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Publié par mwalimu Ladislas

II. LA VOLONTE HUMAINE, SOURCE ET MOBILE D’EXPANSION DE L’ACTION

           
            Nous ne savons le nier ; tout homme est détenteur et tributaire d’une volonté. Grâce à elle, plus que disposé, l’homme est capable de prendre l’initiative d’une action qui servira, dès son émergence, à déterminer le sujet agent en quête de sa réalisation plénière.

            De toute façon, la volonté chez BLONDEL, est le réservoir de tous les consentements de l’homme. Ces consentements ne peuvent voir le jour que par l’agir. Y a-t-il séparation entre volonté et action ? Le point suivant nous l’exposera.


II.1. La volonté et l’action


« …une volonté qui n’aboutit pas à mouvoir le corps et, par lui, à changer quelque chose dans le monde est bien près à se perdre dans les vœux stériles et dans le rêve. Qui ne réalise pas n’a pas encore vraiment voulu. »
[1]

           
                 Pour BLONDEL, la volonté est la faculté intégrante et subjective du sujet. Il estime par ailleurs que la volonté veut toujours faire quelque chose, sa nature est de vouloir et ce vouloir ne s’affranchit que dans l’action. Ceci étant, la volonté cherche sans cesse à se déployer dans le dynamisme de l’action. L’agent agit essentiellement par volonté, une volonté qui a ses caractères propres, lui garantissant alors la fidélité à sa mission de volonté déterminante. Volonté et action sont deux éléments inséparables.


II.2. La volonté et sa double considération


        BLONDEL situe la volonté au centre de la vie humaine, c’est elle qui coordonne l’action en lui-même et lui donne surtout une orientation nette grâce à laquelle les aspirations profondes du sujet, loin de s’éteindre pour disparaître, prennent un élan décisif pour assurer l’action.

         L’auteur situe la volonté au centre de la vie humaine. Selon lui « il doit suffire de laisser la volonté et l’action se déployer en chacun afin que se révèle la plus intime orientation des cœurs (…). La difficulté, c’est de n’introduire rien d’extérieur ni d’artificiel dans ce drame profond de la vie »[2].


         Cette citation nous montre qu’il y a des limites pour la volonté. Sinon l’homme agirait toujours conformément à son vouloir. Mais que de fois notre agir ne se produit-il pas à l’encontre de notre vouloir ? BLONDEL insiste en disant :


« il y a toujours entre ce que je sais, ce que je veux et ce que je fais une disproportion inexplorable et déconcertante, mes décisions vont souvent au-delà de mes intentions. Tantôt je ne fais pas tout ce que je veux, tantôt ne fais, presque à mon insu, ce que je ne veux pas. »
[3]

           
           La double considération de la volonté assure en quelque sorte la survie et la perpétuité de l’action en ce sens que dans le dynamisme de l’action, jamais aucune réalisation de la volonté (voulue) ne parvient à épouser le sujet plus fondamental qui habite la volonté (voulante) de l’homme. C’est dans ce contexte que René VIRGOULAY va confirmer ce qui précède en affirmant que 
« l’homme s’accomplit dans la mesure où il tend, par sa volonté voulue, à égaler sa volonté voulante »[4]. Somme toute, nous comprenons que la volonté joue un rôle inégalable dans l’agir humain. Par son intégrité, elle fait participer le sujet à ses aspirations les plus fondamentales qui interviennent pour le déterminer. C’est en fait, par l’action que l’intention morale s’insinue dans nos membres, fait battre notre cœur et coule sa vie propre dans nos vaines. Nous sommes donc contraints à avouer que nous ne faisons pas tout ce que nous avons voulu et que nous n’avons pas voulu tout ce que nous faisons même volontairement.


   II.3. Conclusion

           
            Nous sommes situés dans un milieu quelconque. Et tout ce qui nous entoure ou tout ce que nous rencontrons dans ce milieu réagit sur notre individualité. Pour BLONDEL, quel que soit son déploiement, la volonté humaine s’engage dans l’action en vue de se réaliser. Mais on se rend compte que, le caractère insatiable dont jouit la volonté et qui se répercute tout au long de son intégration dans l’agir, projette à l’infini. Cette fin que le vouloir humain ne cesse de poursuivre dans son déploiement et de ce fait devient à quelque sorte inaccessible. Quand HUISMAN, D. certifie que
« la volonté ne se réalise pleinement qu’en reconnaissant que son vouloir le plus profond résulte d’une présence plus intérieur que ce qu’il y a de plus intime, supérieur à ce qu’il a en lui de plus élever »[5]. Où aboutit l’action ? Que serait l’origine d’une action mauvaise ? Le dernier point essaie de répondre à ces questions.


III. LE PUR AGIR, ABOUTISSEMENT DE L’ACTION


               Après avoir cherché la source de l’agir à son sommet, il fallait le reprendre par sa base et c’est alors qu’en revenant à la source intime de l’élan volontaire que nous avons découvert l’existence d’une volonté voulante sans limite en elle-même mais incapable de se suffire. En tout cas, on ne peut s’arrêter à cette philosophie de l’insuffisance.

            L’action humaine avorte, c’est un fait. Elle avorte dans la dépendance, la souffrance, l’impuissance et la mort. De cet état qui s’élève dans l’existence humaine jaillit fréquemment l’aveu de l’unique nécessaire ou mieux du pur agir.

            Il ne faut pas considérer la volonté dans le seul point positif. Cette volonté a en un certain moment un échec. Examinons cela au point suivant.


   III.1. L’échec de la volonté

           
           Si nous revenons sur l’échec de l’action dont BLONDEL parle en terme d’avortement, on pourrait penser que cet échec élimine du même coup l’aspiration à l’infini. En faisant éclater mon insuffisance ontologique, l’échec de l’action ne fait que creuser l’abîme qui sépare la volonté voulue de la volonté voulante dont il a été question dans le second chapitre de cet exercice. Le mal, la souffrance et la mort ne sont pas seulement des faits d’expérience, ni même seulement le scandale de la raison : ils traduisent
« le conflit du réel avec une volonté dont le premier mouvement est de haïr et de se révolter »[6].  Où chercherons-nous donc le sens de la crise qui, sous une forme où sous une autre, éclate un jour dans toute conscience humaine ? Nulle part ailleurs que dans le contraste entre la volonté voulue et la volonté voulante. Les éclaircissements que nous rapporte BLONDEL en ces mots sont éloquents :

 

« Le sentiment de l’apparent avortement de notre action n’est un fait qu’autant qu’il implique en nous une volonté supérieure aux contradictions de la vie et aux démentis impliques. La présence, en nous, de ce qui n’est pas voulu, met en évidence la volonté voulante dans toute sa pureté. Et ce mécanisme interne ne fait que manifester la nécessité où se trouve la volonté de se vouloir et de se poser elle-même »[7].


            Cette citation montre que partout où l’homme est amené à réfléchir sur ce qu’il fait et sur ce qu’il peut et jamais, il ne se sent maître ni de toute sa puissance ni des résultats de son effort.

            Que toujours l’homme ait affirmé un acte pur ou mieux le pur agir, c’est parce qu’il a reconnu que la limite de son influence normale sur le monde extérieur était vite atteinte, et il ne se résignait pas à ne pas aller plus loin. Il continuait donc le mouvement, et comme, par lui-même, le mouvement n’obtenait pas l’effet désiré, il fallait que, dans son impuissance un être supérieur et puissant soit affirmé. De quel être s’agit-il ? Est-ce le pur agir, l’unique nécessaire ? Examinons-le dans le dernier point.

III.1. Blondel et l’aveu de l’unique nécessaire

           
             
Pour BLONDEL, avouer l’unique nécessaire ou mieux le pur agir ne résulte pas d’une construction logique de l’entendement : il ne s’agit pas d’inventer quoi que ce soit ni de mettre dans l’action volontaire ce qui n’y serait point encore. Il s’agit d’y saisir précisément ce qui s’y trouve déjà, ce qui par conséquent s’exprime nécessairement à la conscience et y est représenté sous quelque forme que ce soit.

            L’unique nécessaire, Dieu, s’offre à l’homme par le don de soi qui comble l’infini capacité du vouloir humain. Cependant, de la part de l’homme, la seule attitude qui soit exigée pour que puisse être reçu le don, c’est l’attente.

            A travers tout ce que l’homme veut dans sa vie, il veut obtenir le bien nécessaire : Dieu, (lui qui est à l’origine) le pur agir. C’est-à-dire que notre volonté a un but : celui d’atteindre la perfection en Dieu, lui qui est à l’origine et à la fin de toute chose, voire de notre volonté. La preuve de l’unique nécessaire, du pur agir se tire en second lieu de la finalité ultime de l’action. Nous affirmerons facilement que la sagesse des choses n’est pas dans les choses et celle de l’homme n’est pas dans l’homme.

III.2. Conclusion

           
             
La volonté doit encore passer de la puissance à l’acte et doit parcourir le phénomène. Cependant, si tout le phénomène est parcouru déjà, seule l’intervention d’un être qui soit en acte par rapport à ce que la volonté doit vouloir encore, quand tout le phénomène est dépassé, c’est l’absolu, l’unique nécessaire, le pur agir. A ce niveau, l’on peut postuler que l’absolu existe.

            Cette réalité inéluctable projette donc une lumière décisive sur l’activité, sur l’être de l’homme. Si Dieu est l’unique de qui tout dépend, n’est-il pas acceptable d’affirmer qu’en lui est l’achèvement de notre action ? Alors, repensons notre manière d’agir envers nous-mêmes, les autres et l’environnement entier.


CONCLUSION GENERALE

           
          Toute activité humaine quelle soit métaphysique, morale, esthétique, scientifique ou pratique signifie « Action ». L’homme doit être engagé dans tout ce qu’il fait.

            Il nous a été nécessaire de montrer comment l’action est inhérente à tout problème réel, à la réflexion, à la prière, et comment tous les aspects qu’elle offre dans la vie de l’homme sont commandés par un secret principe de finité qui canalise l’action dès sa source pour le conduire vers le terme où vont aboutir toutes les choses. Puisque l’action parfaite, celle qui enveloppe et achève toutes les autres, c’est de penser à Dieu, négliger dans le Blondélisme le problème religieux, c’est méconnaître le souci primordial de l’auteur de l’action.

            Blondel nous invite à revoir notre manière d’habiter le monde à travers notre agir. De son enseignement se déduit le rejet de l’idée du primat de la théorie sur la pratique, de la critique sur l’expérience vécue, un montant qu’il est nécessaire pour l’homme de s’orienter vers la valeur.

            Tout n’est pas dit dans ce texte. Ainsi nous sollicitons la critique de nos lecteurs, la contribution des autres pour son enrichissement. Mais alors, si nous acceptons, à l’instar de Maurice BLONDEL, que l’action constitue l’expérience fondamentale de l’homme, il se pose inévitablement des questions : où va notre action ? Que renferme-t-elle et que poursuit-elle ? Qu’est-elle ? Son présent temporel se suffit-il ou nous ouvre-t-il un avenir peut-être immortel et transcendant ? Y répondre c’est résoudre la question posée en 1893 : « oui ou non, la vie humaine à-t-elle un sens, et l’homme a-t-il une destinée ? »[8]


BIBLIOGRAPHIE

1. BLONDEL M, Carnets intimes (1883-1894), Cerf, Paris, 1961,558p

2. IDEM, L’action. Le problème des causes secondes et le pur agir, tI, PUF, Paris, 1949,364p.

3. IDEM., L’action (1893). Essai d’une critique de la vie et d’une science de la pratique. 3e ed., PUF, Paris, 1973, 495p.

4. Fr TAYMANS D’EYPERNON, Le Blondélisme, Louvain, Paris, 1933, 189p

5. RICOEUR P., Philosophie de la volonté. Le volontaire et l’involontaire, tI, Coll « Philosophie de l’Esprit », Aubier, Paris, s.d, 464p.

6. VIRGOULAY,R. « Blondel (1861-1949) », in Petit dictionnaire des philosophes de la religion, éd. Brepols, Paris, 1996.

7. HUISMAN, D. Dictionnaire des philosophes, PUF, Paris, 1984. 
Ladislas KATSUBA KINYALI et Alphonse KAMBERE SIVAVWIRANA

 



[1] RICOEUR P., Philosophie de la volonté. Le volontaire et l’involontaire, tI, Coll « Philosophie de l’Esprit », Aubier, Paris, s.d, p.187, 464p.

[2] BLONDEL M., L’action (1893), op cit, introduction IV, p.XXII.

[3] Ibidem, Introduction I, p. IX.

[4] VIRGOULAY,R. « Blondel (1861-1949) », in Petit dictionnaire des philosophes de la religion, éd. Brepols, Paris, 1996, pp794-795.

[5] HUISMAN, D. Dictionnaire des philosophes, PUF, Paris, 1984, p.332.

[6] BLONDEL,m ; L’action (1893), op cit, p.329.

[7] Ibidem, p.333.

[8] BLO NDEL, M., L’action (1893), Essai d’une critique de la vie et d’une science de la pratique, Introduction, p.XII.

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