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Publié par mwalimu Ladislas kinyali

L’histoire de la philosophie africaine est très récente. Les historiens la datent à partir de 1945 dans son ouverture au monde. Les travaux effectués sur la pensée africaine la font remonter, dans sa version écrite à l’époque de l’Egypte pharaonique, et dans sa version orale, depuis les explorations continentales (XIV e siècle) jusqu’avant 1945. De cette structure, on peut donc déduire une philosophie de l’Afrique d’avant 1945 et une philosophie de l’Afrique d’après 1945 : une pensée africaine d’hier à cote d’une pensée africaine d’aujourd’hui.

 

Le contexte dans lequel la philosophie apparait en Afrique en 1945 est assez problématique. 1945 est précédée de plusieurs événements qui marquent l’histoire de l’humanité et des africains : la traite des noirs, la colonisation de l’Afrique par l’Europe. Apres 1945, nous pouvons constater un néocolonialisme que subit l’Afrique de la part des puissances étrangères. C’est dans le contexte colonial que la philosophie atterrit en Afrique.

 

On situe les premières lueurs de la philosophie autour des années 1920, dates auxquelles se situent les premiers prêtres africains dont l’Abbé KAOZE, un des premiers clercs congolais (RD Congo). A cette époque, la philosophie entre dans la formation du clergé dans les Grands Séminaires. C’est ainsi que le premier à écrire sur la philosophie est un missionnaire belge du nom de Placide Tempels qui exerça sa pastorale au Congo-Belge, précisément dans la province du Katanga en territoire Luba.

Placide Tempels est incontournable dans l’émergence du débat philosophique en Afrique. Il a été salué par certains auteurs comme un véritable philosophe, et par d’autres comme un prétentieux ethnologue qui a cru faire de la philosophie alors qu’il faisait de l’ethnologie.

 

C’est cette contestation qui est à l’ origine du projet d’ouverture de la Faculté de la philosophie à l’Université Lovanium de Léopoldville (Kinshasa) en 1960. Comme les années sont marquées par une effervescence à former un personnel clerc autochtone, plusieurs prêtres bénéficieront des bourses d’études à l’aide desquelles ils accéderont à une formation universitaire dans les pays occidentaux. Ces prêtres opteront, pour un nombre satisfaisant, à une étude de la philosophie (on apprenait le plus souvent la philosophie de Saint Thomas d’Aquin car acceptée par l’Eglise).

 

Un bon nombre d’entre ceux qui étudieront dans les années 1960 fera des thèses de doctorat qui mettent en lumière une certaine philosophie que ces auteurs découvrent dans la sagesse de leurs ethnies. Les laïcs qui avaient reçu des bourses d’études dans les années 1960 pour une formation dans les Universités européennes, de retour en terre africaine, se mettront à critiquer les thèses de leurs prédécesseurs clercs sous prétexte que, par manque de sources écrites et philosophiques attestées, elles ne contenaient qu’une certaine ethnologie à visage philosophique tirée de l’oralité et de la pensée commune des peuples étudiés. 

 

Le débat devient houleux dans les années 1970 de sorte à propulser certains chercheurs issus pour la majorité des universités africaines, à des travaux de fouille dans l’histoire la plus lointaine de l’Afrique avec espoir d’y trouver des assises écrites sur lesquelles la philosophie africaine pouvait prendre un nouvel envol. Ces travaux reçoivent leurs fruits dans les années 1980. Des savants tels que Cheik Anta Diop (Sénégalais), Théophile Obenga (Brazzavillois) et Mubabinge Bilolo (RD Congo) sont à mettre à l’actif des recherches qui fourniront à la philosophie africaine des sources en Egypte pharaonique.

 

On découvre alors que la philosophie prend ses sources dans l’opinion, les croyances communes, les mythes et dans les mentalités populaires. Dans le même moment, des recherches aboutissent a des sources bibliographiques de philosophies produites par des africains ayant vécu au 18 e siècle. Un certain Antoine-Guillaume AMO (Ghanéen) est mis à jour comme philosophe ayant participé au débat philosophique de l’Allemagne des Temps Modernes.

 

Dans les années 1990, un canadien du nom de Claude SUMNER, qui travaillait depuis 1975 en Ethiopie, publie ses travaux sur la philosophie éthiopienne des temps modernes en offrant ainsi des sources éthiopiennes à la pensée africaine. Les années 1990, martyrisées par des coups d’Etat, la pauvreté, les épidémies et le phénomène de démocratisation ou de la bonne gouvernance, sont également marquées par une thématisation dense de la philosophie africaine. Au lieu de creuser le passé de l’Afrique, certains auteurs pensent qu’il soit plus lucratif de prospecter le futur de l’Afrique en proposant des solutions philosophiques aux crises morale, économique, politique et juridique qui minent l’Afrique. On voit apparaitre la philosophie du développement, la philosophie politique (théorie inflexionnelle et bisoïté) et une certaine ébauche de la philosophie du droit.

 

Nous pouvons repérer au moins quatre façons que les philosophies africaines ont initiées :

 

-          Philosopher est dans un premier lieu, systématiser les croyances, les coutumes, les mentalités, les pratiques,… bref, la sagesse africaine. C’est ce qui ressort des philosophies qui ont rendu publique la sagesse traditionnelle des ethnies étudiées ;

 

-          Philosopher c’est en second lieu rendre philosophique (philosophiciser) les données récoltées des cultures africaines : apporter aux données ethnologiques la cohérence, la justification, et la valeur scientifiques ou philosophiques. Cela ressort des penseurs qui ont amorcé la critique des philosophies ethniques ;

 

-          Philosopher est en troisième lieu, fonder la pensée orale sur les sources écrites solides qui contiennent de la philosophie. Ce mouvement de pensée est celui des penseurs herméneutes qui se sont lancés dans l’interprétation des sources anciennes de la philosophie africaine ;

 

-          Philosopher est en quatrième lieu, analyser la crise d’un peuple a ses niveaux éthiques, économiques, politiques, sociaux et juridiques dans le but de proposer des modèles rationnels qui pourront servir de solution.

 

Il est vrai que la difficulté est toujours considérée en philosophie comme le moteur du raisonnement et comme une exhortation à investiguer des solutions. De cette façon, la philosophie africaine a devant elle un vaste terrain de réflexion ouvert aux penseurs africains et africanistes.

 

En guise de conclusion, il faut noter que la République Démocratique du Congo est le véritable berceau de la philosophie africaine. Près de 3/5 des philosophes les plus célèbres d’Afrique sont de nationalité congolaise, ou ont reçu leur formation de base dans les universités congolaises. L’évolution de la recherche philosophique part de l’Afrique centrale vers l’Afrique orientale ; de l’Afrique centrale vers l’Afrique occidentale, de là vers l’Afrique boréale (Nord).

 

Par ailleurs, nous noterons que dès 1956, la philosophie s’intègre au programme de l’université de Lovanium. Elle devient cours universitaire à l’ouverture de l’année académique en 1960. Depuis 1970, elle fait partie de la formation des jeunes à l’école secondaire dans certaines sections à la suite de l’Ordonnance Présidentielle de 1967 qui organisait le Cycle Long. Depuis les années 1990, la philosophie est presque dans la formation universitaire et supérieure des jeunes de toutes facultés et de toues sections comme la logique à l’acquisition de la science.

 

Parmi les noms repris dans les encyclopédies philosophiques datant des années 1990, figurent les congolais : Nkombe Oleko (Tetela) ; Okolo Okonda (Tetela) ; Elungu Pene Elungu (Kongo).

Chers philosophes africains et africanistes, bonne preparation du centenaire de la philosophie africaine pour 2045! 

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