  1. Définition

État vient du latin status, dérivé du verbe stare qui signifie au sens premier « se tenir debout », et au sens figuré « la position. » Le mot « État » apparaît dans les langues européennes dans son acception moderne au tournant des 15e et 16e siècles. Au 18e siècle, l'État signifie également la condition d'une personne, son « état civil ». Selon Hannah Arendt, le mot vient du latin status rei publicae (mot-à-mot = état de la chose publique) qui signifie « la forme de gouvernement ».

  • Éléments constitutifs entendu au sens de pays

Pour qu'un État soit reconnu internationalement (selon les termes de la convention de Montevideo) quatre caractéristiques constitutives doivent être constatées de manière évidente :

  1. l'existence d'un territoire délimité et déterminé ;
  2. l'existence d'une population résidente sur ce territoire ;
  3. l'existence d'une forme minimale de gouvernement ;
  4. la capacité à entrer en relation avec les autres États (reconnaissance internationale)
  1. Territoire délimité et déterminé

C'est une condition indispensable pour que l'autorité politique s'exerce efficacement. Maurice Hauriou déclare à ce sujet : « l'État est une corporation à base territoriale. » L'assise territoriale implique une délimitation précise et la notion de frontière apparaît indispensable. Toutefois la précision frontalière est à nuancer : ainsi la Pologne fut reconnue comme État indépendant le 11 novembre 1918, soit avant la fixation de ses frontières par le traité de Versailles de 1919. L'article 2 alinéa 4 de la Charte des Nations Unies insiste sur le respect par les États-tiers et par les gouvernants de l'intégrité de tout territoire national et de ses frontières. Celles-ci peuvent être naturelles ou artificielles. Les frontières naturelles sont par exemple un segment de fleuve, de rivière ou d'une montagne. Les frontières artificielles sont déterminées par un traité qui en fixe les limites. En règle générale la délimitation des frontières est négociée dans le cadre d'une commission mixte rassemblant toutes les parties en cause.

Le territoire joue un rôle fondamental : il contribue à fixer la population en favorisant l'idée de nation et détermine le titre et le cadre de compétence de l'État. Rôle essentiel car les autorités publiques doivent disposer de la plénitude des compétences pour imposer des obligations aux individus et faire respecter le droit. La souveraineté d'un État s'abolit au-delà des frontières. Hors de ses frontières, un État est présent par ses représentations diplomatiques (ambassades et consulats). Par convention ces lieux sont censés faire partie intégrante du territoire de l'État représenté et bénéficient à ce titre - ainsi que du personnel rattaché d'une immunité juridique exceptionnelle.

  1. Population résidente

La population d'un État se présente comme une collectivité humaine. Cet ensemble doit être également délimité par une appartenance (la nationalité) et un contenu exprimé en termes de droits et devoirs : Tous les individus présents sur le territoire d'un État sont soumis sans concurrence possible au même ordre juridique, expression de la souveraineté de l’État qui s’applique aux nationaux comme aux étrangers. Pour que l’État fonctionne et se maintienne, l'unité de la population nationale doit résulter d'une certaine harmonie et/ou homogénéité entre l'ensemble de ses membres : Des caractéristiques communes comme la langue, l’ethnie, l'histoire commune, par exemple aident à préserver cette unité nationale. Cependant, de nombreux États se trouvent être fondés sur une diversité plus ou moins contrastées de populations : pluralité de langues, d'ethnies, de religions, d'économies. Il revient à l'État dans ces cas de figure à préserver la cohésion nationale et à tout le moins le respect des minorités existantes sur son territoire. La nation est généralement conçue comme une collectivité humaine dont les membres sont d'une part unis les uns aux autres par des liens à la fois matériels et spirituels et, de l'autre, se distinguent des membres des autres collectivités nationales. Ainsi, comme l'indique Gérard Noiriel dans État, Nation et Immigration, la nation se définit non seulement par des caractéristiques communes mais également par différenciation.

Deux conceptions de la nation se sont affrontées entre France (conception dite subjective de la nation) et Allemagne (conception dite objective de la nation).

  • La première, l’École allemande ; le philosophe allemand Fichte (1762-1814) privilégie les phénomènes objectifs dans la définition de la nation : faits ou phénomènes objectivement ou encore expérimentalement observables (langue, religion, caractéristiques physiques…).
  • La seconde, l’École française, qui privilégie les éléments subjectifs : il faut prendre en considération un élément psychologique ; la communauté de pensée et le vouloir vivre collectif. Les idées d'Ernest Renan (1823-1892) se retrouvent dans une conférence à la Sorbonne le 11 mars 1882 Qu’est-ce qu’une nation ?. Un passé commun, un présent commun et un désir de vivre ensemble demain « c’est un plébiscite de tous les jours. En privilégiant l’élément psychologique (le vouloir vivre collectif), l’École française entend montrer la supériorité de la volonté sur le fait, c'est-à-dire la supériorité du contrat social sur les données naturelles et la supériorité du droit, sur les phénomènes physiques.
  1. Forme minimale de gouvernement

Le troisième élément constitutif d'un État est son gouvernement. Le concept d'État implique en partie une organisation politique. Cette organisation bénéficie de la puissance publique et de la capacité de commander et de se faire obéir. Pour qu'un gouvernement puisse être obéi, il doit être légitime. C'est pour cela que, pour maintenir l'ordre sur le territoire, il doit être légitime et respecter les règles en vigueur dans la société. Concrètement, la notion de gouvernement a un double sens. Le premier sens, utilisé communément, désigne l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Le deuxième sens, plus strict, ne concerne que le Premier ministre et son équipe.

  1. Gouvernance et relations

En termes de gouvernance et de relations, chaque état est en lien avec d'autres États, par des liens officiels et diplomatiques. Et, de manière plus ou moins formalisée, avec d'une part des entités supra-étatiques, au niveau mondial (par ex: Organisation des Nations-Unies) ou continental ou « régional » (par ex: Union Européenne) ; d'autre part des entités infra-étatiques (souvent confondues en France avec les « collectivités territoriales » ou locales), mais qui peuvent être variées, plus ou moins autonomes ou fédérées (en fonction du degré de décentralisation), dotées ou non de personnalité juridique, et qui représentent à des titres divers toutes les parties prenantes de la communauté nationale : partis politiques, syndicats de salariés ou professionnels, mouvements et associations, communautés, minorités, etc.

  • Caractéristiques
  1. Puissance ou force publique

Max Weber, dans Économie et société, entend par État « une entreprise politique à caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique avec succès, dans l’application de ses règlements, le monopole de la contrainte physique légitime sur un territoire donné. » Pour Weber donc, une entreprise politique à caractère institutionnel ne peut être un État que pour autant que sa structure administrative réussit à être la seule, directement ou par délégation (délégation de service publique, externalisation), à faire respecter les lois à travers l'armée, la justice et la police. Dans le cadre de la sociologie de Weber, la souveraineté résulte de la capacité de l’État à travers son appareil administratif à s’emparer du monopole de la violence physique et symbolique.

Certains courants de la sociologie insistent sur le fait que l’État dispose également d’une capacité à exercer une violence symbolique sur ses citoyens, ce que Pierre Bourdieu a appelé la « magie d’État ». Cette notion renvoie à la capacité de l’État de catégoriser ses citoyens, grâce à un nom au travers de l’état civil ou un numéro d’immatriculation (comme le numéro de sécurité sociale en France), ou par ses tribunaux en les déclarant coupables ou innocents.

  1. Souveraineté

La souveraineté est le droit exclusif d’exercer l’autorité politique sur une zone géographique donnée.

  • Cas de l'Union européenne

L’Union Européenne (UE) est une organisation supranationale. Elle n’est pas un État alors que les pays membres de l'Union le sont tous. De ce fait, l’UE avec son parlement, sa Cour de justice des communautés européennes et ses autres organes se trouve posséder seulement une partie des attributs d'un État. En ce sens, L'UE peut aussi être considérée comme une entité politique en voie d'émergence, susceptible de devenir à terme, par le consentement des peuples et des États-membres un nouvel État.

Travail Pratique

  1. Commentez largement les notions de « Nation-Etat » et d’«Etat-Nation » pour l’Afrique.
  2. Quel est le rôle de la société civile ? En RD Congo, la société civile joue-t-elle son rôle ?

Chapitre sixième : Des partis politiques

  1. Définition

Les partis politiques sont des groupements politiques institutionnalisés recherchant le soutien populaire pour la conquête du pouvoir.

Contemporains du développement des régimes démocratiques, les partis politiques possèdent, à la différence des groupements politiques antérieurs, une organisation juridique que l’on nomme les statuts. Ceux-ci précisent les grands principes qui structurent la vie du parti, son orientation idéologique, les objectifs qu’il poursuit. Mais surtout, ils définissent les fonctions de direction et déterminent les règles qui président à la désignation et au remplacement des dirigeants. La distinction entre influence du pouvoir et conquête du pouvoir fonde l’opposition entre groupes de pression et partis politiques. Un parti est une organisation qui présente des candidats aux principales élections politiques, qui cherche donc à obtenir le soutien populaire pour exercer le pouvoir.

  1. Typologie des partis politiques

La distinction la plus courante en sciences politiques reste celle qui est établie par Maurice Duverger entre parti de masse et parti de cadres, les partis communistes semblant selon cette analyse présenter une déviation originale du modèle du parti de masse.

  • Les parties de cadres

Les premiers partis ont été historiquement des partis de cadres. Il s’agissait initialement de groupes de parlementaires réunis pour gagner les élections. Le rôle prépondérant dans ces organisations est tenu par des notables qui possèdent la notoriété, le prestige et parfois l’argent. Tous ces partis demeurent faiblement structurés. L’autorité qui s’exerce au sein des partis de cadres est à la fois personnelle et décentralisée. Elle fonctionne normalement au niveau de la circonscription et les instances nationales des partis de cadres ne sont guère autre chose que la juxtaposition d’influences locales.

  • Les partis de masse

À la différence des partis de cadres, qui se sont créés spontanément, les partis de masse ont été le fruit d’une volonté consciente. Les notables des partis de cadres sont peu enclins à défendre des thèses extrêmes, surtout si elles sont contraires à leur intérêt. Ces considérations expliquent l’apparition à la fin du XIXe siècle des partis de masse et le fait que les premiers d’entre eux aient été des partis socialistes. Deux objectifs rendent nécessaire la création du parti de masse : la compensation par le nombre de la faible influence sociale des prolétaires et la finalité pédagogique. Le fonctionnement du parti de masse applique rigoureusement les principes démocratiques. Les adhérents y sont assimilés au corps électoral. Ils élisent des délégués aux congrès qui se réunissent périodiquement et prennent les décisions les plus importantes : adoption et modification des statuts, élection des instances dirigeantes.

Robert Michels a noté qu’en pratique la démocratie fonctionne très imparfaitement au sein des partis de masse. Ceux-ci sont en proie à des tendances oligarchiques : les dirigeants en place y jouissent d’un pouvoir considérable et difficile à remettre en question. La lettre des statuts et les procédés démocratiques qu’ils instituent sont formellement respectés mais ils aboutissent le plus souvent à faire ratifier par des militants des orientations préalablement définies au sommet.

  • Les partis communistes

Les partis communistes, qui sont des partis de masse, ont finalement évolué de manière particulière. Ils doivent leur spécificité à l’idéologie qu’ils prétendent mettre en œuvre : le marxisme dans sa version léniniste. Le centralisme démocratique est un effort pour concilier la démocratie (à laquelle, pour des raisons de propagande probablement, les partis n’entendent pas renoncer explicitement) et les nécessités, tenues pour objectives du combat politique. Dans la première phase s’appliquent les règles démocratiques : liberté des discussions et liberté de vote. Mais, dans la seconde, une discipline de type militaire s’impose. Les militants qui ont adopté le point de vue minoritaire doivent recourir à celui-ci pour adopter sans réserve l’opinion majoritaire. Toute tentative de militants minoritaires pour se concerter est dénoncée comme fractionniste et les intéressés sont immédiatement exclus. La pratique va encore plus loin dans le sens de la négation de la démocratie. L’observation externe suffit à montrer que les décisions, tant en ce qui concerne les grandes orientations politiques que le choix des hommes, sont prises au sommet et seulement ratifiées par la base.

  • Les partis de la typologie

La thèse de Maurice Duverger était porteuse d’un pronostic plus ou moins explicite. Les partis de masse, plus puissants, mieux adaptés, allaient éliminer les partis de cadres. Or l’on constate la survie et même la relative prospérité des partis de cadres. Le Parti conservateur en Grande-Bretagne et l’Union pour la démocratie française (UDF) en France en constituent la preuve. Les partis de masse ont par ailleurs évolué. Ils ont cessé de s’adresser uniquement à la classe ouvrière. Ils ont renoncé aux programmes de transformation radicale de la société.

  1. Les fonctions des partis politiques

Les partis politiques accomplissent trois fonctions : ils clarifient les choix électoraux, sélectionnent les candidats aux fonctions électives et sont facteurs d’intégration sociale.

L’affiliation du candidat à un parti apporte aux électeurs des garanties certes relatives, mais supérieures à celles qu’offrent de simples promesses. Les partis peuvent d’ailleurs franchir un pas supplémentaire dans la clarification des choix en élaborant de véritables programmes politiques.

Le parti a un rôle de sélection et de pression sur les élus. Il choisit parmi ses militants ceux qui lui paraissent les plus aptes à le représenter et à parler en son nom. Il choisit aussi ceux qu’il veut investir pour chaque élection.

Autour de son programme, un parti doit aussi chercher à mobiliser les citoyens, c’est-à-dire à faire adhérer le plus grand nombre au projet politique qu’il défend, et inviter à voter pour les candidats qui incarnent ce programme dans les batailles électorales.

  1. Les systèmes de partis

L’expression « système de partis politiques » désigne l’ensemble des relations et des interactions qu’exercent entre eux les partis politiques dans un pays donné, a un moment donné. Il est donc nécessaire qu’il existe au moins deux partis politiques (pluralisme) pour que la notion de « système de partis » puisse s’appliquer. La finalité du système de partis est la conquête du pouvoir exécutif. Les relations entre partis peuvent être :

  • Conflictuelles : s’il y a concurrence ou opposition entre deux ou plusieurs partis ;
  • de coopération, implicite ou explicite, par le jeu des alliances.

On distingue en général trois types de systèmes : les systèmes à parti unique, les systèmes bipartites et les systèmes de pluripartisme.

Le parti unique se rencontre essentiellement dans les pays où la démocratie ne s’est pas développée. Le parti est au service du pouvoir en place, il est un outil de propagande et d’imposition des politiques. Ce système a été celui de l’Allemagne nazie.

Les systèmes bipartites correspondent à la situation des pays où deux grands partis ont le quasi-monopole de la représentation politique et alternent au pouvoir. Ce système des partis est très fortement intégré dans les mentalités en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Le système de pluripartisme correspond, comme son nom l’indique, à une situation de concurrence entre de nombreux partis : c’est le cas en France ou en Italie. Le pouvoir est alors exercé par une coalition de forces politiques, sauf dans certains cas de pluripartisme combiné avec un parti dominant.

Quelques détails sur les systèmes de partis

Parmi les divers systèmes de partis, la classification la mieux établie distingue : le parti unique, le bipartisme et le multipartisme (Arthur N.Holcombe ; M.Duverger).

  • Les systèmes compétitifs

Au sein des systèmes compétitifs, Lapalombara et Weimer sous-distinguent les situations d’hégémonie (domination totale, suprématie) et les situations d’alternance (réapparition tour a tour).

  • Les systèmes multipartisans

Excepté quelques nations anglophones, la plupart des pays occidentaux pratiquent le multipartisme. Certains auront un système de quadripartisme (Scandinave), tripartisme (Allemagne, Autriche),…

= Les facteurs du multipartisme

  • Les facteurs sociaux. Pour C.b.Macpherson, le rôle du système de partis, en démocratie, est de modeler et de contenir les conflits de classes. Un système multipartisan est-il mieux adapté à cette fonction qu’un système multipartisan ? Tout dépend du degré de rigidité de la satisfaction sociale et d’intensité de la conscience de classe.

Dans l’analyse marxiste, les partis sont l’expression politique des classes sociales. Si la structure économico-sociale permet une répartition binaire de ces classes, on obtient un système bipartisan ; dans le cas contraire, un système multipartisan.

  • Les facteurs idéologiques et religieux. En France, comme dans d’autres pays européens, le multipartisme s’est trouvé aggravé par un facteur proprement idéologique. Car l’avènement du marxisme-léninisme en Russie en 1917 a engendre une division des forces populaires. La plupart des partis socialistes ont refusé de se rallier à la IIIe International, dirigée par Moscou. D’où des scissions et l’apparition, à cote des partis socialistes, de partis communistes.

Dans l’ensemble, les facteurs idéologiques ont nettement contribué à la multiplication des partis européens. Ils jouent aujourd’hui le rôle que tenaient hier les facteurs religieux. Quand, dans les pays a pluralisme religieux, les conflits entre Eglises se superposaient aux conflits proprement politiques. Et provoquaient l’éclatement d’une même tendance en plusieurs partis.

Exemple, au 19e siècle, au Pays-Bas, protestants et catholiques créent deux partis conservateurs distincts. Puis, une collaboration s’esquissant, a la longue, entre les adversaires de cette collaboration. D’où, jusqu'à une date récente, la juxtaposition de trois partis conservateurs, l’un catholique (parti chrétien-social), les deux autres protestants (parti « antirévolutionnaire » et parti « chrétien-historique »). Les conflits religieux avaient été plus forts que la communauté de classe sociale ou idéologie politique.

  • Les facteurs historiques et nationaux. Chaque nation trouve dans son histoire et dans sa culture spécifique des particularismes qui suscitent des divisions partisanes supplémentaires.

Exemple, dans la France du 19e siècle, les circonstances historiques ont suscité des querelles de légitimité et divisé la droite en 3 tendances (légitimité, orléaniste et bonapartiste). De la provient le manque d’organisation de la droite, qui a longtemps caractérisé le système de partis français jusqu'à la 5e République.

Autre type de particularisme, générateur de divisions partisanes supplémentaires : l’existence, dans certains pays, de groupes nationaux spécifiques, qui s’organisent dans des partis nationalistes pour mieux revendiquer leur indépendance. De ces conflits de nationalités procèdent les partis polonais, tchèque, croate dans l’Empire austro-hongrois,… De même, cette situation était fréquente dans les pays colonisés en lutte pour leur indépendance nationale.

Dans beaucoup de pays, des clivages particuliers (historiques, nationaux, ethniques, religieux, socioprofessionnels, etc.) se sont donc ajoutes aux conflits généraux (conservateurs contre libéraux, capitalistes contre socialistes), multipliant ainsi le nombre de partis.

  • Les facteurs institutionnels. Dans plusieurs cas, les facteurs institutionnels et tout spécialement les systèmes électoraux ont aussi favorisé cette multiplicité des partis. Dès 1946, M.Duverger soulignait l’influence des régimes électoraux sur les systèmes de partis, en formulant trois lois sociologiques :

La représentation proportionnelle : qui tend au multipartisme. Ce mode de scrutin électoral offrant aux partis politiques en lice un nombre de sièges proportionnel à celui des voix obtenus.

Le scrutin majoritaire à deux tours : qui tend à un multipartisme tempéré par des alliances.

Le scrutin majoritaire a un seul tour : qui tend au bipartisme. Sous peine de provoquer la victoire du courant contraire, les tendances voisines sont obligées de se grouper. Imaginons une inscription, où la gauche et la droite peuvent respectivement compter sur 60.000 et 40.000 électeurs. Si deux candidats de gauche se présentent, on va diviser les 60.000 par 2 et chacun aura 30.000. Par contre, la droite qui aura respecté l’unité de candidature maintiendra ses 40.000 électeurs et aura ainsi le dessus sur la gauche.

NB : Lopin d’avoir une portée absolue, ces lois sont purement tendancielles. Elles ne font qu’indiquer une orientation probable. Autant dire, tel régime électoral n’engendre pas nécessairement tel système de partis.

= Les effets du multipartisme

Le multipartisme intégral (France de la Ive République, Italie, jusqu’en 1994,etc.), engendre surtout trois types d’inconvénients.

  • Comme souligne Almond et Powell, le multipartisme convient mal à l’agrégation des intérêts. Chaque parti tend à devenir le porte-parole d’une catégorie particulière.
  • La médiatisation des choix. Formellement, l’électeur a le choix entre une multitude de programmes. Mais, cette liberté de choix est, en fait, illusoire. L’électeur ne décide pas directement de son destin mais s’en remet à des médiateurs (députés) qui décideront ensuite a sa place, en fonction des coalitions et des compromis rendus possibles par les résultats électoraux.
  • Absence d’une majorité parlementaire stable et cohérente, capable de soutenir fidèlement et durablement le gouvernement. Formés de pièces et de morceaux, les majorités parlementaires se nouent et se dénouent, investissant et renversant des cabinets éphémères.
  • Du multipartisme intégral au multipartisme tempéré. Le multipartisme intégral se trouve tempéré par l’existence d’alliances stables et cohérentes. Si deux grandes coalitions se forment, qui présentent aux électeurs une plate-forme commune et agissent de concert au parlement, le système multipartisan se trouve profondément modifié. Ce dualisme d’alliances ressemble davantage au bipartisme qu’au multipartisme intégral.
  • Les systèmes bipartisans

= Les facteurs du bipartisme

Nombreux sont les politiciens qui font l’éloge du bipartisme. Pour certains, il serait même imposé par la nature et par l’histoire. M.duverger soutient-il que « …toute politique implique un choix entre deux types de solutions ».

= Les effets du bipartisme

Naturel ou non, le bipartisme est utile parce qu’il est « fonctionnel » : ses effets sont profitables au bon fonctionnement du système politique. Le bipartisme facilite l’agrégation des intérêts et la réduction des exigences. Il « démédiatise » les fonctions fondamentales : c’est l’électeur lui-même qui, directement, choisit les grandes options et les gouvernants chargés de les appliquer.

= Les types de bipartisme

  • Bipartisme rigide et bipartisme souple

→ Le bipartisme rigide : dans les scrutins politiques importants, tous les députés d’un même groupe sont tenus de voter de la même façon autrement on est exclu du parti.

→ Le bipartisme souple : chacun vote comme il l’entend ; sans obligatoirement tenir compte des directives de son groupe parlementaire.

  • Bipartismes parfait et bipartisme imparfait

→ Le bipartisme parfait : les deux grands partis sont si puissants électoralement que l’un ou l’autre possède normalement la majorité absolue des sièges parlementaires. Il pourra donc gouverner seul, sans recourir à une alliance.

→ Le bipartisme imparfait : le succès électoral des deux partis de tête est moins massif. Les deux grands dominent bien le marché politique ; mais, aucun d’eux ne parvient normalement à obtenir, seul, la majorité absolue. Ils doivent donc, soit s’allier avec le troisième parti, soit s’allier entre eux.

  • Les systèmes à parti dominant
  • En 1951, M.Duverger crée l’expression « parti dominant » pour designer, dans un système pluripartisan, un parti présentant les deux traits suivants :
  • Surclasser nettement ses rivaux sur l’ensemble d’une période ;
  • S’identifier a l’ensemble de la nation ; ses doctrines, ses idées, son style coïncidant avec ceux de la période. Exemple, un parti dominant peut a lui seul occuper 38% a 40% de suffrages. Notons que le parti dominant n’occupe pas nécessairement le pouvoir. Si les autres partis se coalisent contre lui, ils peuvent lui ravir la direction du gouvernement.
  • Le parti ultra-dominant : le parti obtient la majorité absolue. C’était le cas de l’Inde où grâce à un système électoral favorable (scrutin majoritairement à un tour), le parti du congrès disposait régulièrement, à lui seul, de la majorité absolue des sièges au parlement : 364 sièges sur 489 aux élections de 1951-1952 ; 365 sur 494 en 1957 ; 361 sur 494 en 1962 ; 275 sur 507 en 1967.
  • Les systèmes non compétitifs

Sur l’échelle de régression de la concurrence, le parti-ultra-dominant marque la limite extrême entre systèmes compétitifs et systèmes non compétitifs. Puisqu’il verse aisément dans l’ »abus de position dominante » qui l’apparente bientôt au parti unique. Type pur - et non dissimulé - de système non compétitif, fondé sur l’interdiction et la répression des autres formations politiques. On peut donc tenir « système non compétitif » et « système de parti unique » pour deux synonymes.

Travail Pratique

Comment sont organisés les partis politiques en RDCongo ? La pluralité de ces partis politiques (en RDCongo) a-t-il un sens ?

Chapitre septième : De la campagne électorale et de l’élection

  1. De la campagne électorale
    1. Définition

La campagne électorale est la période précédant une élection, durant laquelle les candidats et leurs partis « font campagne », c'est-à-dire font leur promotion dans le but de récolter le plus grand nombre de voix possible. Ils rédigent généralement un «programme électorale » (ou « programme politique »).

Dans de très nombreux pays, les campagnes électorales politiques importantes sont strictement réglementées au niveau du budget, de l'étendue de la période, des cadeaux électoraux, etc. En contrepartie, les partis représentés peuvent recevoir des financements publics pour mener leurs campagnes, comme cela se pratique notamment en France.

  1. Règles de la campagne électorale

Dans cette section, il s’agit de dire, quelque peu soit-il, comment on peut réglementer la campagne électorale.

1.2.1. Les moyens traditionnels

- les réunions : toutes les réunions publiques sont autorisées et peuvent se tenir sans demande d’autorisation préalable jusqu’à la veille du scrutin.

- l’affichage : les listes se voient attribuer des emplacements d’affichage dès l’ouverture de la campagne et tout affichage relatif à l’élection est interdit en dehors de ces panneaux mis en place par les mairies (interdiction de « l’affichage sauvage »).

- les « circulaires » adressées aux électeurs : une seule circulaire pour l’ensemble de la circonscription électorale, le même format de papier pour toutes les listes, une feuille recto-verso au maximum.

1.2.2. Les radios et télévisions

Les moyens audiovisuels, notamment la télévision, ont aujourd’hui acquis une place considérée comme prééminente dans la communication politique.

C’est le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui est chargé de veiller à la régulation de la communication et de la propagande à des fins électorales sur les chaînes de télévisions et les radios. Les chaînes de télévision et les radios doivent veiller, lorsqu’il est traité d’une circonscription électorale déterminée, à ce que les listes de candidats et leurs soutiens bénéficient d’une "présentation et d’un accès équitables".

Pour les émissions non liées directement aux élections, la règle de l’équilibre suivant le principe des trois tiers continue de s’appliquer : 1/3 pour le gouvernement, 1/3 pour la majorité parlementaire, 1/3 pour l’opposition parlementaire. Un temps « équitable » doit aussi être accordé aux parlementaires n’appartenant formellement ni à la majorité ni à l’opposition et aux personnalités des formations non représentées au Parlement.

Pour les programmes locaux, la couverture de l’actualité locale doit prendre en compte les équilibres politiques locaux.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel effectue un relevé des temps de parole pour les grandes chaînes de télévision nationales, d’autres chaînes de télévision et les grandes radios doivent fournir des relevés de temps de parole.

D’autres règles concernent l’interdiction des publicités ayant un caractère électoral ou contenant des références à des candidats ou aux enjeux du scrutin.

De même la diffusion ou le commentaire de sondages d’opinion en rapport avec l’élection sont interdits la veille et le jour du scrutin.

1.2.3. Internet

Les candidats ont la possibilité d’ouvrir des sites internet spécifiques pour la campagne électorale, ils peuvent également utiliser leurs sites personnels dans un but de propagande électorale. Les sites interactifs (les blogs) sont assimilés, en l’état actuel de la jurisprudence, à des sites internet ordinaires.

L’utilisation d’un site internet n’est pas en elle-même considérée comme une publicité commerciale, en revanche certains procédés couramment utilisés sur Internet sont interdits à ces sites pendant la campagne électorale (référencement payant, achat de liens sponsorisés ou de mots clés). La publicité pour ces sites par voie de presse ou audiovisuelle est également interdite.

Il est également interdit de diffuser de nouveaux messages à caractère de propagande électorale sur ces sites la veille et le jour du scrutin. Le site non modifié peut cependant rester en ligne.

1.2.4. La communication des collectivités territoriales

Les actions de communication mises en place par les collectivités locales peuvent se poursuivre pendant la période électorale. Elles doivent cependant éviter d’apparaître comme des éléments de propagande en faveur de listes particulières.

  • Les bulletins municipaux peuvent poursuivre leur parution, les cérémonies diverses (vœux, inaugurations, fêtes locales, etc...) peuvent toujours être organisées mais doivent conserver un contenu purement informatif sans référence à l’élection à venir, notamment à la candidature d’un élu local, à ses réalisations ou à ses projets. L’évènement doit par ailleurs avoir lieu conformément à sa périodicité habituelle et dans les conditions habituelles (ni avancé, ni retardé, ni particulièrement amplifié).
  • Les sites internet des collectivités ne doivent pas participer à la campagne électorale, ils sont tenus à la neutralité. Ils ne peuvent pas, dans les 6 mois précédant l’élection, être utilisés comme support pour vanter les réalisations de la municipalité sortante. Ils ne peuvent ni servir explicitement la propagande d’une liste ni établir de lien vers le site d’une liste.
  1. De l’élection

2.1. Définition

L'élection est la désignation, par le vote d'électeurs, de représentants (une personne, un groupe, un parti ou une option) destinés à les représenter ou occuper une fonction en leur nom. La population concernée transfère -par le vote de sa majorité- à des représentants ou mandants choisis, la légitimité requise pour exercer le pouvoir attribué (fonction censée être par ailleurs définie et orientée par le biais d'un contrat politique).

Dans le cadre des régimes et institutions politiques, l'élection - à l'époque contemporaine- est revendiquée - au moins formellement- comme étant le mode le plus légitime d'accession au pouvoir. Revendication qui n'épuise pas le débat de fond sur le caractère foncièrement « démocratique » du déroulement et du résultat de cette élection.

2.2. Histoire de l’élection

Dans les cités de l’antiquité, l’élection est à l’origine un concept et une pratique aristocratiques ; le choix des membres du peuple pour l’exercice de la fonction de magistrat (de « commandeur ») s’effectue normalement par tirage au sort et non pas par vote ou élection.

Ainsi, à l’époque aristocratique le roi athénien est « l’élu des grandes familles ». À l’époque démocratique, les archontes formant l’équivalent de l’exécutif de nos gouvernements ainsi que les membres de l’Héliée (le tribunal populaire) sont tirés au sort. Seuls les magistrats spécialisés, choisis au sein des grandes familles, sont élus. Il s’agit alors d’élire le « meilleur » dans un domaine spécialisé (par exemple construction d’une flotte navale). En grec l’aristocratie désigne « le gouvernement des meilleurs ».

Alors que la légitimité monarchique - reposant sur le Droit divin - a largement supplanté la conception aristocratique de l’élection, celle-ci perdure de façon minoritaire jusqu’à l’époque moderne : Elle explique en partie la tradition de l’élection de l’empereur par les princes de Saint-Empire romain germanique.

Avec la contestation de la légitimité monarchique et particulièrement de celle de la monarchie absolue, le siècle des Lumières et l’avènement du libéralisme sous ses multiples formes (philosophique, politique, économique etc.) conduit à réintroduire et à retravailler le concept d’élection. Ces mouvements d'idées donnent naissance aux pratiques qui forment aujourd'hui la base de nos institutions démocratiques.

  • Ainsi, la souveraineté nationale est pensée comme ne pouvant s'exercer que directement ou par le biais de représentants librement choisis, donc élus.
  • Ainsi, à moins d'une démocratie directe, l'exercice de la démocratie se confond avec celui de la démocratie représentative.

2.3.Institutions concernées

L'élection est mode de détermination répandu dans nombre d'organisations de toutes tailles :

Chaque fois que les choix offerts à un collectif de personnes reflètent une pluralité -sauf à admettre une préséance en vertu de la pensée unique ou de la loi du plus fort- la nécessité de trancher entre plusieurs options différentes voire divergentes pose la question des modalités de décision.

2.4.Processus électoral moderne

D'ordinaire, dans les démocraties modernes, le processus électoral comprend un certain nombre de phases dont notamment :

  • La phase pré-électorale : le recensement et le découpage électoral ; le dépôt des candidatures en vue de l'élection ; la campagne électorale ;
  • La phase électorale : les opérations et le déroulement du vote; le dépouillement du vote dans chaque bureau de vote
  • La phase post-électorale : la centralisation des dépouillements des Bureaux de vote, la validation des données collectées et la proclamation des résultats
2.5.Phase pré-électorale

L'installation de l'organisme de gestion des élections est une étape très importante vers l'organisation des élections dans le pays où les autorités ne peuvent pas organiser les élections.

La plupart des pays qui sortent d'un conflit ont des organes de gestion des élections sous forme d'une commission électorale indépendante (CEI).

Le cadre juridique comprend habituellement quatre niveaux, à savoir : la constitution, les lois applicables, des règlements et des codes d'éthique.

Ce cadre comprend en particulier les règles qui définissent les paramètres majeurs que sont l'établissement du découpage électoral et celui des listes électorales.

Il s'agit de déterminer la source de la « compétence » et/ou de la « représentativité » des votants. Face à une pluralité de choix possibles, deux questions surgissent :

  • Qui est « compétent » pour participer à la décision ?

Positivement, la compétence à participer peut découler d'un droit général et imprescriptible, ou résulter d'une compétence d'attribution ou résulter d'une compétence de délégation. Négativement, l'incompétence à participer peut résulter de l'état ou de la qualité d'une personne, en application d'un règlement ou d'un usage.

Cette question de la compétence détermine directement le droit d'inscription sur les listes électorales.

  • Quelle représentativité et quel poids accorder à chacun des décideurs reconnus compétents ?

La règle la plus courante est : un homme = une voix ;

Mais des dispositions particulières peuvent prévoir que le nombre de voix détenu par un votant puisse varier et soit déterminé par un critère précis : Il peut s'agir par exemple des tantièmes détenus, du nombre d'actions détenues. Un double vote peut être prévu par les statuts pour tenir compte de l'ancienneté ou du statut patrimonial, professionnel, familial ou social.

  • Quelles sont les modalités d'expression du suffrage ?

Le suffrage peut être fait par tirage au sort, par acclamation, à main levée, par consensus, à bulletin secret, par procuration, etc.

  • Quelles sont les modalités de détermination du résultat ?

Le principe de la règle de la majorité -souvent utilisé- peut connaitre diverses qualifications de la majorité : majorité simple, majorité relative, majorité absolue, majorité qualifiée, etc.

Une disposition peut prévoir qu'en cas de partage des voix, la voix du président soit prépondérante : Pour éviter le blocage, le vote du président est réputé faire basculer la décision. D'autres méthodes d'organisation des élections existent mais sont peut utilisées : Scrutin à vote unique transférable, Vote alternatif, Méthode Condorcet, Méthode Borda, Méthode de Coombs, etc.

L'inscription des électeurs consiste à recenser tous les citoyens qui ont la qualité d'électeur, afin de dresser les listes électorales qui seront utilisées dans les bureaux de vote, le jour du scrutin. La deuxième grande étape du processus électoral est celle de l'inscription des candidats. Cette étape est le plus souvent réglementée, par une loi électorale, qui fixe les obligatoires nécessaires pour devenir candidats, la durée des élections, etc.

Le financement des partis politiques est le financement octroyé par l'État ou l'électorat pour soutenir la campagne électorale des partis politiques. Il peut permettre de mettre les candidats et les partis politiques sur un même pied d'égalité. Son utilisation est le plus souvent soumis aux règles de la comptabilité publique et chaque candidat ou parti politique doit en justifier l'utilisation.

Les campagnes d'éducations civiques et électorales se définissent comme un ensemble d'activités éducatives, de sensibilisation et d'information pour le processus électoral. Elle s'adresse à tous les électeurs sur toute l'étendue du territoire national. Elle vise à motiver, à préparer l'électorat d'aller voter et à faire valoir sa voix de façon éclairée.

2.6.Phase électorale

La phase électorale soit la période durant laquelle se déroule le scrutin à savoir :

  • l'exercice des prérogatives accordées à l'observation partisane et non partisane,
  • L'exercice du droit de vote proprement dit,
  • le dépouillement et l'affichage des premiers résultats dans les bureaux de vote.
2.7.Phase post-électorale
  • La phase post-électorale phase qui comprend la centralisation des résultats et la validation des données collectées,
  • Le contentieux électoral (résolution des différends électoraux),
  • L'annonce des résultats provisoires par l'organe de gestion des élections et la publication officielle des résultats.

C'est avec la publication des résultats, que se termine le processus électoral proprement dit. En France, celle-ci est effectuée par la Haute Cour de justice et dans le Journal officiel de la République française.

Bien que peu de lois électorales les y obligent, les autorités électorales ont un avantage à publier un rapport complet de l'évènement électoral.

Ce rapport comprend les détails des résultats obtenus par les candidats dans tous les bureaux de vote, ainsi que le taux de vote de participation exacte dans chaque section de vote.

2.8.Critiques et propositions de réforme

2.8.1.Liberté d'abstention ou du vote blanc
-Le vote : un droit ou une obligation ?

Le vote est un droit et un devoir qui consiste à donner son avis en affirmant son soutien à un candidat (généralement en secret) en déposant un bulletin de vote dans l'urne électorale.

-La durée du mandat électif

La question de la durée du mandat est régulièrement évoquée. D'un pays à l'autre les formules sont diverses : 4 ans, 5 ans (quinquennat), 7 ans (septennat)

-Interdiction ou limitation du cumul des mandats

Combien de mandats publics peut détenir un même élu ? La question reste controversée:

= Les adversaires du cumul pointent l'impossibilité pratique pour une même personne de se consacrer totalement à un trop grand nombre d'engagements. Ainsi les maires de grandes agglomération disposent-t-ils d'un temps résiduel suffisant pour s'engager dans d'autres services à la collectivité ?

= Les partisans du cumul font valoir l'intérêt de la complémentarité entre certains mandats. Exemple sénateur et maire d'une petite agglomération.

-Limitation du nombre des mandats

Certains pays limitent le nombre de réélections de leurs présidents (États-Unis, Mexique, etc.).

2.8.2.Découpage électoral inéquitable

Toute population est amenée à évoluer dans le temps et dans l'espace, ce qui n'est pas sans conséquence à terme sur la validité d'un découpage électoral. Celui-ci peut perdre son caractère équitable :

  • lorsque le ratio « candidats élus / électeurs inscrits » varie significativement : certaines disparités sont remarquables notamment entre circonscriptions rurales (10 000 électeurs élisent un député) et urbaines (40 000 électeurs sont nécessaires pour ce même résultat).
  • lorsque sont mélangés à dessein des populations contrastées en vue de relativiser une expression sociale au profit du autre (voir le département du Rhône, mélange composite de cantons ruraux et cantons urbains).
2.8.3.Impact de l'abstention

Dans toute élection, le phénomène de l'abstention peut avoir un impact important dans la mesure où le vote exprimé peut apparaitre illégitime si le taux d'abstention est trop élevé : Dans cette hypothèse le vote n'est plus que l'expression d'une minorité.

2.8.4.Interdiction d'exercer des activités lucratives
  • La réglementation ou la coutume peuvent fixer des limites à l'exercice simultané d'activité lucrative à titre personnel ou dans l'entourage proche de l'élu. Ces limites visent à empêcher les conflits d'intérêt et une trop grande proximité avec des intérêts particuliers.
  • La publication du patrimoine personnel ou familial, ainsi que la mise sous tutelle - le temps du mandat- des avoirs financiers peuvent compléter les dispositions
2.8.5.Désignation des candidats

En théorie la candidature est libre ou en tous cas se fait dans des conditions de stricte égalité pour tous. Sauf que certains candidats sont le représentant officiel d'un parti ou bénéficient de son soutien officieux. La procédure est souvent dénoncée comme étant le reflet de décisions prises à l'échelon central : Le phénomène des parachutages étant l'exemple caractéristique de telles décisions.

Certains proposent donc que les candidatures puissent donner lieu à débat et fassent l'objet d'un désignation ouverte et publique peu avant l'ouverture de la campagne officielle : Ainsi en France, le Parti socialiste a organisé deux élections primaires pour désigner son candidat à l'élection présidentielle.

2.8.6.La faiblesse programmatique des candidatures

La nécessité pour le candidat de rassembler les suffrages conduit généralement celui-ci - en dehors de quelques mesures hautement symboliques - à confectionner un programme relativement consensuel.

L'autre argument mis souvent en avant serait que l'électeur vote non pas pour un programme mais vise à élire une personnalité.

Certains partisans de la « realpolitik » font cyniquement remarquer que « les promesses n'engagent que ceux qui les croient »

D'autres pointent que le programme du candidat -souvent l'émanation d'une équipe centrale de campagne- n'est pas suffisamment proche de l'électeur de « base ». Et proposent que celui-ci puisse contribuer plus efficacement par le canal et les méthodes de la démocratie participative

2.8.7.Mise en cause des Techniques de communication

Pour l'Américain Noam Chomsky : « les élections sont conduites par l'industrie des relations publiques qui vantent les candidats à la manière des spots télés. Le but du marketing est de créer des consommateurs non informés faisant des choix irrationnels, infirmant ainsi l'existence de marchés que nous avons appris à révérer, ceux dans lesquels des consommateurs informés font des choix rationnels. Les mêmes techniques sont utilisées pour saper la démocratie. »

2.8.8.Mise en cause des sondages

L'usage fréquent des sondages peut perturber l'opinion et créer chez les électeurs les plus indécis des mouvements d'adhésion ou de rejet fondés sur l'idée -fausse- que l'élection est jouée.

L'effet Band wagon - mot à mot « le wagon où se trouve l'orchestre » - laisse entendre qu'une fraction non négligeable des indécis est particulièrement sensible aux choix déjà effectués par d'autres et se décide en définitive en « volant au secours de la victoire »

Certains codes électoraux réglementent plus ou moins strictement l'usage de sondages en période électorale, voire les interdisent dans la période précédant immédiatement le scrutin.

2.8.9.Création de périodes défavorables

L'économiste William D. Nordhaus soutient que les élections créent des périodes d'attentisme voire d'instabilité économique. Et qu'en conséquence leur périodicité et leur calendrier doivent être ajustés pour minimiser ces inconvénients.

2.8.10.Déni de l'emploi du système électoral en démocratie

Le politologue Bernard Manin tient l'élection pour un concept aristocratique, puisqu'il vise à désigner le « meilleur » (aristos);

D'autres, comme Robert Alan Dahl, professeur émérite de science politique à l'Université Yale, considèrent que pour éviter des dérives comme le carriérisme politique, la démocratie peut (et même doit) fonctionner sans élection, uniquement ou en partie par sortition (tirage au sort des représentants) ou par décision du peuple entier (référenda...).

Travail Pratique

Parlez largement de l’organisation des élections en RDCongo

Chapitre huitième: De la propagande

  1. Définition

La propagande est un ensemble d'actions psychologiques exercées sur les pensées et les actes d'une population, afin de l'influencer, l'endoctriner ou l'embrigader. Elle se distingue de la publicité par son objet, car elle n'est pas censée faire la promotion de produits de type commercial.

La propagande n'est étudiée de façon scientifique qu'à partir du XXe siècle avec la recherche en psychologie associée aux moyens de communication modernes, les médias de masse. La description et l'étude des différents types de propagande se sont largement développés à la même époque. Ainsi, en temps de guerre ou de période insurrectionnelle, peut être mis en place un système d'embrigadement sous forme de « propagande d'agitation », ayant pour but de déclencher l'action. De manière plus diffuse mais non moins impérieuse, selon Jacques Ellul, la propagande peut aussi chercher à faire adhérer l'individu et les masses à un ensemble d'idées et de valeurs, à les mobiliser, bref à les intégrer dans une société donnée. On parle dans ce cas de « propagande sociologique » ou encore « d'intégration » par opposition à « d'agitation » selon la typologie proposée par Jacques Ellul. Il s'agit là d'un phénomène nouveau que la psychologie sociale a particulièrement étudié et analysé. Les problèmes d'intégration récurrents rencontrés dans de nombreux pays du monde (Australie, Belgique, Canada, France, Norvège...) incitent à se montrer réservé sur l'efficacité de ces techniques pour le moment (2013).

La publicité partage des techniques et moyens mis en œuvre par la propagande diffuse pour produire un acte d'achat et présenter de manière positive des comportements (société de consommation). Les liens entre propagande et publicité sont largement discutés.

Les techniques de propagande modernes reposent sur les recherches conduites dans le domaine de la psychologie, de la psychologie sociale et dans celui de la communication. De manière schématique, elles se concentrent sur la manipulation des émotions, au détriment des facultés de raisonnement et de jugement.

2.Histoire du terme propagande

Lors du discours du palais des sports de Berlin du 18 février 1943, Goebbels exhorte le peuple à suivre la voie de la guerre totale. Les banderoles indiquent « guerre totale - guerre la plus courte ».

En latin (médiéval), propaganda est l'adjectif verbal de propagare signifiant littéralement « ce qui doit être propagé ». Cette forme latine se retrouve par exemple dans « agenda » « ce qui doit être fait ».

En 1622, peu de temps après le début de la Guerre de Trente Ans, le pape Grégoire XV fonde la Congregatio de Propaganda Fide (« Congrégation pour la propagation de la foi »), un comité de cardinaux chargé d´observer la propagation du christianisme par les missionnaires envoyés dans les pays à évangéliser.

Ce terme prend une connotation péjorative au cours du XXe siècle, partiellement d'abord à la suite de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle les États engagés dans le conflit avaient abusé du contrôle de l'information et du « bourrage de crâne », définitivement et universellement après le second conflit mondial et la défaite des États totalitaires qui persistaient jusque-là à utiliser le terme. Ainsi, le fait que, sous le Troisième Reich, Joseph Goebbels disposait d'une fonction de « ministre de la propagande » n'a pas manqué, au lendemain de la défaite, de contribuer à renforcer l'image négative du terme.

Syndicats et partis politiques continuent cependant jusqu'à la fin des années 1970 à faire figurer dans leurs organigrammes des sections « propagande » jusqu'à ce que l'expression communication politique remplace un terme devenu extrêmement négatif car intimement lié dans l'opinion à la notion de totalitarisme.

3.Typologie des propagandes

  • Propagandes politique, économique, religieuse, militaire...

La propagande poursuit des objectifs variés qui peuvent être politique, économique, religieux ou militaire. Elle cherche à aiguiller les espérances de l'opinion publique, à modifier les actions des personnes ciblées (la censure peut participer des modalités de la propagande en supprimant les informations que le pouvoir souhaite ne pas divulguer). Dans sa forme la plus dure, elle façonne la connaissance des personnes par n'importe quel moyen dont la diversion ou la confusion.

Lors d'une guerre, la propagande est utilisée pour déshumaniser l'ennemi et susciter la haine, en contrôlant la représentation que s'en fait l'opinion publique. Cela peut inclure des accusations mensongères comme de la diffamation.

Pour les militaires, la propagande peut être classée selon sa source :
- la « propagande blanche » provient d'une source ouvertement identifiée.
- la « propagande noire » provient d'une source soi-disant amicale, mais en réalité hostile.
- la « propagande grise » provient d'une source soi-disant neutre, mais en réalité hostile.

  • Propagande sociologique

La propagande a beaucoup évolué avec la naissance de la guerre psychologique dans laquelle elle trouve des prolongements. En 1962, Jacques Ellul distingue deux types de propagande: la propagande politique, très ancienne et dont on connait globalement aujourd'hui les modes de fonctionnement, et un nouveau type de propagande, la propagande sociologique : « La première (celle des gouvernements, partis et groupes de pression) se distingue de la seconde qui, moins visible, se rapproche de la socialisation, que l’on peut définir elle-même comme "processus d’inculcation des normes et valeurs dominantes par lequel une société intègre ses membres". Ellul oppose le caractère direct, délibéré et coercitif de la propagande politique (que l’on trouve en priorité dans les régimes totalitaires) au caractère "plus vaste", "plus incertain", idéologique, "diffus", inconscient et spontané, de la propagande sociologique. Celle-ci, que l’on répugne à désigner sous le terme de propagande dans nos démocraties pluralistes, agit "en douceur", par "imprégnation". Il s’exprime par la publicité, le cinéma commercial, les relations publiques, la technique en général, l’éducation scolaire, les services sociaux... En partie non intentionnelle, cette propagande repose sur ces activités multiples qui agissent de façon concordante comme un ensemble pour inculquer un certain mode de vie. »

4.Aperçu historique sur la propagande politique

4.1. Civilisations antiques

La propagande politique se retrouve dans les civilisations antiques, que ce soit par le discours ou les mythes : En 351 avant J.-C, Démosthène compose sa première Philippique : avec les Philippiques et les Olynthiennes, Démosthène présente Philippe comme un barbare et un ivrogne. Cette image de propagande sera prise comme une réalité jusqu'au XIXe siècle. Pendant le Haut-Empire de Rome, le culte impérial était un des moyens de la propagande impériale. Parmi les supports matériels utilisés, les pièces de monnaie et les bornes routières. Les empereurs romains faisaient dresser le long des chaussées des bornes de près de deux mètres de haut, qui portaient leur titulature officielle. Lors d'une fouille de sauvetage faite en 1997 à Wateringse Veld, un quartier de La Haye, on a trouvé quatre de ces bornes, chacune d’elle placée sous l'autorité d’un empereur différent.

Paul Veyne a cependant montré que cette « propagande architecturale » avait davantage à voir avec la manifestation du faste monarchique qu'avec une action de propagande stricto sensu, que les empereurs avaient moins besoin de convaincre les peuples que de simplement affirmer leur rang.

4.2. Napoléon Ier

Napoléon joue de son physique pour être reconnu de tous : son bicorne, sa redingote, son physique reconnaissable de tous avec sa main sur l'estomac, son regard froid et décidé. Il est aussi connu sous le surnom du petit caporal. Il est adoré de ses hommes parce qu'il est au front avec eux et qu'il se met à leur niveau.

Napoléon fit un usage important de la propagande pour conquérir le pouvoir puis le consolider. Dès sa campagne d'Italie, alors qu'il n'était que le général Bonaparte, il usa de l'influence des Bulletins de l'Armée d'Italie. Par exemple, il se fit représenter lors de la bataille du Pont d'Arcole tenant un drapeau à la main (thème reproduit à des milliers d'exemplaires). Il étendit ensuite ce système de propagande une fois qu'il eut conquis le pouvoir, avec les "Bulletins de la Grande Armée". Il utilise la presse et modifie les faits en sa faveur ou pour glorifier ses hommes comme dans le titre Journal de Bonaparte et des hommes vertueux. Les tableaux de Gros et de David, les affiches de l'époque, les chansons et le Mémorial de Sainte-Hélène ont aussi participé à l'élaboration de la légende dorée de Bonaparte.

Napoléon met en circulation des pièces de monnaie à son effigie. Il est représenté à l'antique comme Jules César : profil et coupe de cheveux à l'antique et laurier (symbole de victoire). Les pièces de monnaie sont manipulées par tous et font circuler son image de grand général, comparable à Jules César. Comme autre symbole, il utilise l'aigle, symbole de puissance.

Napoléon met en place des cérémonies grandioses où il faut être. Une contre-propagande, mise en place par les Anglais, le dénigre mais finalement le sert puisque même ses ennemis parlent de lui.

Après sa mort, les témoignages de ses généraux, les souvenirs vendus en sa mémoire par les marchands ambulants contribuent à forger sa légende en tant qu'icône de l'histoire de France.

5.Naissance de la propagande politique moderne

Au XIXe siècle l’industrialisation provoque la concentration nouvelle d’une importante main d’œuvre ouvrière qui bientôt cherche à faire entendre sa voix. Le socialisme en se structurant adopte le vocabulaire de la religion, et appelle « doctrine » le discours politique et « propagande » les méthodes de sa diffusion au sein de la population ouvrière. Les leaders du mouvement socialiste cherchent à provoquer chez les ouvriers une prise de conscience de leur situation afin de les amener à l'action collective. Au tournant du siècle, le pouvoir doit composer avec cette nouvelle classe et c’est dans ce contexte qu'est théorisée une « psychologie des foules », ouvrage dans lequel Gustave Le Bon esquisse les bases de la manipulation des masses.

6.L'ère de la propagande politique moderne

6.1. Première Guerre mondiale

Des techniques de propagande ont été codifiées et appliquées la première fois d'une façon scientifique par l'essayiste Walter Lippmann et le conseil en relation publique Edward Bernays (neveu de Sigmund Freud) au début du XXe siècle.

Pendant la Première Guerre mondiale, Lippman et Bernays furent engagés par le président des États-Unis Woodrow Wilson pour faire basculer une opinion américaine traditionnellement isolationniste vers l'interventionnisme. Pour cela, il fit appel aux Comités pour l'information du public (Committee on Public Information) dirigés par le journaliste George Creel, « privatisant » ainsi la propagande de guerre.

La campagne de propagande de Creel, Lippman et Bernays effectuée pendant six mois fut si intense que l'hystérie anti-allemande générée a impressionné l'industrie américaine, qui découvrait tout à coup les immenses ressources que l'on pouvait déployer pour influencer l'opinion publique d'un pays entier. Bernays a inventé les termes d’esprit de groupe et d’ingénierie du consentement, des concepts importants en propagande appliquée.

Les britanniques de leur côté avaient créé le Bureau de la Propagande de Guerre en septembre 1914 qui recrutait des célébrités littéraires. Lord Ponsonby, un aristocrate anglais, socialiste et pacifiste, résuma ainsi les méthodes utilisées pendant le conflit (y compris par son propre pays) :

Il faut faire croire

  1. que notre camp ne veut pas la guerre
  2. que l’adversaire en est responsable
  3. qu’il est moralement condamnable
  4. que la guerre a de nobles buts
  5. que l’ennemi commet des atrocités délibérées (pas nous)
  6. qu’il subit bien plus de pertes que nous
  7. que Dieu est avec nous
  8. que le monde de l’art et de la culture approuve notre combat
  9. que l’ennemi utilise des armes illicites (pas nous)
  10. que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traitres, soit des victimes des mensonges adverses (car l’ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la propagande).

L'historienne Anne Morelli a montré que cette grille pouvait s'appliquer encore aux conflits de la fin du XXe siècle. Certains soulignent aussi son adéquation avec des conflits très actuels (voir plus bas).

Les relations publiques, dont usent les États et les entreprises, s'inspirent directement des travaux de Lippman et Bernays. Dans la première moitié du XXe siècle, Bernays et Lippmann ont eux-mêmes dirigé une société florissante de relations publiques.

6.2. Entre-deux-guerres

Les nazis ont largement employé des techniques de propagande pour la prise de pouvoir de Hitler (journée de Potsdam qui précéda de peu la loi des pleins pouvoirs). Le futur dictateur fut appuyé en ce sens par Joseph Goebbels.

La Seconde Guerre mondiale a été le théâtre d'une propagande constante, utilisée comme arme de guerre, par les nazis, mais aussi par les Alliés. Mussolini avait avant eux compris son importance dès les années 1920, sur la base de ses propres contributions au journal Il Popolo d'Italia ; ainsi il avait créé le Minculpop (ministère de la Culture populaire) qui fonctionna comme outil de propagande à partir de 1925.

6.3. La propagande mussolinienne et fasciste

Mussolini parvient au pouvoir en 1922 après la Marche sur Rome et comprend très vite le rôle de la publicité moderne et de l'instrumentalisation des médias à des fins politiques ; en cela, il est le continuateur de l'écrivain et aventurier Gabriele d'Annunzio, qui fut un habile propagandiste nationaliste durant la Première Guerre mondiale mais aussi un talentueux publiciste commercial (notamment pour des fabricants de vermouth et autres spiritueux). Le décorum fasciste (chemises noires, salut « romain » cris de ralliement, théâtralisation de la politique) est directement emprunté aux Arditi (miliciens) de d'Annunzio lors de l'éphémère occupation de Fiume en 1920.

Le culte de la personnalité et la mise en scène de Mussolini, qualifié de termes ronflants (« Homme providentiel », « surhomme fasciste », « Grande Nocchiere » - « Grand timonier », etc.) utilisent tous les vecteurs de communication : presse écrite, actualités cinématographiques, affiches, peintures murales, sculpture et peinture (une grande partie des peintres de l'école futuriste de Marinetti, comme Thayaht (Ernesto Michahelles) mettent leur talent au service du régime fasciste) mais aussi imagerie populaire comme les cartes postales qui mettent en scène le Duce selon des centaines de déclinaisons (au volant d'une voiture de course, aux commandes d'un avion, à cheval, en compagnie du roi Victor Emmanuel ou en compagnie d'ouvriers - dans ce dernier cas, il s'agit de policiers déguisés, affublés d'un bleu de travail et d'une casquette -, à la moissonneuse batteuse ou sur un tracteur Fiat durant la « bataille du blé », inaugurant ou posant la première pierre d'un bâtiment, etc.).

La presse écrite, la radiodiffusion et le cinéma sont instrumentalisés grâce à l'instauration du ministère de la Culture populaire (dit MinCulPop en abrégé) confié à des hommes « sûrs » (Dino Alfieri, Alessandro Pavolini, Fernando Mezzasomma). Ce ministère a la haute main sur toute l'information et se livre à une véritable réécriture de la réalité à travers ses célèbres directives (plaisamment appelées veline - papiers vélins - dans les milieux journalistiques).

Ces veline ont une incroyable variété de domaines d'intervention qui dépasse largement celui de la politique au sens strict et visent à donner une image idéalisée de l'Italie fasciste et de son dictateur. Leur caractère maniaque, outré et souvent ridicule fut un sujet de plaisanteries voilées durant toute la période fasciste.

La propagande fasciste s'est fait une spécialité de récupérer à son profit les succès italiens dans le domaine sportif, en particulier dans les sports mécaniques, envisagés comme symbole de progrès technique et d'industrialisation d'une nation en voie de développement accéléré.

Lorsque le pilote motocycliste Omobono Tenni remporte le célèbre Grand Prix britannique 1937 (le très dangereux Tourist Trophy, sur le circuit de l'île de Man) aux commandes d'une Moto Guzzi, battant la fine fleur des machines et des pilotes britanniques, le journal Motociclismo salue son exploit par un titre dithyrambique : « L'athlète fasciste OmobonoTenni a vaincu les Anglais ».

Les records de vitesse aériens dans la Coupe Schneider (De Bernardi et Agello, sur hydravions Macchi Castoldi) , les traversées aériennes transatlantiques en escadrille d' Italo Balbo, sur les célèbres hydravions-catamarans Savoia Marchetti type S55, les victoires motonautiques du comte Theo Rossi di Montelera (richissime héritier de la firme Martini et Rossi) aux États-Unis, devant le redoutable pilote constructeur Gar Wood et dans la course Pavie-Venise, les exploits des écuries automobiles Alfa-Romeo, Lancia, puis Ferrari et de leurs pilotes (Tazio Nuvolari, Achille Varzi), la conquête du Hales Trophy récompensant le Ruban Bleu de la traversée de l'Atlantique par le paquebot Rex sont autant d'occasions de pavoiser pour la presse du régime fasciste.

Toutefois ces victoires et ces records sont l'arbre qui cache la forêt d'une industrie encore balbutiante : ainsi l'industrie aéronautique italienne produit à l'unité quelques engins de record de classe internationale mais est incapable de fabriquer en quantités véritablement industrielles des avions de chasse monoplans modernes, et l'armée de l'air en fera l'amère expérience une fois la guerre déclarée.

Assez rapidement, c'est le mouvement sportif tout entier, supposé incarner un idéal de courage et de virilité, qui est mis au service du fascisme, qu'il s'agisse du sport de masse incarné par les organisations de jeunesse et de sport corporatif (Balillas, Avanguardisti, Jeunesses Fascistes, Oeuvre du Doppolavoro) ou qu'il s'agisse du sport d'élite et de haut niveau, chapeauté par le CONI (Comité olympique), à la tête duquel Mussolini a placé un « godillot » qui lui est entièrement dévoué, Achille Starace, également secrétaire national du Parti fasciste.

Cette instrumentalisation du sport se retrouvera de façon plus exacerbée encore dans l'Allemagne hitlérienne, mais aussi en URSS et aux États-Unis dans le contexte de la Guerre froide.

L'implication très importante de la politique fasciste dans le domaine du cinéma est également très caractéristique : le festival du cinéma (Mostra) de Venise crée en 1932 et les célèbres studios de Cinecitta, inaugurés par Mussolini en 1937 sont des créations directes du régime fasciste, qui veut promouvoir une culture populaire purement nationale et combattre l'influence des films américains.

Le cinéma italien de l'époque exalte le régime à travers des films de pure propagande comme Camicia Nera (Giovacchino Forzano, 1933) mais aussi, de façon indirecte à travers des « péplums », qui sont l'équivalent italien des westerns américains et visent à accréditer l'idée que le régime fasciste, qui a des visées impérialistes en Érythrée et en Abyssinie, a restauré la gloire passée de l'Empire romain.

Les actualités cinématographiques (moyen d' information les plus moderne avant l'avènement de la télévision), entièrement à la dévotion du régime. sont dotées de moyens très importants (création de L'Istituto Luce dès 1924).

Sans qu'on puisse parler d'un style architectural fasciste à proprement parler, la période des vingt années du fascisme, au cours de laquelle on a beaucoup bâti en Italie (gares, aéroports, villes nouvelles comme Littoria - rebaptisée Latina après la guerre -, stades, immeubles d'habitation, casernes, usines, musées, etc.) a donné l'occasion à toute une génération d'architectes, souvent novateurs, de se mettre au service d'un régime pour lequel la mise en scène des chantiers (créateurs d'emploi) et l'inauguration de bâtiments au style « moderniste » était autant d' opportunités de glorifier le fascisme.

L'exemple le plus caractéristique est la création des sièges régionaux du Parti fasciste (Casa del fascio) construits dans toutes les capitales provinciales italiennes au cours des années 1920 et 1930.

La Casa del fascio de Côme, par l'architecte Giuseppe Terragni (aujourd'hui utilisée comme immeuble administratif de la douane) est souvent citée comme un exemple remarquable de l'architecture rationaliste.

La période de l'Empire romain a été abondamment revisitée par le régime fasciste, à l'occasion de la restauration et de la mise en valeur des ruines de l'époque romaine, le but étant d'exalter l'entreprise guerrière, expansionniste et coloniale du régime mussolinien (en réalité de dimension plutôt limitée) en proclamant que l'Italie fasciste avait retrouvé la grandeur impériale du temps de Jules César .

Une des entreprises les plus caractéristiques de cette instrumentalisation de l'archéologie a été la récupération des galères de l'empereur Caligula coulées dans le lac de Nemi, qui a nécessité d'énormes moyens technologiques pour assécher le lac, récupérer les navires antiques (de plus de 70 m de long) et les abriter dans un grand hangar - musée spécialement construit à cet effet.

Le choix fait par les promoteurs de cette entreprise d'incorporer des officiers de la Royal Navy britannique à l'équipe d'experts navals chargée d'évaluer les navires antiques (qui se révélèrent bien plus avancés techniquement que ce qui était communément admis) n'était évidemment pas neutre : à cette époque l'Italie fasciste se dotait d'une marine de guerre pléthorique, capable, sur le papier du moins, de renverser l'équilibre des forces navales en Méditerranée.

La période de la Renaissance italienne (le Quattrocento) et du Risorgimento (la mise en place de l'Italie unifiée en tant qu'État-nation dans la seconde moitié du XIXe siècle) ont été également abondamment utilisées par la propagande fasciste.

6.4. La propagande soviétique

L'URSS, surtout sous Staline (1924-1953), régime totalitaire, a utilisé tous les moyens de propagande disponibles à l'époque :

6.5. Propagande nazie

La propagande nazie faisait partie des attributions du Ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande, dirigé par Joseph Goebbels. Le parti nazi avait lui aussi son officine de promotion : le « Reichspropagandaleitung der NSDAP ». C'est en partie grâce à l'utilisation d'une propagande massive que les nazis ont pu faire adhérer une grande partie de la population allemande à leur programme.

6.6. La guerre froide

Les États-Unis et l'Union soviétique ont tous deux utilisé intensivement la propagande pendant la guerre froide. Les deux camps ont employé les médias de masse (cinéma, télévision et radio) pour influencer leurs propres citoyens et les nations du Tiers-Monde.

Le gouvernement américain a ainsi lancé la station de radio Voice of America (voix de l'Amérique). Celle-ci pratique ce que les Américains appellent de la « diplomatie publique », une communication destinée aux populations et destinée à donner une image favorable des États-Unis et de leur système (une idée qui fut redécouverte après les attentats du 11 septembre 2001). Des radios soutenues en partie par la CIA ont diffusé de la propagande « grise » dans les nouvelles et les programmes de divertissement en Europe de l'Est et en Union soviétique. La radio officielle du gouvernement de l'Union soviétique, quant à elle, a diffusé de la propagande « blanche ». Les deux camps ont également diffusé de la propagande « noire » aux heures de crise.

Un des écrivains qui a le mieux décrit les mécanismes de propagande fut George Orwell. Bien que ne vivant pas en Union soviétique, les personnages évoluent dans des régimes totalitaires où le langage est constamment corrompu par des manipulations politiques. Ces romans ont été employés explicitement pour la propagande. La CIA a, par exemple, secrètement commandé un film d'animation adaptant la Ferme des animaux dans les années 1950. C'était aller à l'encontre de la volonté d'Orwell qui dénonçait clairement la propagande dans son livre 1984.

6.7. Propagande en rapport avec les États-Unis

En 1990, une jeune femme, témoigne, les larmes aux yeux, devant le Congrès américain, qu'elle a assisté à des atrocités au Koweït, et notamment qu'elle a vu les soldats irakiens tirer sur des bébés et leur enlever les couveuses. L'identité de la femme est gardée secrète au motif de sa protection. On donna un nombre de centaines de bébés. En fait, l'histoire fut inventée. Mais elle fut répétée par George H. W. Bush et servit à justifier l'entrée en guerre contre l'Irak. La jeune femme était la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington. La campagne de relation publique dans son ensemble fut commandée à la compagnie Hill & Knowlton pour la somme de 10 millions de dollars par l'association Citizens for a Free Kuwait.

Dans l'invasion de l'Afghanistan par les États-Unis en 2001, la tactique psychologique d'opérations a été utilisée pour démoraliser les Talibans et pour gagner les sympathies de la population afghane. Au moins 6 avions commando EC-130E ont été utilisés pour bloquer les transmissions par radio locales et pour transmettre des messages de propagande de remplacement. Des feuillets ont été également lâchés dans l'ensemble de l'Afghanistan, offrant des récompenses pour Oussama Ben Laden et d'autres individus, dépeignant les Américains comme amis de l'Afghanistan et soulignant divers aspects négatifs du Taliban. Un autre montre une image de Mohammed Omar à travers un viseur de fusil avec les mots « Nous vous regardons ».

Durant l'invasion de l'Irak en 2003, le ministre de l'information irakien Mohammed Said al-Sahhaf a à plusieurs reprises clamé que les forces irakiennes gagneraient décisivement chaque bataille. Même lors du renversement du gouvernement irakien à Bagdad, il a maintenu que les États-Unis seraient bientôt défaits, en contradiction avec les médias internationaux. Cela décrédibilisa sa position.

En novembre 2005, divers médias, y compris le Chicago Tribune et le Los Angeles Times rapportèrent que les Forces armées des États-Unis avaient manipulé des nouvelles rapportées dans des médias irakiens dans un effort de jeter une lumière favorable sur ses actions tout en démoralisant l'insurrection. Le Lieutenant Col. Barry Johnson, un porte-parole militaire en Irak, déclara que le programme était « une partie importante dans la mission de rapporter de fausses nouvelles aux insurgés », alors qu'un porte-parole du secrétaire à la défense Donald H. Rumsfeld disait que les allégations de la manipulation étaient préoccupantes si elles se révélaient vraies. Le département de la défense a depuis confirmé l'existence du programme. Plus récemment, le New York Times a publié un article40 concernant la façon dont le Pentagone a commencé à employer des entrepreneurs avec peu d'expérience dans le journalisme ou les relations publiques pour écrire des articles dans la presse irakienne. Ces articles sont habituellement écrits par des soldats des États-Unis sans attribution ou sont attribués à une organisation inexistante appelée « le centre international de l'information. » L’implantation d’histoires de propagande dans les journaux avait déjà été faite par les alliés et les puissances centrales durant la Première Guerre mondiale et par l'Axe et les alliés durant la seconde.

Le journaliste David Barstow a obtenu le prix Pulitzer de journalisme d'enquête 2009 pour deux articles paru dans le New York Times décrivant les liens entre les militaires invités sur les plateaux des chaînes de télévision et le Pentagone41. Ces experts militaires étaient présentés comme de simples analystes mais servaient en fait d'agent de propagande pour justifier la guerre en Irak. Les mêmes articles dénoncent par ailleurs que tous ces analystes avaient des conflits d'intérêts puisqu'ils bénéficiaient d'avantages de la part de compagnies et entreprises qui tiraient bénéfice de la politique qu'ils défendaient à l'écran.

6.7.3. Propagande sociologique

Les techniques de propagande ont cours dans les démocraties depuis la Première Guerre mondiale mais aujourd'hui la propagande s'exerce sous le nom de « communication politique » ou relations publiques. Dans une dictature, la conservation du pouvoir est assurée par des moyens coercitifs alors que dans une démocratie, les moyens de conquête ou de conservation du pouvoir sont fondés sur la persuasion. Le pouvoir médiatique prime alors sur le pouvoir militaire. D'après un paradoxe formulé par Hume, dans une démocratie, l'armée est beaucoup moins puissante que dans une dictature. Pour maintenir leur pouvoir, les dirigeants élus ont donc encore plus besoin d'une propagande efficace qu'un pouvoir dictatorial. En effet, une répression policière excessive pourrait conduire à une défaite électorale.

Edward S. Herman et Noam Chomsky ont proposé un « modèle de propagande », qu'ils ont testé empiriquement aux États-Unis. Leur méthode consiste, sur un grand nombre d'articles de presse d'origine diverses mais portant sur des sujets comparables, à quantifier l'influence de quatre facteurs pouvant modifier l'information : le groupe de presse, les annonceurs publicitaires, les fournisseurs d'information (agences gouvernementales) et l'idéologie dominante.

Les principaux aspects de la propagande dans une démocratie sont d'après leur recensement les suivants :

  • influence médiatique : radio, télévision, presse, publicité, internet.
  • confusion volontaire : justification de la vente d'un produit par des principes éthiques, ou inversement, promotion d'une opération humanitaire en usant des techniques de communication des entreprises privées.
  • valorisation sémantique : « solidarité » par exemple.
  • manipulation de l'opinion publique à l'aide de statistiques ou de sondages biaisés.
  • falsification de l'image : retouches vidéo, fausses images.
  • auto-censure des rédactions.
  • informations partiales
  • campagnes de diabolisations

Dans les pays démocratiques, la propagande reste donc diffuse et variée. C'est le constat qu'a également fait le psycho-sociologue Jean-Léon Beauvois dans Les illusions libérales paru en 2005. Il constate à la fois que le mot « propagande » est devenu durant la seconde moitié du XXe siècle un mot à connotation fortement négative et que parallèlement les démocraties ne peuvent se passer d’actions persuasives (ou de débats) sous peine de sombrer dans une forme de totalitarisme tranquille. Le pouvoir, ou les différents pouvoirs, cherchent selon lui une forme de propagande qui soit démocratiquement acceptable et qui ait bien pour effet, comme les propagandes traditionnelles, noires, blanches ou grises des militaires, de propager des idées, valeurs et croyances dans une population. Le concept de « propagande glauque » qu'il propose rend compte de cette double exigence : il s’agit d’une activité de propagation se réalisant au moyen d’influences inconscientes comme celles que décrivent les sciences psychologiques (psychologie cognitive notamment). Cette propagande réalise en faveur de certaines opinions et valeurs des effets connus et étudiés dans les situations expérimentales : effet d’amorçage (priming), de simple exposition, de conditionnement évaluatif, de modelage (modeling). Par exemple, le fait de présenter régulièrement des services publics qui marchent bien comme des « entreprises » et leur directeur comme de « vrais » chefs d’entreprise, apprend par modelage à la population à ne plus les envisager avec les attributs des services publics. Une particularité de cette forme de propagande est qu’elle peut se réaliser de façon non délibérée. Toujours selon Beauvois, elle est particulièrement active dans les démocraties libérales où les médias sont la propriété de quelques grands groupes industriels et financiers comme le décrivent entre autres Chomsky et Herman. Il insiste sur le fait que ce type de propagande est la caractéristique d’un système médiatique non pluraliste dans lequel des journalistes peuvent continuer cependant à affirmer et afficher leur déontologie.

6.7.4. Techniques de propagande

Les propagandistes emploient des arguments qui, bien que parfois convaincants, ne sont pas nécessairement justes. Un certain nombre de méthodes, inspirées notamment de la psychologie sociale, sont employées pour créer des messages persuasifs, mais faux. Plusieurs de ces techniques de manipulation rhétorique relèvent du sophisme et jouent sur les biais cognitifs. D'autres techniques ressortent davantage de la manipulation émotionnelle.

Il a fallu beaucoup de temps pour analyser les canaux par lesquels les messages de propagande font leur effet. Si ce travail est important, il est clair que les stratégies de diffusion de l'information ne deviennent des stratégies de propagande qu'à partir du moment où elles diffusent effectivement des messages de propagande. L'identification de ces messages de propagande est donc un prérequis nécessaire. Nous proposons ci-dessous quelques techniques classiques, dont la plupart reposent sur une bonne utilisation de l'émotivité de l'auditoire.

  • La fabrication de faux documents: retouche photo tendancieuse, montage cinématographique tendancieux, etc.
  • La peur : un public qui a peur est en situation de réceptivité passive, et admet plus facilement l'idée qu'on veut lui inculquer. Par exemple, Joseph Goebbels a exploité la phrase de Theodore Kaufman, homme d'affaires et écrivain de confession juive, « l'Allemagne doit périr ! » (« peu importe que cet Allemand soit catholique, protestant, nazi, antinazi, communiste, socialiste, démocrate, etc., qu'il soit de Bohème, d'Autriche, de Prusse, d'Alsace-Lorraine, tous doivent y passer », citation issue de L'Allemagne doit périr, livre publié en 1941 à New York), pour affirmer que les Alliés ont pour but l'extermination du peuple allemand.
  • Appel à l'autorité : l'appel à l'autorité consiste à citer des personnages importants pour soutenir une idée, un argument, ou une ligne de conduite.
  • Témoignage : les témoignages sont des mentions, dans ou hors du contexte, particulièrement cités pour soutenir ou rejeter une politique, une action, un programme, ou une personnalité donnée. La réputation (ou le rôle : expert, figure publique respectée, etc.) de l'individu est aussi exploitée. Les témoignages marquent du sceau de la respectabilité le message de propagande.
  • Effet moutonnier : cet appel tente de persuader l'auditoire d'adopter une idée en insinuant qu'un mouvement de masse irrésistible est déjà engagé ailleurs pour cette idée. Comme tout le monde préfère être dans le camp des vainqueurs que dans la minorité qui sera écrasée, cette technique permet de préparer l'auditoire à suivre le propagandiste.
  • Redéfinition : consiste à redéfinir des mots ou à falsifier l'histoire de façon partisane.
  • Obtenir la désapprobation : cette technique consiste à suggérer qu'une idée ou une action est adoptée par un groupe adverse, pour que l'auditoire désapprouve cette idée ou cette action sans vraiment l'étudier. Ainsi, si un groupe qui soutient une politique est mené à croire que les personnes indésirables, subversives, ou méprisables la soutiennent également, les membres du groupe sont plus enclins à changer d'avis.
  • Généralités éblouissantes et mots vertueux : les généralités peuvent provoquer une émotion intense dans l'auditoire. Par exemple, faire appel à l'amour de la patrie, au désir de paix, à la liberté, à la gloire, à la justice, à l'honneur, à la pureté, etc., permet de tuer l'esprit critique de l'auditoire. Même si ces mots et ces expressions sont des concepts dont les définitions varient selon les individus, leur connotation est toujours favorable. De sorte que, par association, les concepts et les programmes du propagandiste seront perçus comme tout aussi grandioses, bons, souhaitables et vertueux.
  • Imprécision intentionnelle : il s'agit de rapporter des faits en les déformant ou de citer des statistiques sans en indiquer les sources. L'intention est de donner au discours un contenu d'apparence scientifique, sans permettre d'analyser sa validité ou son applicabilité. Ces imprécisions peuvent se glisser dans le système juridique, sous forme d'un droit mou, poussant à la communication en vue d'obtenir des informations, tout en influençant l'opinion publique.
  • Transfert : cette technique sert à projeter les qualités positives ou négatives d'une personne, d'une entité, d'un objet ou d'une valeur (un individu, un groupe, une organisation, une nation, un patriotisme, etc.) sur un tiers, afin de rendre cette seconde entité plus (ou moins) acceptable. Cette technique est utilisée, par exemple, pour transférer le blâme d'un camp à l'autre, lors d'un conflit. Elle évoque une réponse émotive qui stimule la cible pour qu'elle s'identifie avec l'autorité reconnue.
  • Simplification exagérée : ce sont des généralités employées pour fournir des réponses simples à des problèmes sociaux, politiques, économiques, ou militaires complexes.
  • Quidam : pour gagner la confiance de son auditoire, le propagandiste emploie le niveau de langage et les manières (vêtements, gestes) d'une personne ordinaire. Par projection, l'auditoire est aussitôt plus enclin à accepter les positions du propagandiste, puisque celui-ci lui ressemble.
  • Stéréotyper ou étiqueter : cette technique utilise les préjugés et les stéréotypes de l'auditoire pour le pousser à rejeter l'objet de la campagne de propagande.

. Bouc émissaire : en jetant l'anathème sur un individu ou un groupe d'individus, accusés à tort d'être responsables d'un problème réel (ou supposé), le propagandiste peut éviter de parler des vrais responsables, et n'a pas à approfondir le problème lui-même.

. Slogans : un slogan est une brève expression, facile à mémoriser et donc à reconnaître, qui permet de laisser une trace dans tous les esprits.

  • Glissement sémantique : technique consistant à remplacer une expression par une autre afin de la décharger de tout contenu émotionnel et de la vider de son sens (euphémisme). Le glissement sémantique peut à l'inverse renforcer la force expressive pour mieux émouvoir l'auditoire. Exemples : « communauté internationale » à la place de « occidentaux », « frappe aérienne » à la place de « bombardement », « dommages collatéraux » à la place de « victimes civiles », « libéralisme » à la place de « capital illimité », « solidarité » à la place d'« impôt », « pédagogie préventive » à la place de « répression policière », « vidéo protection » à la place de « vidéo surveillance », « intervention humanitaire préventive » à la place d'« intervention militaire ».

Ces méthodes ont été analysées pendant l'entre-deux-guerres par un groupe de scientifiques américains regroupés autour de l'Institut pour l'analyse de la propagande (Institute for Propaganda Analysis) afin d'apprendre au public à déceler les techniques de la propagande en temps de guerre ou en temps de paix et à s'en préserver. Un des membres de l’Ipa, Clyde Miller synthétisait en parlant de quatre leviers :

  1. Levier d’adhésion (virtue device) faire accepter une personne, une idée ou un parti comme « bon » en l’associant à des mots ou symboles «bons »
  2. Levier de rejet (poison device) : l’opération inverse avec des symboles du mal ou de valeurs détestées.
  3. Levier d’autorité (testimonial device) : récupérer le prestige d’un homme ou d’une institution ou exagérer la valeur exemplaire d’un cas pour faire approuver ou rejeter.
  4. Levier de conformité (together device) qui fait appel au poids de la masse des partisans ou à l’appartenance à une entité supérieure, Nation, Église pour obtenir l’adhésion.

Ce schéma théorique n’est pas d’un raffinement extrême, mais il décrit assez bien une pratique quotidienne.

Là aussi on comparera avec une grille des années 1950 exposée par J. M. Domenach. Pour lui, la propagande suppose :

  1. la simplification et le choix d’un ennemi unique ;
  2. le grossissement et la défiguration des faits (ce qui ne signifie pas le mensonge systématique : moins la propagande risque d’être démentie et le trucage démontré, plus elle est efficace) ;
  3. l’orchestration dans la répétition des thèmes principaux ;
  4. la « transfusion » qui est l’emploi des mythes préexistants et affects collectifs mobilisés au service de la cause ;
  5. Le principe d’unanimité et de contagion : la pression conformiste du groupe sur l’individu.

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