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Publié par mwalimu Ladislas kinyali

  

1.      Définition

 

Le mot nihilisme vient du latin « nihil » qui signifie « rien ». Il désigne la doctrine selon laquelle les valeurs ne possèdent pas de vérité absolue : elles sont de terribles contre-vérités qui ravalent (ravaler=déprécier, abaisser, empêcher de se manifester) l’homme a une morale d’esclave, au ressentiment (fait de se souvenir avec rancune) où son vouloir s’anéantit.

C’est dans l’œuvre de Nietzsche que la notion va prendre son sens philosophique. Elle révèle une tendance fondamentale de la civilisation moderne qui est fondée sur des « idoles » prises pour des valeurs ou pour des vérités inestimables.

Le nihilisme se trouve à l’origine de toute la décadence qui aboutit à notre culture au sens où il est une affirmation du négatif. Son affirmation essentielle est la mort de Dieu. Si Dieu est mort, on doit admettre qu’à présent le ciel est vide et l’idéal est perdu.

Les étapes du nihilisme sont (Deleuze,G., Nietzsche, Paris, PUF, 1965) :

-      Le ressentiment ;

-      La mauvaise conscience ;

-      L’idéal ascétique ;

-      La mort de Dieu ;

-      Le dernier homme, celui qui veut périr.

Citons Nietzsche sur cette fin : « Dès que l’homme découvre que ce monde n’est bâtit que sur ses propres besoins psychologiques et qu’il n’est nullement fondé à y croire, on voit se dégager la  dernière forme du nihilisme qui implique la négation du monde métaphysique et qui s’interdit de croire à un monde vrai. Parvenu à ce stade, on avoue que la réalité du devenir est la seule réalité, on s’interdit tous les chemins détournés qui ramèneraient la croyance à d’autres mondes et à des faux dieux. Mais on ne supporte pas ce monde que l’on n’a déjà plus la volonté de nier…On est arrivé au sentiment de la non-valeur de l’existence… » (Nietzsche., La volonté de puissance, (1887), Paris, Aubier).

 

2.   Notice biographique (NIETZSCHE : 1844-1900)

 

Nietzsche est né à Röcken en Saxe. Son père, qui exerçait les fonctions de pasteur, meurt 5 ans plus tard. Sa famille s’étant installée à Naumburg, près de Halle, c’est au collège de PFORTA que Nietzsche fait ses études. En 1864, il s’inscrit à l’Université de Bonn. Il s’y distingue à tel point en Philologie classique (Philologie=Etude historique des langues et civilisations par l’analyse critique des textes) qu’il est, dès 1869, sur la recommandation de RITSHL, nommé Professeur a l’Université de Bâle. Déjà, cependant, d’autres influences le détournent de la spécialisation philologique : celle de SCHOPENHAUER (dont il lit, en 1865, l’œuvre fondamentale), et celle de RICHARD WAGNER, avec lequel il noue une amitié pleine de promesses. La publication de « La naissance de la tragédie » au début de 1872, suscite les réactions hostiles des milieux universitaires, mais lui valent les éloges enthousiastes de WAGNER et de quelques amis, dont ROHDE. A travers la critique de SCHOPENHAUER, c’est toute la métaphysique qui est ébranlée. Une des conséquences est la rupture avec WAGNER, en mai 1878. Nietzsche est si gravement malade qu’il doit quitter son poste de Bâle. Commence alors une existence errante, où le philosophe, traqué par la maladie et par son génie (l’un se nourrissant de l’autre), affronte, dans le labyrinthe abstrait des idées, les énigmes suprêmes. « Aurore » (1880-1881) prolonge les analyses d’ « humain, trop humain » ; mais c’est avec le Gai savoir (1881-1882) que se précisent les intuitions qui constituent les thèmes centraux de la philosophie nietzschéenne. Présenté à LOU SALOME par son ami Paul REE, Nietzsche peut caresser un instant l’espoir d’adoucir la cruauté de son destin par la présence de cette jeune fille fascinante et douée magnifiquement. Mais ces relations s’achèvent sur une catastrophe. Humilié, Nietzsche s’enfonce dans une solitude toujours plus rigoureuse et des souffrances dont les lettres de l’époque retracent le martyre monotone. Même ses anciens amis (ROHDE, OVERBECK, entre autres) ne soupçonnent pas le drame de l’esprit qui se joue dans ces lieux de l’Engadine, de l’Italie et de l’Eternel Retour. L’éclair d’Ainsi parlait Zarathoustra illumine tout l’horizon du prochain siècle, mais les contemporains ne lèvent pas les yeux, occupés qu’ils sont des vanités à la mode. Nietzsche n’en continue pas moins son labeur héroïque, puissant dans ses notes (qui formeront l’énorme masse des posthumes) la matière des livres qu’il lance comme des brûlots (Navire chargé de combustibles, pour incendier les bâtiments ennemis ; journal ou article polémique) vers cette Europecynique (cynique=qui exprime des opinions contraires à la morale reçue), frivole (qui a peu de sérieux et, par suite, d’importance) et décadente que décrira plus tard MUSIL : en 1886, Par-delà le bien et le mal, en 1887, La généalogie de la morale, puis, en 1888, alors que les rumeurs de la gloire (grâce aux conférences de BRANDES à Copenhague et à la sympathie de Taine) montent autour du solitaire, Le ca Wagner, Le crépuscule des idoles, Nietzsche contra Wagner, L’antéchrist. « Ecce homo » est déjà rédige quand se produit la crise de démence, à Turin, en janvier 1889. Nietzsche meurt 11 ans et demi plus tard, à Weimar.

 

3.    Quelques dates qui marquent la vie de Nietzsche

 

-  1844 : Naissance en Saxe où son père est pasteur.

- 1863 : Professeur à l’université de Bâle. Il subit l’influence de Wagner et de Schopenhauer avec lesquels il se lie d’amitié. Publication d’ « humain, trop humain », il critique Schopenhauer et il est à un tournant de sa pensée car il remet en question la métaphysique.

- 1878 : Gravement malade, il erre, traqué par la maladie et par son génie, l’un se nourrissant de l’autre.

- 1882 : Lien avec Lou Salomé, jeune fille fascinante, mais leurs relations cessent vite et Nietzsche en est amer et déçu. S’enfonce dans la solitude et souffre beaucoup. Publication d’ « Ainsi parlait Zarathoustra » qui exprime un Socrate tragique et où se met en œuvre le labeur héroïque de sa pensée.

- 1889 : crise de démence qui le terrasse à Turin. Pendant 11 ans, il sera dans le chaos de la maladie mentale.

- 1900 : Nietzsche meurt sans avoir retrouvé la raison.

 

4.            Présence de Nietzsche

 

Le titre de « nihilisme » associé à l’œuvre de Nietzsche pose tout d’abord un problème d’interprétation culturelle.

L’interprétation politique de sa pensée procédait grossièrement du schéma suivant lequel Nietzsche fut le penseur du nihilisme, du rien, du grand refus libertaire et anarchisant.

Bien plus intéressante est la perspective qui consiste à voir en Nietzsche le prophète du déclin de la raison et du savoir occidental, le fondateur de la critique de la morale et de la religion, et l’annonciateur des grands ébranlements qui secouent le monde. Avec Nietzsche la philosophie connaît une fin, peut-être sa fin, mais elle est porteuse d’un nouveau commencement.

 

5.            S’expliquer avec soi-même

 

Nietzsche c’est d’abord l’affirmation d’un homme qui prend à bras le corps, la responsabilité de penser par lui-même, en dehors même des voies très rationnelles qui ont abouti aux grands systèmes philosophiques, de SOCRATE à HEGEL. Il raille les philosophes maniaques de la raison et obsédées par le problème de la vérité. Il pense, au contraire, que la raison est superficielle, elle n’atteint que la surface des choses. Il dit que « la pensée est pour beaucoup une corvée, pour moi dans mes jours heureux, une fête et une orgie » (orgie= partie de débauche ; repas long, copieux et arrosé). Il se pose en esthète de la philosophie qui peut devenir semblable à l’art et à « la fête qui inclut l’orgueil, l’insolence, l’ascèse, la raillerie à l’égard de toute sorte de sérieux ». Apprécier la philosophie Nietzschéenne c’est d’abord découvrir la richesse de la vie intérieure d’un homme pour qui la pensée n’est pas froide, rationnelle, objective, mais un acte de passion amoureuse, d’exaltation à la vie, car la vie est une explication d’abord avec soi-même, elle est le fruit d’une interrogation inquiète qui puise dans la richesse inépuisable de l’existence une nouvelle manière d’être et de philosopher.

L’œuvre de Nietzsche est d’abord une œuvre critique à l’égard du théorique et de la morale, c'est-à-dire une critique de l’idéal et de la vérité.

En second lieu, elle propose une pensée antimorale, antithétique, une pensée artistique qui n’est pas dévoilement de ce qui est mais création absolue conforme à la créativité même de la vie.

Enfin, cette pensée se propose comme critique du savoir dans laquelle la science est examinée à la lumière de l’art. C’est sur ce terrain du savoir qu’il énonce les grands thèmes de son œuvre : volonté de puissance, Eternel retour,…

 

6.            La critique Nietzschéenne de l’homme chrétien

 

Pour peu que l’on connaisse Nietzsche, on aperçoit tout de suite que la partie élaborée de son œuvre est la partie critique.  Tel est le cas de Zarathoustra, le personnage le plus célèbre de son œuvre et son porte-parole. Zarathoustra est entouré de vieilles tables brisées et aussi de nouvelles tables à moitié écrites.

          A la fois issu du christianisme et anti-christianisme, Nietzsche écrit tranquillement : « Je suis un des plus terribles adversaires du christianisme ».

Pour démontrer les méfaits et les perversions que le christianisme a engendré dans l’homme, Nietzsche qui pourtant connaît bien l’histoire va concentrer essentiellement son analyse sur le présent et sur l’existentiel dans lesquels il baigne. Si l’on veut, d’après lui, connaître ce qu’est l’homme chrétien type, il suffit de regarder l’homme occidental de la 2epartie du 19e s et comment il vit. Il suffit également de scruter la volonté qui l’anime et de la sonder jusqu’à son fond inavoué.

Il va s’appliquer ainsi, comme philosophe, à faire la généalogie de la foi. Dans son travail de fouille et d’exploration presque freudienne de l’âme chrétienne, Nietzsche discerne une attitude fondamentale : le ressentiment (ressentiment= fait de se souvenir avec rancune). C’est à partir de ce dernier que s’explique toute la croyance religieuse du chrétien. Ce qui caractérise en effet le christianisme selon Nietzsche c’est un idéal ascétique qui se présente comme un refus de la vie conjoint à la projection du sens de l’existence dans une autre vie meilleure que la première. Ce monde-ci est une prison dont il faut s’évader et il faut chercher le salut moyennant la foi dans un arrière-monde invisible.

          En agissant ainsi, le christianisme a déplacé le centre de gravité de l’homme. Il l’a arraché de son lieu naturel qui est ce monde-ci pour le projeter à Dieu. Une scission tragique est alors introduite dans l’homme qui est partagé entre le monde dans lequel il vit et qui lui est interdit et un au-delà qui est une œuvre illusion. En fait, ce « non » à la vie qui caractérise l’homme chrétien, Nietzsche ne l’impute pas vraiment en Jésus. Celui-ci proclamait la bonne nouvelle, c'est-à-dire l’Evangile. Mais le grand responsable c’est Paul, l’apôtre par excellence du ressentiment chrétien, de l’idéal de renoncement et d’ascèse, le prédicateur du péché et de la hantise (inquiétude obsédante) qu’il a introduite et perpétuée dans l’Eglise.

Si l’on considère le Christ  comme type personnel en le distinguant du christianisme comme type collectif, il faut reconnaitre à quel point il manquait de ressentiment, de mauvaise conscience ; il se définit par un joyeux message, il présente une vie qui n’est pas celle du christianisme, une religion qui n’est pas celle du christ (Deleuze., Nietzsche et la philosophie, Paris, 2ème édition, PUF, 1967, p.164). « L’inventeur du christianisme n’est pas le christ, mais saint Paul, l’homme de la mauvaise conscience, l’homme du ressentiment » (Ibidem, p. 165). Ce que Paul a prêche peut inciter le doute de tout homme éveillé, surtout qu’il n’a même pas vécu avec le christ. Pour Nietzsche, « il n’y a rien à voir derrière le rideau (…), rien n’est vrai, rien n’est bien, Dieu est mort » (ibidem, p. 170). Pourquoi se faire souffrir pour ce qui est mort ?

 

7.    Contre l’ascèse

 

D’une façon simple, l’ascèse est une discipline qui consiste à s’imposer des privations et des mortifications en vue d’atteindre un objectif, souvent incertain, envisagé par la personne qui se l’impose. Ce sont surtout ceux qui ont la foi, mieux les hommes spirituels, qui le pratiquent.

Nietzsche, philosophe de la vie est contre cette pratique. Pour lui, l’idéal ascétique est un « idéal nuisible par excellence, un vouloir mourir, un idéal de décadence » (Nietzsche., L’antéchrist suivi de ecce homo, Paris, Gallimard, 1974, p.175). Les ascètes sont, pour la plupart, des gens qui se privent des choses qui attirent l’opinion dans l’espoir qu’ils auront de meilleurs dans l’avenir et surtout dans l’au-delà. Ce sont des fideles  qui prêchent l’espoir dans l’avenir en prenant Dieu comme objet de leur idéologie. Cette foi qui est dans l’opinion, sans démonstration scientifique, n’est-elle pas un aveuglement idéologique, une misère qui conduit l’homme à une souffrance inutile ? Pourquoi, au nom de la foi, se priver de certaines choses alors que la vie, en elle-même, est misérable ? Elle est, en elle seule, une charge ; s’il faut encore la surcharger, n’est-ce pas là un aveuglement idéologique. « La morale du renoncement est par excellence la morale de la dégénérescence. C’est une morale qui nie la vie dans son principe le plus élémentaire » (Nietzsche., L’antéchrist suivi de ecce homo, Paris, Gallimard, 1974, p.194)

Quand les chrétiens voient les uns faire souffrir les autres, ils disent que Dieu punira les malfaiteurs. C’est aussi ce que prêchent la plupart des religions. Pour Nietzsche, les religions sont affaire de populace. Nietzsche ne souhaite pas être saint car, dit-il, jusqu’ici il n’y eut rien de plus mensonger que les saints (idem, p. 187). Ce sont surtout eux (les saints) qui ont prôné l’ascèse et ont prôné la prière qui est pourtant une honte (Cfr ibidem, p. 69). Pour lui, la prière est une forme d’ascèse. Ce qui est étonnant est que cette prière n’a pas de preuves qu’elle a été exaucée. Semble-t-il que Dieu, a qui on s’adresse, est irresponsable (s’il existe). On l’appelle Père, mais on ne voit pas sa paternité. « Pour un Père, il ne s’occupe pas de ses enfants ; les pères humains font mieux. Il est trop vieux. Il lui est difficile de prouver, il aime beaucoup à être cru » (Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra II, Paris, Aubier-Flammarion, p. 73). Plus curieux encore, c’est un Dieu jaloux. « Il n’y a qu’un seul Dieu. Tu n’auras d’autre que moi, ce vieux barbon de Dieu, ce vieux bourru, ce vieux jaloux se laisse aller à parler ainsi » (ibidem, p. 75).

Pourquoi se faire souffrir pour un être qui ne se révèle pas responsable, un être jaloux, un autre pire que les mauvais de la terre ? N’est-ce pas l’aveuglement idéologique qui fait que des gens se fassent souffrir inutilement ? Ne faudra-t-il pas montrer à l’homme qu’il faut apprendre à jouir, à célébrer la vie ? C’est l’aveuglement qui pousse à se coincer dans des aventures inutiles.    

Après cette vision de l’homme, venons-en à un autre aspect de sa vision de l’homme tel qu’il l’exprime dans sa célèbre parabole de « trois métamorphoses ».

 

8.    Les trois métamorphoses de l’homme

 

Nietzsche se présente ici plus qu’ailleurs comme un prophète qui dénonce  et qui annonce dans un message plein de poésie et de mystère. Le noyau de ce message est le suivant : « Je vais vous énoncer trois métamorphoses de l’esprit : comment l’esprit devient chameau, comment le chameau devient lion et comment le lion devient enfant. »

Dans cette parabole, Zarathoustra décrit le cheminement de l’humanité individuel qui veut se réaliser et se libérer pleinement.

a.   L’esprit chameau

Celui-ci signifie que l’homme met son courage à assurer d’une manière non critique ce qui existe et lui est proposé. Il se charge des fardeaux les plus pesants : ceux de la religion, de la morale et de leurs substituts modernes comme les valeurs morales laïcisées et les valeurs scientifiques. Sa caractéristique essentielle est l’esprit de docilité qui supporte et qui vénère. Cet homme-là n’est pas encore un homme car il supporte un destin tout fait. Il n’y a rien en lui de véritablement responsable, de libre, de créateur,… donc rien d’authentiquement humain.

En fait, il s’agit d’un sous-homme, d’un esclave. Et c’est le christianisme qui est coupable d’avoir engendré une telle morale et une telle attitude.

Ex : Qui peut assumer tous les dix commandements ? C’est un poids. On dirait un Chameau chargé à qui on dit tout simplement : « tu dois ». Comment s’affirmerait-on alors comme homme ? On est englouti dans des règlements, des ordres,… qui limitent notre liberté.

Ø  L’esprit chameau, c’est l’esprit de docilité, de soumission aux ordres.

b.    L’esprit lion

L’homme  peut s’arracher à l’esprit chameau en devenant esprit lion. Telle est la condition et le chemin pour conquérir son humanité authentique. Pour cela, une seule attitude s’impose à l’homme à savoir la révolte.

          Alors que l’homme, animé de l’esprit chameau croupit sous le poids des interdits, des contraintes et des valeurs imposées, lorsque se lève en lui le souffle de l’esprit brillant, il se sent poussé à opposer au « Tu dois » du dragon qui le tient prisonnier un « Je veux » qui balaye tous les impératifs catégoriques et le rend libre. Sa révolte contre toutes les valeurs communément admises constitue la crise nécessaire pour accéder à l’autonomie. Quiconque veut créer, détruit toujours. Le lion oppose un non catégorique à tous ceux qui s’érigent à maîtres autour de lui.

Mais, si l’homme métamorphosé par l’esprit lion n’est plus esclave, s’il sait donner un espace de liberté où il peut être son propre maître, il n’en est pas pour autant arrivé au stade suprême auquel il aspire. Que faut-il donc pour cela ?

c.    Que le lion devienne enfant

C’est la 3emétamorphose, la plus énigmatique mais aussi cela que l’on pressent comme la clé secrète de son message prophétique. Dans son livre : « Le gai savoir », Nietzsche condamne les nihilistes européens du 19e s qui tout en étant révoltés contre l’héritage chrétien ont été incapables de s’orienter vers la création de nouvelles valeurs. Pour être homme, en effet, il ne suffit pas de dire non, de détruire, il faut être créateur. C’est pourquoi l’homme ne peut en rester à l’esprit lion. Il doit devenir enfant.

Certains ont voulu, à ce propos, rapprocher Nietzsche à Jésus dans l’Evangile : « Si vous ne devenez pas semblables à des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux ».

          Si l’on s’en tient à ce que Nietzsche dit, il semble qu’un tel rapprochement doit être écarté. En effet, loin d’exalter les valeurs de simplicité, de conscience de sa faiblesse, d’humilité que Jésus met en relief en posant un petit enfant comme modèle à ses disciples, Nietzsche au contraire fait de l’homme-enfant le symbole de l’homme authentiquement créateur. C’est pourquoi l’enfant n’est encore conditionné par rien (il est le 1ercommencement) parce qu’il est devant un univers des possibilités neuves et imprévisibles qu’il est seul à mesure de faire grandir en lui le surhomme  à venir qui ne doit pas être un nouveau modèle d’homme mais l’homme qui se crée sans modèle et qui est prêt à innover sans cesse.

Nous venons d’évoquer le Surhomme. Avec cette idée, nous atteignons le nœud vital, le cœur de l’aspiration nietzschéenne au dépassement et à la nouveauté radicale concernant l’homme qu’il veut voir advenir, l’homme de demain.

 

9.            Le surhomme et les conditions de son avènement

 

Tout le monde, même ceux qui ont à peine quelque vague idée de Nietzsche lui associent le terme de surhomme.

Mais, il faut reconnaître qu’il n’est pas particulièrement facile d’en préciser le concept et d’en dessiner le profil. Il importe en 1er lieu d’en dénoncer les caricatures que les drames récents de l’histoire ont imprimé dans les esprits.

Lorsque Nietzsche parle de surhomme pour désigner l’idéal de l’homme qu’il entrevoit, il ne songe nullement à une certaine race d’homme considérée comme supérieure aux autres  selon la doctrine raciste et l’idéologie nazie élaborée par ROSEN BERG. A l’avance, Nietzsche avait condamné ces déviations de sa pensée comme on peut le lire dans les textes de son livre « Le gai savoir » : « Nous sommes beaucoup trop peu allemands au sens qu’a pris le mot de nos jours pour pouvoir plaider en faveur du nationalisme et de la haine de race ».

Le concept de surhomme ne doit pas non plus être confondu avec celui d’homme surdoué, d’homme supérieur par ses talents et ses capacités. Il n’est pas non plus l’égocentriste farouche qui ne poursuit que sa propre exaltation. Le surhomme est pour lui le créateur de lui-même, l’inventeur permanent de ses valeurs et des buts de sa vie. De même que vouloir présuppose un but, de même l’homme présuppose un être qui n’est pas là mais vers lequel il doit tendre sans le connaître. Dans son livre, « Ainsi parlait Zarathoustra », Nietzsche invoque l’expression suivante une dizaine de fois : « L’homme est un être qui doit être surpassé, surmonté ».

Tout l’immense effort de Nietzsche viserait alors à introduire à l’homme un horizon

de transcendance en voulant l’enraciner dans l’immanence pure de l’homme à lui-

même. Il ira lui-même jusqu’à écrire ce qui suit : « Nous sommes toujours attirés

vers les régions supérieures, vers les pays de nuage. C’est là que nous plaçons nos

ballons multicolores et nous les appelons Dieu  etsurhomme.

= Le besoin de Dieu est donc chez Nietzsche. Mais, alors, comment l’exprimer ? Par

le surhomme.

 

a.   Les conditions d’avènement du surhomme

 

Si l’image du surhomme de Nietzsche reste enveloppé de mystère, Nietzsche entrevoit et pose plus clairement les conditions de son avènement dans un avenir indéterminé. C’est là que réside sa conviction.

·         La volonté de puissance

Celle-ci n’est pas volonté de domination et d’écrasement de l’autre. Elle est plutôt une certaine qualité de la volonté, la capacité que celle-ci doit faire émerger en elle-même et qui permet à l’homme d’acquérir une vraie maîtrise de soi et de se surmonter sans cesse, Nietzsche voudrait la considérer comme étant radicale. Elle n’a pas une simple dimension morale mais elle a une dimension métaphysique ontologique. Elle exprime le pouvoir que possède l’homme de s’engendrer lui-même sans aucune référence à Dieu.  Voilà pourquoi le dévoilement et l’affirmation de volonté de puissance en l’homme comme authentique pouvoir autocréateur s’accompagne chez Nietzsche d’une autre condition non moins radicale pour que le surhomme puisse advenir à savoir la mort de Dieu.

·         La mort de Dieu

Pour Nietzsche, le vieux Dieu des chrétiens est fondamentalement coupable d’avoir tout confisqué de ce qui appartient à l’homme. L’homme n’est qu’une imposture (action de tromper par de fausses apparences) et Nietzsche va la dénoncer avec des accents qui n’appartiennent qu’à lui. Il est le prophète qui révèle aux hommes la mort de Dieu à travers son célèbre porte-parole Zarathoustra. Ecoutons-le : « Voici que ce Dieu est mort, hommes supérieurs, ce Dieu qui a été votre plus grand ennemi, vous n’êtes ressuscités que depuis qu’il gît dans la tombe. C’est maintenant seulement que vient le grand midi. A présent, l’homme supérieur devient maître. Allons, hommes supérieurs, maintenant seulement la montagne de l’avenir humain va enfanter. Dieu est mort, maintenant nous voulons que le surhomme vive ».

          Cette audacieuse proclamation de la mort de Dieu par Nietzsche a-t-elle suffit pour que cela soit ?

En fait, tout en reconnaissant que notre explication mériterait des plus amples développements, il semble bien que le Dieu dont Nietzsche proclame la mort ne soit pas un Dieu réel car de Dieu réel il n’y en a pas pour lui. Le Dieu qui est mort, c’est le Dieu mystique engendré par la conscience des hommes et incarne en lui tous les idéaux et toutes les valeurs qu’ils n’osent s’attribuer à eux-mêmes.

Nous retrouvons ici la grande découverte de Feuerbach. Il n’en reste pas moins que l’annonce prophétique de la mort de ce Dieu mythique qui s’est imposé à la conscience des hommes pendant si longtemps et tout particulièrement à la conscience chrétienne soit un événement d’une portée immense dont Nietzsche ressent le tragique : « Dieu est mort ! Dieu est mort ! Et, c’est nous qui l’avons tué. Comment nous concédé  de plus puissant à nos jours a saigné sous notre couteau ».

 

10.         Conclusion

 

A bien regarder, Nietzsche nous laisse sur notre faim. Mais il a le mérite de nous secouer dans notre tranquille quiétude et de bouleverser nos certitudes métaphysiques et religieuses trop faciles. S’il ne nous dévoile pas le mystère de notre identité, s’il ne répond pas à la question « Qui suis-je ? », s’il ne nous ouvre pas la porte d’un avenir humain, clair et lumineux, il réactive en nous une certaine inquiétude qui est le moteur nécessaire d’une vraie recherche humaine.

 Pour mieux choisir dans notre vie et pour discerner où va le monde, il est nécessaire d’interroger les penseurs et de faire nôtres leurs questions. Alors nous verrons plus clair et nous serons plus conscients de nos choix. Pour nourrir notre pensée, il faut puiser à la source de ceux qui nous ont précédés. La philosophie n’est pas faite pour une élite intellectuelle, elle doit être ouverte à tous. A chacun d’entre nous de devenir « philosophe » pour penser le monde en vue de le transformer.

 

11.                Bibliographie sommaire

 

1.    Jaspers,K., Nietzsche et le christianisme, Paris, Ed. de Minuit, 1949

2.    Dondeyne,A., Foi chrétienne et pensée contemporaine, Louvain, 1952

3.    Ortegat,P., Philosophie de la religion. Synthèse critique des systèmes contemporains en fonction réalisme personnaliste et communautaire, Vol.II, Paris, Ed. du culot, Gembloux, 1948

4.    Chauchard,P., La science détruit-elle la religion ?, Paris, Ed.Fayard, 1958

5.    Nietzsche,F., Ainsi parlait zarathoustra (1883-1884), Paris, Gallimard, 1936

6.    Nietzsche,F., Par-delà le bien et le mal (1886),Paris, Mercure de France, 1963

7.    Nietzsche,F., La généalogie de la morale (1887), Paris, Gallimard, 1966

8.    Nietzsche,F., L’antéchrist suivi de ecce home, Paris, Gallimard, 1974

9.    Deleuze,G., Nietzsche et la philosophie, Paris, 2eme édition, PUF, 1967.

10.Deleuze,G., Nietzsche, Paris, PUF, 1965

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clovis simard 09/08/2012 18:40

Blog(fermaton.over-blog.com),No-25. -THÉORÈME NIETZSCHE. - Pourquoi ne rêves-tu pas ?