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Publié par mwalimu Ladislas

 Introduction


           Il n’est pas toujours aisé de faire un jugement objectif ou subjectif au sujet d’une réalité. Il arrive parfois, quand on essaie de le faire, qu’on penche vers un sens au détriment de un autre. La philosophie en Afrique noire pose un problème semblable à la simple raison que chacun a son monde, sa perception de la réalité.

            Il nous faut, dès le premier abord, déclarer sans l’ombre d’une hésitation que l’activité intellectuelle et philosophique en Afrique noire n’a pas réussi jusque là à penser en fond d’être même de l’Africain, et à dénicher les vraies causes du mal-être expérimenté indéniablement et littéralement au quotidien en Afrique. La reconnaissance de la véracité d’une telle assertion se change à coup sûr en défi philosophique : « le décalage entre le succès sur le plan de la production rationnelle et la crise sur le plan du vécu quotidien nous invite à séviser de fond en comble nos présupposés philosophiques pour l’instauration d’un vécu plus humain »[1].

Cette cotation nous conduit à nous poser quelques questions.

-         Pour(quoi)l’Afrique demeure un continent où presque tout est mis en cause à tel point que même aujourd’hui, certains s’engagent à refuser menti sur démenti les réalités ‘universelles’ pour l’Afrique ?

-         La philosophie est-elle un sens et une chance de l’homme Africain ?

 

Nous voudrions très brièvement évoquer cette crise existentiellement plurielle de l’Afrique et plaider pour rien moins qu’une philosophie africaine allant dans le sens de l’assomption existentielle. Ce sont les deux questions ou idées qui forment notre exercice.             Nous sommes partis de certaines idées, à l’occurrence :

-         Etant donné que l’Afrique fait parti des contrées du bloc du « Sud », l’Afrique serait connu comme un continent de race noire où tout serait encore presque inexistant, absent.

-         La crise existentielle, le mal-être africain aurait comme suppôt l’oubli outré de la gnôsis d’une pensée propre pour l’Africain et l’africaniste.

 

Les penseurs avant nous ont réfléchi et donné des réponses aux questions relatives à l’Afrique. Les poser aujourd’hui reviendrait à chasser le vent pour ne suivre qu’un chemin qui ne mène nulle part.

            Pour quel télos, ce travail ? Nous voulons mettre en épochè l’idée selon laquelle la phronêsis (la pensée) africaine doit dénouer l’énigme de la crise, du mal-être. Il serait possible si et seulement si chacun nourrit un concernement et une interpellation. La monstration nous servira comme méthode. Nous voulons tenter d’exposer, sans souci de faire une apologie, la philosophie de la philosophie de l’Afrique noire. Nous sommes congolais (Nord-Kivu/RDC). De quoi s’agit-il ? Examinons-le aux deux points prévus

 

1. Le mal-être de l’Africain actuel

 

Le monde vécu africain se conjugue de plus en plus un monde déficitaire et précaire. L’être qui requiert un bien-être se retrouve malheureusement du côté d’un mal-être affreux. L’espace privé et public des africains se caractérise de plus en plus par ce qu’il conviendrait d’appeler « un dénuement existentiel »[2].

L’on peut, à la manière du penseur africain NKETO se servir du paradigme le mieux indiqué pour peindre le néant et la vacuité d’une Afrique dégarnie et dépouillée c'est-à-dire plongée graduellement dans des conjonctures existentielles lacunaires. Dans cet angle certains trouvent leur raison, leur déraison de caricaturer l’Afrique comme bon leur semble. C’est ce dont parle le professeur dans la deuxième citation, un dénuement, une faim.

Au sujet de cette faim radicale, faim sans fin qui décentre l’africain de la simple question de subsistance biologique, pour le plonger dans une interrogation : pourquoi le rien a-t-il une prééminence partout et en tout temps ? Ou encore à quoi tient-il que partout la carence radicale, le dénuement total ait la présence ?

Cette question devient encore plus pertinente quand elle est formulée spontanément par le petit enfant qui demande à ses parents : d’où viennent les nouveaux-bébés, pourquoi il n’y a toujours pas ceci, et pourquoi il y a toujours cela.  Plus encore, il arrive à vouloir savoir où est parti tel si bien que ses parents savent qu’il est mort.

Ces questions, on ne peut plus ontologiques prouvent qu’il existerait à résoudre quelques difficultés à la seule conclusion que la philosophie soit un espoir pour l’africain.

Par ailleurs, les séquelles quasi-ontologiques se font sentir à plusieurs niveaux et paliers de l’exister africain. Nous énumérons quelques traits qui en manifestent l’occurrence : le niveau moral vacillent et chancelant, le niveau politique fragile, effrité et déstabilisé, le niveau de l’imaginaire déprimé et épuisé,…

Bref, l’Afrique semble être devenue une « terre de crise où la tare la plus funeste est la crise d’homme, crise d’initiative, de gouvernance, crise d’éthique politique, crise de savoir-faire et de savoir-être »[3].le non-être qui semble se profiler à l’horizon des perspectives africaines préside au retournement de la traditionnelle question métaphysique. On n’est plus en droit de demander pourquoi il y a toujours quelques chose plutôt que rien, mais l’on a la grave obligation de s’étonner de la prééminence du rien sur quelque chose.

Ce rien, c’est vraiment un rien ontologique, un vide d’être : « on est presque tenté de croire qu’en Afrique, la question de la raison de l’existence se pose en termes de raison insuffisante d’exister, et peut-être même en termes d’aucune raison d’exister, d’espérer »[4].

Que faudrait-il faire face  ce monde cassé ? Toujours philosopher en se sentant concerné, interpellé et en brisant toute indifférence ?

 

2. Pour un philosopher d’assomption existentielle en Afrique

 

Si l’Afrique mérite maintenant le nom de ce que MARCEL appelle un monde cassé, disloquer, en lambeaux ; une telle situation interpelle tout africain surtout les intellectuels au rang desquels figurent les philosophes. Ces derniers se doivent de se poser unanimement cette question du professeur NKETO LUMBA : « Quel rôle le philosophe africain est-il appelé à jouer dans le contexte actuel de crise de sens, c'est-à-dire dans le contexte où le sens ancien se meurt et où le nouveau sens tarde à naître ? Devant toute cette agitation et toutes ces convulsions politiques, le philosophe peut-il s’enfermer dans sa tour d’ivoire, se détourner ainsi de l’interrogation et de la réflexion existentielle sur le destin de l’Afrique contemporaine ?[5]

D’où il suit que le philosophe africain se doit aiguiser la conscience du rôle qu’il a à jouer au milieu de ceux avec qui il partage ce triste sort. Il lui est on ne peut plus impérieux, de briser toute indifférence et de se sentir « concerné » et interpellé par l’infortune miséreuse de l’Afrique. Le contraire minerait du dedans l’activité même du philosophe, voire du métaphysicien africain : « la méconnaissance de cette dimension affective originaire finit par précipiter le sujet africain de son piédestal méta-physique. Le naturel chassé par un intellectualisme pathologique revient au galop. L’ange se retrouve ainsi dans la bête par manque de lucidité »[6].

L’activité philosophique de l’Afrique doit aller dans le sens de cette pro(position) de MUTONDA MWEMBO : « si la réflexion sur la crise a une bonne raison d’être, c’est le bénéfice qui se profile au terme d’une prise de conscience capable d’engendrer un dépassement de la crise, de déblayer des voies et moyens pour une prise de l’initiative historique par l’africain, une mobilisation des énergies en vue d’assumer l’existence, de l’infléchir en une destinée voulue, maîtrisée, orientée vers une réalisation positive de la vie »[7].

De toute évidence, il faut le dire avec la plus force possible, l’Afrique a besoin d’une philosophie, d’une métaphysique qui se nourrit de la « morsure » du réel africain. Le philosophe africain a, en ce sens, une grande responsabilité. Le professeur NKETO exprime cette responsabilité en ces termes : « Pour sortir de cette situation, l’home (sic) ou la société doit prendre conscience du caractère problématique de sa vie. Car celui-ci a le regard approprié-regrd incarné et non du survol-pour évaluer à tout instant le sens (ou le non-sens) de l’histoire de son peuple »[8]. Il est fonctionnaire de l’humanité, et plus particulièrement de l’humanité africaine, il est cet être qui s’interroge non seulement sur l’être mais aussi et surtout sur le devoir-être, son devoir-être aussi bien que celui de sa société.

 

Conclusion

 

La toile de fond de notre pro(podition) peut, a coup non moins sûr, se ramener au raccourci ci-après : la philosophie africaine est une philosophie de l’espérance. Ce n’est pas cet espoir désespérant (Camus) mais une philosophie d’une certaine métaphysique qui se veut concrète, existentielle et existentiale.

Si une telle philosophie (métaphysiqye) est souvent beaucoup trop peu intéressante, il n’en reste toutefois pas moins qu’elle soit conseillée à la pensée africaine qui fait face à une expérience d’être marquée par le dénuement, la vacuité, le « rien » existentiel. Il faut pour cela une méta-physique incarnée en Afrique, une philosophie concrète et concrétisée dans le vécu quotidien. L’africain, l’exister africain a alors la vocation d’être une conscience de sa société, un veilleur et un éveilleur, capable de « problématiser » le mal-être de son peuple car la hauteur des vues propres au philosophe fait de son activité un coup d’envoi (un coq) qui signifie la mise en question de tout ce qui défigure l’humanité.

Nous n’avons pas tout dit à ce sujet complexe. Nous sollicitons la part de quiconque nous aura lu avec intérêt pour nous compléter même nous dire le contraire dans ce même télos de nourrir la réflexion.

Ladislas KATSUBA KINYALI
et Alphonse SIVAVWIRANA

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] NKETO LUMBA, « L’autre de la rationalité : l’affectivité. Sens et chance d’un ‘philosopher’ Africain ». in Philosophie Africaine. Rationalité et Rationalités. Actes de la 14e semaine philosophique de Kinshasa, FCK, 1996, p.183.

[2] Idem, « La faim tire la conscience de côté de l’estomac. Analyse phénoménologico-antroplogique de la dynamique Africaine » in Raison ardente n°65, Décembre 2002, p.111.

[3] Pour plus d’information, lire MUTUNDA MWEMBO, « La crise existentielle de l’Africain » in Philosophie et destinée des peuples. Actes des journées philosophiques de Canisius, Mars 1999, p. 50.

[4] NKETO LUMBA, ‘La faim tire la conscience du côté de l’estomac’, Art. Cit.

[5] Idem, « Le philosophe Africain, conscience de sa société » in La responsabilité politique du philosophe africaine. Actes du 9e séminaire scientifique de philosophie, Kin., 1996, p.137.

[6] NKETO L., op. cit.

[7] MUTUNDA M., art.cit., p.51.

[8] NKETO L., « Le philosophe Africain, conscience de sa société » art. cit, pp. 144-145.

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